Antoine Rallier du Baty, directeur de Sève Breizh Mobilier, avec Ewen et Sylvain, menuisiers de leur état
Sève Breizh Mobilier régénère le marché du meuble
Maude Duval, le 16 septembre 2026
Dans un monde où l'accès aux ressources devient compté et les limites planétaires intégrées, Sève Mobilier tire savamment son épingle du jeu. Installée dans le Morbihan, cette entreprise, disciple de l'économie sociale et solidaire, conçoit et fabrique de beaux meubles à partir des rebuts de la filière bois. Mais pas seulement ; elle vise aussi à mobiliser des personnes éloignées de l'emploi via un parcours d'insertion. Entouré d'une équipe de menuisiers-ébénistes expérimentés et pédagogues, son fondateur et dirigeant, Antoine Rallier du Baty, entend faire grandir ce nouveau modèle pour atteindre rapidement la canopée du mobilier upcyclé.
Faire signer un contrat sur une table construite à partir des podiums utilisés aux Jeux Olympiques de Paris. Réunir ses clients, ses partenaires et/ou ses collègues autour d’une table dont le pied est issu du mât d’un célèbre gréement. Paver le pourtour de sa boutique avec les lattes du port de Vannes. C’est possible et réalisé par l’atelier Sève Breizh Mobilier, installé à Crac’h, près d’Auray. Créée en janvier 2025 par Antoine Rallier du Baty, cette entreprise solidaire d’utilité sociale (esus) transforme les rebuts de bois en mobilier de belle facture.
Cette menuiserie alternative a déjà équipé la salle de réunion du groupe Socomore à Vannes, signé l’agencement de la boutique Les Inoxydables à Auray, habillé les murs du magasin Décathlon à Quimper, réalisé le mobilier d’un restaurant, d’une médiathèque, etc. Rien ne leur semble impossible depuis l’engouement rencontré par ce concept original de mobilier upcyclé.
« L’idée ne vient pas de moi. Elle est portée par Benoit Richard, ancien cadre dans l’agro passionné de menuiserie. En 2015 à Soissons, il a créé Sève Mobilier, une société coopérative reposant sur ce double principe de travailler à partir de bois récupéré tout en proposant un parcours d’insertion aux personnes éloignées de l’emploi. Le concept a pris, l’entreprise s’est développée jusqu’à ouvrir une filiale à Metz, puis cette entité indépendante à Auray », explique Antoine Rallier du Baty, lui-même éducateur spécialisé formé aux métiers du bois et de la charpente. « Depuis plus de vingt ans, je nourris l’envie de réunir ces deux compétences, et la rencontre avec Benoit Richard, en 2019, a permis de la concrétiser », se réjouit ce nouvel entrepreneur.
450 000 euros investis au départ
Attaché à la Bretagne par ses racines familiales, Antoine Rallier du Baty a choisi le Morbihan pour faire éclore son projet d’entreprise d’insertion, et plus spécifiquement le Pays d’Auray, après consultation des services du Département. Incubé chez Tag 56 et accompagné par l’agence économique d’Auray Quiberon terre atlantique, Antoine Rallier du Baty a visité moult bâtiments et propriétaires avant de rencontrer Frédéric Steunou, repreneur de la Menuiserie Le Goff, à Crach. « Nos visions et ambitions entrepreneuriales ont rapidement coïncidé ! » Sève Breizh Mobilier y a posé ses valises en mars 2025, occupant la moitié du bâtiment. Soutenue par un pool d’actionnaires privés, la fondation Brageac, la Région Bretagne et France active, l’entreprise Sève Breizh Mobilier a investi 450 000 euros dans l’aménagement de ses locaux : construction de bureaux, acquisition de machines professionnelles (du débitage au collage), optimisation des conditions de travail (flux, éclairage…).
Entouré de deux menuisiers confirmés, Ewen et Sylvain, Antoine Rallier du Baty a déjà réalisé et sorti de belles pièces, dont cette table de réunion travaillée selon le procédé d’ébonisation. D’ici la fin de l’année, le rythme devrait s’accélérer avec l’arrivée de salariés en insertion. « Nous devrions recevoir l’agrément d’ici quelques semaines, ce qui nous permettra de lancer la campagne de recrutements », souligne le dirigeant qui escompte monter l’effectif à une dizaine de collaborateurs, dont la moitié en insertion. « Le projet est de les intégrer deux ans afin d’appréhender la cadence du travail, renforcer la confiance en soi et former aux gestes du métier », explique le dirigeant qui constitue autour de lui une équipe d’encadrants techniques et professionnels du bois. « Le faible coût de notre matière première est compensé par le coût de notre main d’oeuvre, ce qui nous positionne sur des tarifs équivalent à ceux d’une menuiserie classique« , précise le dirigeant qui place son catalogue dans le milieu de gamme. « Nous sommes des artisans du beau durable. »
90 tonnes de bois réutilisées
En un an d’existence, Sève Breizh Mobilier a utilisé 90 tonnes de bois récupéré, quand la maison mère de Soissons (37 salariés) en a passé 250 tonnes. « En France, près de 3 millions de tonnes de bois façonnés sont jetées chaque année ! », rapporte Antoine Rallier de Baty. De quoi augurer de belles marges de progression pour l’atelier alréen, d’autant plus s’il s’allie en réseau avec les autres entités du groupe Sève Mobilier. « L’objectif est de travailler en réseau pour produire en quantité semi industrielle et décrocher des marchés de plus grande ampleur », déroule le dirigeant morbihannais, tout en travaillant à l’essaimage de la notoriété de son atelier. « Nous sommes un acteur de la transition écologique dont le process répond aux engagements RSE des grands groupes et entreprises. Nous avons donc tout à gagner à nous faire connaitre ! » A bon entendeur…