Bretagne Habitable : un collectif pour réinventer l’art du compromis

En Bretagne, une région souvent perçue comme un modèle de dialogue et de coopération, le collectif Bretagne Habitable* entend faire dialoguer des acteurs aux positions parfois opposées pour construire ensemble des solutions utiles au territoire. Soutenu par Engie, ce collectif inédit, où la mixité est un prérequis, réunit des acteurs bretons issus des mondes économique, académique, culturel, institutionnel et associatif réuni.  Ils étaient tous présents, ce 10 septembre à Saint-Malo, au Forum Economique Breton (FEB)  aux côté de leurs parrain et marraine  : Jean-Yves Le Drian, ancien ministre de la Défense et des Affaires étrangères,  et Marlène Legay, fondatrice de Vague de Sens.

Le collectif « Bretagne Habitable, pour une convergence bretonne » est né d’une conviction : la Bretagne possède une capacité unique à faire dialoguer des acteurs aux intérêts divergents. Cette force historique, issue d’une culture mutualiste et coopérative, est aujourd’hui menacée par une société de plus en plus polarisée. Pourtant, c’est précisément cette capacité à construire des compromis qui pourrait devenir un avantage compétitif pour la région. « L’initiative est partie d’un coin de table. On se connaît depuis longtemps en Bretagne, et on a constaté que, malgré nos différences, on arrivait toujours à se parler et à bâtir des solutions. Aujourd’hui, dans un contexte où la capacité à échanger et à s’écouter se raréfie, cette singularité bretonne pourrait devenir un facteur différenciant. », explique Yann Le Jolivet, membre fondateur de ce collectif.

 

Une méthode expérimentale : La Fabrique des compromis utiles

Il s’agit de préserver l’habitabilité de la Bretagne en expérimentant une méthode : « Faire naître des solutions à partir des désaccords ». Le collectif s’est donné 18 mois pour tester cette approche, en commençant par des sujets concrets comme l’alimentation, un thème qui touche tout le monde et suscite souvent des controverses. A l’occasion du FEB,  deux études de cas concrets, ayant suscité des tensions locales, ont servi de base aux échanges : un projet d’implantation d’une unité d’élevage ayant rencontré l’opposition de riverains et d’associations, et un projet de méthanisation où, malgré des désaccords initiaux, le dialogue a permis de trouver un chemin commun.  « On veut montrer que cette méthode fonctionne. L’objectif n’est pas seulement de trouver des solutions, mais surtout d’éprouver et de conceptualiser une façon de faire qui puisse être reproduite. À terme, on espère que cette démarche pourra servir de ‘casques bleus’ pour la gestion des conflits. »

La « Fabrique des compromis utiles » est bien plus qu’un simple débat : c’est une méthode structurée pour transformer les oppositions en solutions partagées. Sébastien Ramos, autre membre fondateur, directeur régional Bretagne d’Engie souligne l’importance de cette démarche pour aborder des problématiques complexes comme l’alimentation ou l’énergie .  « J’habite en Bretagne depuis 25 ans, et j’ai vu que les défis que nous rencontrons ici — alimentation, énergie — sont les mêmes partout. Mais en Bretagne, on a cette capacité à créer des passerelles entre les acteurs. C’est ce qui m’a convaincu de soutenir ce collectif. »

 

Inspirer d’autres régions

Pour Claire Bronzille,  étudiante à Sciences PO Rennes et Présidente de l’association Bretagne Habitable, l’ambition est de sortir de l’entre-soi et faire entendre toutes les voix, y compris celles des jeunes, souvent absentes des débats. Elle insiste sur la nécessité de donner la parole à ceux qui seront concernés demain : « On veut aller sur le terrain, rencontrer les jeunes, les étudiants, et recueillir leurs visions. Il ne s’agit pas trouver des compromis mous, mais bien de trouver des solutions où chacun se sent respecté .  Un compromis utile, c’est un compromis avec lequel on est à l’aise, qui laisse exprimer nos convictions, et qui permet d’avancer ensemble. »

 

Le collectif « Bretagne Habitable » ne se contente pas de lancer des débats : il veut faire de la Bretagne un territoire de référence en matière de construction de compromis utiles, au service de l’intérêt général. Yann Le Jolivet résume ainsi la vision du collectif : « On ne veut pas rester entre nous. L’objectif est de faire entrer des gens qui ne sont pas d’accord, qui ont des positions opposées, et de leur montrer qu’on peut travailler ensemble. La charte du collectif engage ses membres à promouvoir cette culture du dialogue. » Cette démarche s’inscrit dans une volonté de transmission : réveiller la conscience collective sur cette force bretonne et la conceptualiser pour qu’elle puisse être partagée et reproduite. « On est des passeurs. Notre rôle est de faire prendre conscience de cette qualité bretonne, de la partager, et de la rendre opérationnelle pour les défis de demain. »

Avec cette première Fabrique des compromis utiles, Bretagne Habitable espère montrer l’exemple et inspirer d’autres régions.

 



*Les membres fondateurs de ce collectif :
Claire Brozille, étudiante et Présidente de l’association
Yann Lejolivet : cadre bancaire
Anne Chevrel : dirigeante d’un bureau d’étude
Sébastien Ramos : directeur régional Bretagne d’Engie
Mélina Le Blaye, directrice du Festival Photo de la Gacilly
Pablo Diaz, directeur de Sciences Po Rennes
Emmanuelle Dupont, Gestionnaire opérationnelle de participations Gaz
Renouvelables chez Engie
Cyril de Sousa Cardoso, Président du groupe Polaria
Jean-Pierre Rivery, agriculteur, éleveur, Président de Picama, Président de la CCI Bretagne
Gaël Le Saout, dirigeante d’une agence de relations publiques

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