Le château de Bonaban renaît de ses cendres pour abriter une collection d’art contemporain unique

Près de Saint-Malo, Nicolas Libert et Emmanuel Renoird, passionnés d’architecture et d’art, investissent plusieurs millions d’euros pour redonner vie à la malouinière du XVIIIe siècle de Bonaban, acquise en 2024. Ce joyau abandonné depuis plus de dix ans, vidé de ses intérieurs et en proie à la dégradation, ambitionne de devenir un écrin culturel d’exception. Dès le 5 juin 2027, le domaine ouvrira ses portes au public, révélant une collection privée de 1 500 œuvres dont une petite partie disséminée sur 25 hectares. En avant-première, une vingtaine de pièces seront exposées les 9 et 10 septembre 2026 à l’occasion du Forum économique breton (FEB), offrant un aperçu de cette ambition sans précédent en Bretagne.

Nicolas Libert et Emmanuel Renoird ne sont pas des novices en matière de réhabilitation de lieux remarquables. Spécialistes de l’architecture remarquable des XXe et XXIe siècles via leur agence Architecture de Collection — la seule en France dédiée à ce créneau —, ils ont déjà redonné vie à des édifices emblématiques, comme la maison spatiale du Perche, une villa futuriste des années 1970 inspirée du mouvement Googie et Space Age. Leur parcours, jalonné de projets hybrides mêlant immobilier, art et patrimoine, les a menés jusqu’en Californie, où ils ont dirigé une galerie à Los Angeles pendant dix ans, combinant expositions, solo shows et installations publiques.

Un projet audacieux : sauver un patrimoine et le réinventer

Leur retour en France en 2024 marque un nouveau chapitre : l’acquisition du château de Bonaban, une malouinière du XVIIIe siècle située à La Gouesnière, à deux pas de Saint-Malo. Acheté 2,5 millions d’euros, le domaine était alors un squelette : toitures défaillantes, réseaux inexistants, intérieurs vidés par un projet avorté de transformation en complexe hôtelier. « On a hérité d’un patrimoine dégradé, mais aussi d’une opportunité unique : celle de le réinventer », explique Nicolas Libert.
Depuis septembre 2024, plus de 100 artisans bretons œuvrent sur le site, mobilisant une douzaine de corps de métier. Les travaux, déjà bien avancés (toitures refaites à 80 %, fenêtres remplacées à 70 %, réseaux enterrés), devraient s’achever d’ici trois mois pour le clos et couvert. « L’objectif est clair : être prêts pour l’ouverture au public le 5 juin 2027 », précise-t-il.

 

Une collection privée ouverte au grand public

Le château de Bonaban ne sera pas qu’un lieu restauré : « il deviendra le premier écrin public pour une collection d’art contemporain et moderne constitué de 1 500 œuvres, que nous avons accumulées sur 30 ans. » Jusqu’ici stockée dans des entrepôts en région parisienne, cette collection , « inédite à 80 % » comprend des sculptures, des peintures, des photographies et des pièces conceptuelles, « certaines signées par des artistes exposés dans les plus grandes institutions mondiales », précise le propriétaire du château de Bonaban.

Le projet se décline en trois volets. Le premier est d’ordre patrimonial avec la restauration du château et de ses dépendances (4 000 m² au total). « Le second est paysager puisque nous allons créer un jardin contemporain avec des parterres au nord et au sud, et un parc de sculptures monumentales sur 25 hectares ». Enfin, le dernier volet est culturel avec l’ouverture d’espaces d’exposition dans les dépendances réaménagées et des accrochages rotatifs et des expositions thématiques confiées à des commissaires invités.

« Nous voulons partager cette passion avec le plus grand nombre, en offrant une expérience immersive, entre patrimoine et modernité », souligne Nicolas Libert. Le domaine, unique en Bretagne par son histoire (800 ans) et son implantation sur une ancienne place forte, espère devenir une destination culturelle majeure, attirant un public local, national et international.

Le Forum économique breton, une vitrine avant l’ouverture

Avant l’inauguration officielle, les 9 et 10 septembre 2026, le Forum économique breton (FEB) offrira un avant-goût du projet. Une demi-douzaine d’œuvres de la collection seront exposées au Palais du Grand Large à Saint-Malo, sélectionnées pour leur singularité et leur capacité à susciter la réflexion. « L’idée est de créer une exposition ‘malgré vous’ : que les visiteurs, venus pour des raisons professionnelles, se retrouvent confrontés à l’art contemporain et, pourquoi pas, s’y intéressent », explique Nicolas Libert.
Ce partenariat avec le FEB s’inscrit dans une volonté de montrer le lien vertueux entre culture et économie. « Le secteur culturel peut être un levier d’attractivité pour les territoires et les entreprises. C’est un message que nous portons avec conviction », ajoute-t-il. L’exposition au FEB sera aussi l’occasion de tester la médiation culturelle, un pilier du projet : visites guidées, ateliers pédagogiques et une approche incarnée, loin de la neutralité des institutions traditionnelles.

Découvrir le château de Bonaban 

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