Ostrea : après une année de rodage industriel, le spécialiste des coquillages recyclés accélère sa croissance

Un an après l’inauguration de son site industriel de 5 600 m² à Thorigné-Fouillard, près de Rennes, Ostrea a franchi un cap décisif. Après plusieurs mois consacrés à la mise au point de son outil industriel et à la standardisation de son matériau issu de coquilles Saint-Jacques et d’huîtres recyclées, la PME est désormais entrée dans une phase de croissance. En 2026, elle devrait transformer entre 500 et 600 tonnes de coquillages et produire près de 10 000 m² de surfaces. L’objectif est de multiplier par deux, chaque année, sa production.

Fondée en 2020, Ostrea fabrique des plans de travail, plateaux de table et carrelage en réutilisant les déchets de coquilles d’huîtres, de moules et de Saint-Jacques.  Il y a un an, lorsque les fondateurs, Camille Callennec, Tanguy Blévin, Théo Joy et Maxime Roux inauguraient leur nouveau site industriel, leur volonté était de changer d’échelle dans la production d’un matériau haut de gamme conçue à partir de coquillages recyclés. Mais entre la théorie et la réalité industrielle, le chemin s’est révélé plus complexe qu’escompté. « Toute l’année 2025 a été consacrée au démarrage de l’usine. Nous avons rencontré les difficultés inhérentes à tout nouveau matériau et à un outil de production de cette taille », reconnaît aujourd’hui Camille Callennec, cofondateur d’Ostrea.

Une phase d’apprentissage indispensable pour cette jeune entreprise industrielle qui invente à la fois un matériau et son procédé de fabrication. « Au printemps 2026, nous avons franchi un cap. Nous sommes désormais capables de produire de façon répétée, avec la même qualité. Aujourd’hui, nos plaques se ressemblent toutes et répondent exactement au niveau d’exigence que nous nous sommes fixés. »

 

Des objectifs repoussés mais confirmés

L’entreprise avait initialement annoncé une montée en puissance rapide de son démonstrateur. Le calendrier a finalement été décalé de plusieurs mois, le temps de stabiliser les process industriels. Une étape désormais franchie. Cette année, Ostrea devrait valoriser entre 500 et 600 tonnes de coquillages. L’objectif reste inchangé à moyen terme : atteindre 1 500 tonnes transformées dans les deux prochaines années. «  Maintenant que les process sont maîtrisés, nous sommes sur des rails de croissance qui doivent nous permettre de doubler annuellement nos capacités de production et notre chiffre d’affaires », explique le dirigeant. De 500 000 euros en 2025 , il atteindra 1 million d’euros en 2026. Même constat pour les surfaces produites. Après être passé d’un atelier capable de fabriquer 1 000 m² de matériau à une unité industrielle visant 10 000 m², cette année, Ostrea entend progressivement se rapprocher des 40 000 m² annuels.

 

Le carrelage ouvre un nouveau marché

Au-delà de l’usine, c’est toute la chaîne d’approvisionnement qui a dû s’adapter. La dizaine d’acteurs qui composent aujourd’hui la filière régionale, ostréiculteurs, producteurs et collecteurs de coquilles Saint-Jacques, ont eux aussi dû changer d’échelle. « Nous travaillons toujours avec les mêmes partenaires. Au contraire, nous avons renforcé nos liens. Passer de quelques dizaines de tonnes à plusieurs centaines a demandé beaucoup d’adaptation, tant sur la qualité que sur la régularité des approvisionnements. Nous restons ouverts à de nouveaux partenariats, mais l’enjeu principal aujourd’hui est de faire monter en puissance la filière existante. »

Parmi les avancées majeures de l’année figure également la réduction de l’épaisseur du matériau. Ostrea est parvenue à produire des dalles de 12 millimètres, adaptées aux revêtements de sols. « Nous avons réussi à atteindre 12 mm d’épaisseur. C’est parfait pour le carrelage et cela nous a permis d’étoffer considérablement notre gamme ces derniers mois. » L’entreprise commercialise désormais des carreaux de 60 x 60 cm en complément de ses produits historiques destinés à l’aménagement intérieur : plans de travail de cuisine, comptoirs, mobilier ou encore salles de bains. « Le segment du sol est encore naissant pour nous, mais nous sommes convaincus qu’il représentera une part significative de notre activité à long terme. »

 

L’intelligence artificielle au service du contrôle qualité

Pour parvenir à cette stabilité industrielle, les équipes de R&D ont dû résoudre de nombreux défis techniques. L’un des principaux concernait l’uniformité visuelle des plaques. « Lorsque nous produisions de petits volumes, certaines différences de teintes passaient inaperçues. À l’échelle industrielle, ce n’était plus acceptable. Nous avons donc travaillé pendant des mois sur la stabilisation des formulations. » Ostrea a même développé des outils de contrôle intégrant l’intelligence artificielle. « Aujourd’hui, toutes nos plaques sont scannées. L’IA nous permet de vérifier précisément leurs caractéristiques visuelles et de savoir immédiatement si elles respectent les tolérances définies. »

L’international séduit déjà

Si la France demeure de très loin le marché principal de l’entreprise, l’intérêt pour ce matériau breton dépasse désormais les frontières. Après les premières commandes enregistrées en Belgique, Ostrea poursuit ses démarches en Angleterre tout en multipliant les contacts aux États-Unis et en Asie. « Ce qui nous surprend, c’est que l’histoire du matériau résonne partout. À Taïwan, aux États-Unis ou en Belgique, les personnes auxquelles nous présentons le projet réagissent avec le même enthousiasme. Elles comprennent immédiatement l’idée de transformer un déchet en ressource noble. » Pour Camille Callennec, l’attractivité du matériau repose autant sur ses qualités techniques que sur les valeurs qu’il véhicule.

« Quand on explique que notre produit est fabriqué à partir de coquillages recyclés, sans résine, avec une logique d’économie circulaire cohérente jusqu’au bout, les gens adhèrent immédiatement. Cette histoire dépasse largement les frontières bretonnes. » Après avoir levé 5 millions d’euros en mars 2025, l’entreprise, qui compte aujourd’hui une vingtaine de collaborateurs, réfléchit à une nouvelle levée de fonds pour accompagner sa croissance. « 2025 a été une année difficile mais nécessaire. Nous avons appris à devenir industriels. Aujourd’hui, nous récoltons les fruits de ce travail avec un matériau stabilisé et une véritable expertise de production. » Pour le dirigeant, le défi dépasse largement le cadre de l’entreprise.

« L’économie circulaire et l’industrie ont besoin de davantage d’entrepreneurs. Créer une usine autour d’un nouveau matériau est extrêmement difficile, mais c’est aussi ce qui permettra de bâtir les solutions dont nous aurons besoin demain. Nous sommes convaincus qu’Ostrea peut devenir, dans dix ou quinze ans, un véritable fleuron industriel. », conclut Camille Callenec.

 

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