« J’ai toujours eu les yeux tournés vers le ciel », raconte Tommaso Passerin d’Entrèves, 38 ans, ingénieur aéronautique. Son parcours, jalonné d’expériences dans l’industrie aéronautique — des hélicoptères aux équipements pour Airbus et Boeing —, lui permet d’acquérir rapidement une expertise technique solide. Mais c’est une prise de conscience, née pendant la pandémie de Covid-19, qui le pousse à entreprendre. Son épouse, médecin en biologie médicale, lui fait part des difficultés logistiques critiques : pénurie d’hélicoptères, coûts exorbitants, et délais incompatibles avec l’urgence médicale. « Un organe à transporter en 5 minutes ? Aujourd’hui, il faudrait demander une autorisation quatre mois à l’avance pour un drone conventionnel. Ça ne marche pas. L’industrie du drone, en voulant « réinventer l’aviation », s’est retrouvée cantonnée à des espaces aériens ultra-restreints, incapables de répondre aux besoins urgents. »
Même niveau de sécurité qu’un avion
L’ingénieur, basé à l’époque à Toulouse, imagine un aéronef autonome, certifié comme un avion classique, capable de s’intégrer dans l’espace aérien civil, aux côtés des hélicoptères du SAMU ou des ULM. Nous sommes en 2023, l’aventure démarre. « On a pris tous les principes qui font la sécurité de l’aviation, on les a numérisés, et on les a intégrés dans un appareil autonome. À part l’absence de pilote à bord, c’est un véritable avion, avec le même niveau de sécurité. » Tompaero voit le jour en janvier 2025 à Lannion, au sein d’un hangar situé sur l’aérodrome. Soutenu par tout l’écosystème breton, il bénéficie d’un Prêt d’Honneur à l’Amorçage Régional (Phar)de 45 000 euros.
Le premier avion breton
Son FSC-2 Aviator, prototype immatriculé comme premier avion breton, incarne une rupture technologique. « Grâce à une intelligence artificielle mimant le comportement d’un pilote humain, l’appareil communique par radio aéronautique, prend des décisions en temps réel, et respecte les normes de sécurité de l’aviation civile », détaille Tommaso Passerin d’Entrèves. Conçu pour transporter jusqu’à 15 kg sur 200 km (100% électrique) ou 600 km (avec hydrogène), à une vitesse de 160-180 km/h, le FSC-X peut s’adapter à des missions variées : transport médical (modules réfrigérés), sauvetage en mer (en partenariat avec la Marine nationale), ou logistique industrielle. « Contrairement aux drones classiques, limités à des zones désertes, notre avion évolue dans les mêmes couloirs que les hélicoptères de secours, garantissant une sécurité équivalente pour les populations survolées. On va plutôt être des concurrents, des taxis colis, des hélicoptères pour tout ce qu’on appelle logistique effectivement d’urgence. »
Un modèle économique hybride

Une levée de fonds de 1,5 million d’euros
Pour financer cette aventure, l’entreprise vient de lancer une levée de fonds d’amorçage de 1,5 million d’euros, « déjà quasi bouclée ». L’objectif ? Accélérer les certifications (via l’EASA, l’Agence européenne de la sécurité aérienne) et maturer les technologies d’IA embarquée. « On ne veut pas répéter l’erreur des autres : développer tout dans son coin, puis se heurter à un mur réglementaire. On travaille main dans la main avec les autorités. » Lors de Viva Technology 2026, son approche a également séduit investisseurs et médias. « On a réussi à se démarquer en montrant que ce n’était pas un énième drone, mais une vision globale de l’aviation autonome », souligne le dirigeant. Prochaine étape : multiplier les partenariats (Orange, banques pour le leasing) et étendre la notoriété du projet, notamment en Bretagne, où Tompaero incarne une fierté locale : « L’aéronautique, ce n’est pas que Toulouse ! »



