Le pari audacieux de Cajoo Malo à 9 millions d’euros pour une noix de cajou 100% européenne

A Saint-Malo , en 2027, Cajoo Malo deviendra la première usine de transformation de noix de cajou du continent européen. Porté par Loïc Denjean-Massia, entrepreneur aux multiples vies, soutenu par tout l’écosystème breton, ce projet s’apprête à bousculer une filière dominée par l’Asie. Avec 6 000 tonnes de production annuelle, 45 emplois créés et un investissement de 9 millions d’euros, la future usine incarnera une façon de produire plus durable et traçable. Confiée à Kermarrec Promotion, la construction de l’usine clé en main démarrera courant juillet 2026 pour une livraison prévue un an plus tard.

Loïc Denjean-Massia a grandi entre la France, l’Afrique (Côte d’Ivoire, Guinée, Sénégal) et la Guyane. Son père avait des activités en Côte d’Ivoire, ce qui a forgé son attachement à ce pays. « Quand on a goûté à l’Afrique, on a du mal à s’en détacher. La Côte d’Ivoire est une puissance agricole : première économie de l’UEMOA (Union Économique et Monétaire Ouest-Africaine), premier producteur mondial de fèves de cacao, premier port d’Afrique… C’est un pays qui compte. », analyse-t-il.   Quant à la noix de cajou, tout commence dans les années 1970. « Sous l’impulsion du président Houphouët-Boigny, l’anacardier – l’arbre qui produit la noix de cajou – est planté en masse pour stopper l’avancée du Sahel. Grâce à un climat propice, le pays se couvre rapidement de ces arbres, devenant, en quelques décennies, le premier producteur mondial de noix de cajou brute. » Pourtant, malgré cette position dominante, la transformation de la noix reste quasi inexistante sur place. 90% de la production ivoirienne est exportée brute vers l’Asie (Vietnam, Inde), où elle est transformée avant de revenir en Europe. Un paradoxe que le dirigeant de Cajoo Malo a décidé de briser.

 

Le déclic de Loïc Denjean-Massia

Après des études et une carrière internationale dans de grands groupes (Pitney Bowes, Alcatel, Canon, Stanley Sécurité), Loïc Denjean-Massia revient en Côte d’Ivoire en 2015 avec un projet : créer une coopérative de producteurs de noix de cajou. « J’ai monté une coopérative avec un associé ivoirien. On avait un millier de producteurs. L’idée était de construire une unité de transformation en Côte d’Ivoire. »Mais après plusieurs années, il réalise que l’Europe offre un terrain plus favorable pour son ambition : transformer localement la noix de cajou et réduire les coûts logistiques et environnementaux. En rencontrant Ecom, un géant mondial du trading de matières premières agricoles (basé à Amsterdam), il trouve un partenaire clé pour sécuriser l’approvisionnement en noix de cajou pelliculée. Nous sommes en 2022.

C’est ainsi que naît le projet Cajoo Malo : une usine 100% dédiée à la transformation. « Le choix de Saint-Malo n’est pas un hasard. Le port dispose d’infrastructures disponibles (grues, entrepôts) et d’un accès direct à la mer. L’usine étant construite sur un terrain d’1 hectare à seulement 5 km du port, la noix de cajou mettra 20 jours pour arriver de Côte d’Ivoire, contre 2 mois et demi pour un trajet vers l’Asie. Nous sommes donc sur un circuit court avec une réduction de 60% de l’empreinte carbone. » Par ailleurs, en s’implantant à Saint-Malo, Cajoo Malo se place au cœur d’un réseau de clients potentiels (fromagers, glaciers, fabricants de pesto, etc.).

 

Une première en Europe

Jusqu’à aujourd’hui, aucune usine de transformation de noix de cajou n’existait en Europe. Pourtant, le continent consomme 200 000 tonnes de noix de cajou par an, ce qui en fait le premier marché mondial (ex æquo avec l’Amérique du Nord). « Aujourd’hui, le marché européen est dominé par des « packing centers », des zones de conditionnement où la noix de cajou, transformée en Asie, est triée et reconditionnée pour les clients. Nous, on veut casser ce modèle en produisant localement. » En tablant sur une production annuelle de 6 000 tonnes (soit 3% du marché européen), Cajoo Malo pourrait capter une part significative de ce marché. « Nous, on reçoit l’amende pelliculée, on la transforme, et on livre de l’amande blanche prête à l’emploi. »

Le process de transformation comprend 6 étapes clés : le séchage, le pelliculage ( Séparation de l’amande et de la pellicule à l’aide de machines spécialisées),  le tri , le calibrage, le reconditionnement et la préparation . « Les amandes seront classées en deux catégories : les entières d’un côté et les petits morceaux de l’autres». L’entrepreneur vise deux marchés principaux. Tout d’abord le snacking (75% de la production) avec les amandes entières pour l’apéritif, destinées aux grands groupes agroalimentaires (Nestlé, Intersnack, Alnatura, etc.) et ensuite les ingrédients (25% de la production) avec des éclats et poudre de noix de cajou pour les fabricants de pesto, toppings pour la crème glacée, fromages, etc..

 

Un projet à 9 millions d’euros soutenu par la Région Bretagne

Le projet représente un investissement total de 9 millions d’euros dont 5 millions pour le bâtiment , « 3 250 m² installés sur un terrain d’un hectare sur la zone Atalante », et 4 millions pour les machines et l’installation.  Pour structurer son projet, Loïc Denjean-Massia a créé ABM, une holding qui permet de fédérer les investisseurs (la famille, des bretons ) avec 51 % d’apports en fond propres. Aujourd’hui, Cajoo Malo en est le fer de lance.  « Ecom, le partenaire d’approvisionnement, investit quant à lui 30 millions d’euros dans l’achat, le transport et la logistique de la matière première », précise le dirigeant.

Le projet a bénéficié d’un large soutien. Tout d’abord celui de la Région avec une subvention à hauteur d’1 million d’euros (dont 60% financés par le FEADER, fonds européen), mais aussi l’agglomération de Saint-Malo pour l’accompagnement logistique et Bretagne Compétitivité pour la recherche de financements et le montage du dossier. « L’usine générera 45 emplois directs en Bretagne, avec un impact indirect sur le port de Saint-Malo et les sous-traitants locaux ». Une bonne nouvelle pour l’emploi breton, dans une région où l’agroalimentaire est un secteur clé.

Enfin pour mettre toutes les chances de son côté dans la réussite de Cajoo Malo, Loïc Denjean-Massia s’est entouré d’une équipe expérimentée.  François Chevillard, « un ancien de Carrefour et Lidl, expert en construction de bâtiments et grande distribution », Sébastien Ripoche, président d’ARBM (groupe spécialisé dans la mécanique de précision), « l’expertise industrielle » et Jean-Baptiste Genevée, technicien en charge de la mise en place et de la supervision des processus industriels. « Avec ces quatre personnes, on a une photographie complète des compétences nécessaires pour réussir »,conclut le dirigeant, petit-fils d’un grand père brestois et d’une grand-mère plougastellenn.

 

 

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