« Tout petit, je suis tombé dans la mécanique de précision. A la tête de l’entreprise familiale, mon père produisait des pièces en métal, plastique et céramique. », raconte Théophile Boué, CEO d’Uboe à Vitré. C’est donc assez naturellement qu’une fois son bac en poche, le jeune homme entame des études d’ingénieur à l’Eseo d’Angers où il se spécialise en électronique. Lors de sa dernière année d’étude, en 2012, il prépare en parallèle, à Plymouth en Angleterre, un Master en robotique et Intelligence artificielle, puis en 2013, un Master « en recherche pure, à Rennes, sur les architectures électroniques et antennes. »
Trois ans de R&D
Dès 2013 , bardé de diplôme, il est recruté par Secure-IC , une entreprise rennaise de haute technologie, spécialisée dans la cybersécurité. « J’ai démarré en tant que développeur en crypto systèmes et contre-mesures. Il s’agissait d’ intégrer dans les algorithmes des contre-attaques basées sur le comportement électronique ». Théophile Boué devient ensuite responsable produit et roadmap en charge d’une équipe de développeurs. En 2022, après 9 années passées chez Secure-IC, il abandonne son statut de salarié pour se consacrer à 100 % au projet qu’il murit depuis près de trois ans. « En tant qu’ingénieur électronicien, on a besoin de faire des démonstrateurs. Or, imprimer des circuits peut se révéler compliqué, c’est lent et c’est polluant. Mon projet de recherche consiste à faciliter l’intégration de l’électronique dans les pièces plastiques, comme les cartes électroniques, en utilisant l’impression 3D et non la 2D.On peut ainsi les personnaliser ( couleur, forme, …) sans que ce soit laborieux et que le prix explose. C’est cette idée que j’ai voulu aller vérifier. » Des recherches de solutions existent mais à base de résine et d’encre électronique. « Ce sont des process compliqués et chers, je veux simplifier ça. » Il investit dans du matériel d’impression 3D et développe un logiciel pour piloter des modules. « Pendant un an, j’ai opéré de nombreux tests pour réussir à intégrer, à froid, du matériel conducteur dans le plastique », confie-t-il.
2024, naissance d’Uboe
Désormais à 100 % sur son projet , le futur dirigeant se fait accompagner par la CCI Ille-et-Vilaine pour développer son business plan et créer son entreprise. Un ancien collègue, Yannick Le Provost, rejoint le projet en 2023, puis le binôme intègre l’incubateur du Poool à Rennes. Début 2024, les deux associés développent, en sus du projet de R&D, une activité commerciale d’impression 3D tournée vers le conseil aux industriels. « On peut concevoir des machines spécifiques adaptées à des matériaux de toutes sortes ou des simples composants. » Uboe voit le jour en juin 2024. L’entreprise propose un processus de fabrication additive hybride « permettant l’intégration d’éléments mécaniques, électroniques, liquides … entre les différentes étapes de dépôt de filament de thermoplastique fondu », indique Théophile Boué.
Des projets de grande taille
Les applications sont nombreuses : prototypage pour petites ou moyennes séries, IoT, drones, robotique, Défense, etc. « On compte aujourd’hui une petite dizaine de clients industriels bretons », poursuit le dirigeant. En juin 2025, Uboe a intégré le campus industriel de Vitré où il occupe un bâtiment de 140 m² . Le binôme a investi dans une dizaine de machines en impression 3D dont quatre grands formats. « On imprime des projets jusqu’à 600 mm x 600 mm et 200 mm de hauteur. » Chaque machine vaut environ 20 000 euros et permet de réaliser des pièces plus complexes, sans faire exploser les prix . « Cette activité nous sert à autofinancer le projet de R&D. » Après une année 2025 un peu flatte, l’entreprise a connu un rebond d’activité au 1er trimestre 2026 et le carnet de commandes se situe à un bon niveau.
En parallèle, Théophile Boué a engagé des discussions avec deux industriels , un dans la mobilité et l’autre dans l’énergie, pour l’accompagner dans la mise en place des premiers démonstrateurs et d’un premier circuit imprimé en 3D. Le binôme est aussi accompagné par Emergys avec à la clé une aide de 25 000 euros. « On a également reçu un coup de pouce, 4 000 euros, de la fondation Le Roch-Les Mousquetaire. » Soutenu aujourd’hui par tout l’écosystème, Uboe accélère , répond à des appels à projets et se rapproche des pôles d’excellence, EMC2 et ID4 Mobility. « Comme on conçoit et on fabrique nous-même nos propres machines, on peut suivre la cadence. Techniquement, là où nous sommes installés, nous disposons encore de 5 000 mètres carrés disponibles ! » , conclut Théophile Boué. De quoi voir venir en effet .



