« Avec le contexte politique particulier que nous connaissons depuis plusieurs mois, nous n’attendons pas de décision à moyen terme du gouvernement. C’est à nous de prendre les initiatives et les décisions ad hoc », déclare Rémi Cristoforetti, président de l’ABEA (Association bretonne des entreprises agroalimentaires)*. Malgré une légère reprise de la consommation fin d’année 2025 et un effet inflationniste faible, l’équation économique de l’agroalimentaire breton se complique d’année en année. La principale difficulté tient dans la faiblesse de sa valeur ajoutée. Avec un chiffre d’affaires de 34,3 milliards d’euros, les IAA bretonnes (1 800 dont 72% de TPE de -10 salariés) ne génèrent que 4,9 milliards d’euros de valeur ajoutée soit 14,3 % de leur CA. « Ce niveau est nettement inférieur à la moyenne nationale qui atteint 16,6%. Deux points d’écart qui montrent un décrochage de l’agroalimentaire breton inquiétant », relève la note de tendances publiée par l’ABEA en ce mois de janvier.
Tensions commerciales
Par ailleurs, les acteurs de l’agroalimentaire « vivent à nouveau des tensions très fortes dans les négociations commerciales en cours avec la grande distribution et les agriculteurs », poursuit Rémi Cristoforetti. A ces difficultés, s’ajoutent les prix de l’énergie (taxe sur le gaz multipliée par 8) et les effets assuranciels pour pertes d’exploitations qui suivent une tendance haussière. « Qui plus est on observe une vraie volatilité des marchés, avec des décisions géopolitiques à contre-courant (taxe de 15 à 20% sur le porc européen et sur certains produits laitiers par la Chine). Sans compter l’incertitude budgétaire en France « avec des effets de bord attendus en matière fiscale ». La pression commerciale exercée sur les IAA bretonnes s’accentue d’autant plus que certaines centrales d’achat, installées en Belgique ou en Espagne échappent au cadre de la loi française EGalim, notamment concernant la sanctuarisation du prix des matières premières agricoles.
Hausse des réglementations et des taxes
Dans ce contexte les investissements réalisés ces dernières années par les entreprises pour décarboner leur process, réduire leur consommation d’eau et moderniser leur outil vieillissant (le taux d’obsolescence des équipements est de 65 %, dix points de plus que la moyenne nationale), pourraient marquer le pas. « Sur les cinq dernières années, 88% des entreprises ont gagné en efficacité énergétique au sein de leur process. Mais, aujourd’hui, l’absence de budget pèse sur les aides à l’investissement comme, par exemple celles octroyées par la Dreal pour les équipements de réfrigération. » Un autre sujet d’inquiétude est l’impact de la réglementation et l’envolée des taxes : augmentation de la redevance de l’agence de l’eau, hausse de 20% depuis 2022 de la contribution éco emballage, réforme de la taxe sur les déchets avec pour effet un surcoût de 5 euros par tonne de déchets … « Ces décisions sont souvent prises sans anticipation et ne sont donc pas intégrées dans les budgets des entreprises », souligne Rémi Cristoforetti.
20 à 30 % des effectifs vont partir en retraite d’ici 2030
Sur le front de l’emploi, la dynamique de recrutement se poursuit mais elle a marqué le pas en 2025. « Nous sommes passés de 10 400 projets de recrutement en 2024 à 8 400 en 2025, avec une baisse de 8% chez les cadres. » Ce changement de dynamique est à mettre en parallèle avec les restructurations opérées ces derniers mois à l’image de la reprise du site de Traiteur de Paris à Pontivy par le Groupe Cité Marine. « Pour autant, d’ici 2030, nous allons être confrontés à un départ en retraite massif de salariés, entre 20 et 30% des effectifs (72 000 emplois dans l’agroalimentaire breton). Quand on sait que le départ de savoir-faire peut fragiliser l’ensemble d’un atelier, nous allons devoir les remplacer, assurer le transfert des compétences alors même que la baisse de la population active bretonne est programmée », prévient Rémi Cristoforetti. D’autant que dans l’agroalimentaire breton, 60% des effectifs sont concentrés sur le premier niveau de qualification, des profils particulièrement difficiles à attirer.
« Même si la période des fêtes s’est plutôt bien passée, on sait que les dépenses alimentaires deviennent un élément d’arbitrage, relève Rémi Cristoforetti. L’optimisation pour écraser les charges fixes et donc retrouver de la valeur ajoutée et les moyens d’investir, passe par les mutualisations, les synergies. La capacité de mobilisation et de réactivité de l’agroalimentaire breton est une force. Nous sommes persuadés que nous allons vers une période de consolidation et de réorganisation du secteur pour accompagner toutes ces transformations. »
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