Appelée stratégie de reconquête, la feuille de route déroulée par la nouvelle gouvernance du Groupe Rocher (Bris Rocher à la présidence et Jean-David Schwartz à la direction générale) applique un resserrement des activités du groupe breton autour de ses expertises historiques : les produits de soin et du bien-être. La récente cession de ses entités Petit Bateau (mode enfantine) et Stanhome (entretien maison), illustre ce renforcement dit « financier et de performance« . Aujourd’hui, le Groupe Rocher est représenté par quatre marques (au lieu de neuf il y a deux ans) : Yves Rocher, arbonne, Sabon et Dr. Pierre Ricaud.
Ce recentrage passe également par la relocalisation de la production en Bretagne, et plus précisément à La Gacilly, terre originelle du groupe familial Rocher. Deux usines y sont installées : une à Rieux créée en 1979 et spécialisée dans la fabrication des soins du visage et du maquillage (330 salariés) ; l’autre à La Gacilly construite en 1991 au lieu-dit Villes-Geffs et dédiée à la fabrication des gels douche, shampoing et soins du corps (450 salariés). « En 2025, nous y avons rapatrié la production de la marque Sabon (rachetée en 2018 par le groupe Rocher, Ndlr) jusqu’alors implantée en Israël« , souligne Damien Dussart, directeur industriel de ces deux sites bretons.
L’écoconception, moteur du développement
C’est sur ce site de La Gacilly que vient aussi d’être installée une ligne de production spéciale Doy Pack, ces nouveaux contenants en plastique recyclable souple, utilisés comme écorecharges pour shampoing. « Le produit sortira en mars 2026. Il est très attendu en Asie, mais sera proposé sur l’ensemble de nos marchés », souligne Damien Dussart qui précise avoir engagé 300 000 euros pour l’achat de cette machine, capable de sortir 2 millions d’unités Doy Pack à l’année.
Devenue entreprise à mission, le groupe Rocher a érigé l’écoconception au cœur de ses recherches et investissements. « Nous avons créé une unité de soufflerie pour conditionnement. L’idée est de transformer, par une pulsion à froid, un tube en contenant moulé. Cette opération nous permet de réduire nos coûts de transport et notre bilan carbone », explique le directeur de site. L’installation, qui a coûté 4,5 millions d’euros pour quatre lignes de soufflage, affiche in fine une réduction de 340 tonnes de CO2 par an.
D’autres recherches sont menées pour améliorer l’impact de l’entreprise. « Nous travaillons sur la recyclabilité de nos contenants, jusqu’à l’éventualité d’un système de consigne », présente Damien Dussart. Les leviers d’économie d’énergie et d’eau sont pour leur part actionnés : le groupe Rocher a participé au programme Ecod’O (30% d’économie réalisée), avant d’appliquer d’ici 2027 un circuit fermé lié à la réutilisation des eaux usées traitées (REUT) visant à réduire de 80% la consommation en eau des process de l’entreprise.
L’Asie en ligne de mire
Si le gros de la production du Groupe Rocher est en France, et majoritairement en Bretagne (85%), ses marchés sont à l’international. En 2024, le groupe a réalisé près de 2,2 milliards d’euros de chiffre d’affaires, dont 70% à l’international. Et compte muscler davantage sa présence en Asie, un marché à fort potentiel pour le groupe de cosmétique breton.
L’Asie du Sud-Est. C’est précisément sur cette partie du continent que le Groupe Rocher a dévolu ses ambitions de conquête. Sa gamme de soins pour cheveux, dont les produits Sabon, semble sa meilleure arme pour arriver à ses fins. « Nous développons des produits spécifiques aux habitudes cosmétiques de ces pays », explique Damien Duffard, convaincu également du succès annoncé de la gamme Yves Rocher. Le Groupe Rocher prévoit l’ouverture de 150 magasins dans ces pays d’ici cinq ans, ainsi que des collaborations stratégiques comme celle récemment conclue avec le géant Nykaa, en Inde.
A terme, ces axes de croissance devraient venir doper la chaine de production des entreprises bretonnes du groupe, qui pourront espérer renouer avec leurs volumes d’avant Covid (200 millions d’unités à La Gacilly (contre 130M aujourd’hui) + 130 millions d’unité à Rieux (contre 70M aujourd’hui) qu’elles n’ont pas réussi à rétablir depuis 2020.



