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Loïg Chesnais-Girard, Président de la Région Bretagne
V.Maignant
Loïg Chesnais-Girard, Président de la Région Bretagne

« Si chaque région prend sa part, globalement, on participe à une sorte de cohésion du monde »

Véronique Maignant, le 20.12.2019

Dans le cadre de la 31e édition du Palmarès des entreprises bretonnes, nous avons interviewé Loïg Chesnais-Girard, Président de région Bretagne. Breizh Cop, déploiement de la fibre, soutien à une agriculture de haute qualité environnementale...retour sur  quelques-unes des actions phares engagées et déployées  par la Région.

 

La responsabilité sociale de l’entreprise (RSE) est une notion très en vogue au sein des entreprises. Quel sens et quelle portée lui donnez-vous ?

Nous avons lancé la Breizh Cop en Bretagne pour faire en sorte que, demain, nous soyons toujours sur une planète vivante. J’essaie de gérer la région avec une cohérence compatible avec ce que nous devrions faire si nous gérions le monde. Sous-entendu, si chaque région prend sa part, globalement, on participe à une sorte de cohésion du monde et ce malgré le foutoir ambiant qui règne un peu partout. Cela veut dire qu’on ne peut pas construire des immeubles et des maisons et ne pas s’intéresser à d’où viennent les matériaux de carrière. On ne peut pas mettre des produits dans nos cantines et fermer les yeux sur le fait qu’une partie d’entre eux provient d’en dehors de la France, voire de l’Union européenne. Nous devons avoir une réflexion globale. Il n’est pas non plus acceptable qu’une partie des déchets de la Bretagne soit exportée. Dans le cadre de la Breizh Cop, il faut assurer la transition écologique, la transition numérique, les équilibres de territoires et viser une intensité d’emplois dans nos économies. Prenons l’exemple de la pêche. Nous pourrions produire la même valeur avec seulement six bateaux usines. Ce n’est pas notre modèle, ni historiquement ni culturellement. Aujourd’hui, nous faisons le choix de garder un modèle intensif en emplois. C’est ça la Breizh Cop : définir nos orientations. Nous proposons aux autres collectivités, aux associations, aux entreprises et aux citoyens de s’engager dans ce modèle et, pourquoi pas, d’intégrer une partie de ses principes, soit au travers de la RSE, soit avec la mission de l’entreprise. La rentabilité à long terme passe par l’ancrage dans le territoire et la participation dans l’équilibre du territoire.

 

Une de vos ambitions pour la Bretagne est qu’elle devienne la région leader européen du « bien-manger ». Pourquoi ?

Il faut avoir conscience que la Bretagne, c’est à la fois 3,3 millions d’hommes et de femmes et une région qui produit pour nourrir 20 millions de personnes. C’est considérable ! Nous sommes aussi dans une période où l’alimentation est en train de redevenir un sujet d’actualité dans notre vie quotidienne à tous. Il faut donc adapter notre agriculture et notre agroalimentaire aux demandes d’aujourd’hui, tout simplement pour ne pas être évincé du marché. L’exemple que je prends tout le temps, c’est l’œuf en cage. Quand le marché a dit « on veut des œufs de poules en liberté », en deux trois ans, plus personne n’a acheté d’œufs de poules en cage. Cela va très vite et ça va aller de plus en plus vite dans tous les domaines : produits de la mer, produits de la terre, produits carnés, viande, lait, fromage, etc. comme dans les produits végétaux. Sur ces sujets, il faut qu’on soit au top niveau si on veut que nos agriculteurs puissent rester dans la course. Nous sommes dans une compétition européenne. Le citoyen va de plus en plus acheter du bio, même s’il est produit à 3 000 kilomètres, plutôt que du raisonné breton. Il faut donc qu’on intègre ça dans notre stratégie. Celle que j’ai définie est « le bien-manger pour tous ». Nous allons faire en sorte d’avoir une agriculture de haute qualité environnementale, non pas pour quelques happy few qui auraient les moyens de se la payer, mais pour tous.

 

Que faut-il mobiliser en premier ?

Le premier pilier, c’est l’agroécologie. L’agriculture doit faire évoluer tous ses systèmes pour tendre vers une performance environnementale maximale. C’est d’ailleurs attendu par les agriculteurs. Le deuxième pilier est l’autonomie alimentaire. En effet, si demain nous ne sommes pas capables de nous autosuffire en Europe et en France, dans le monde complexe qui est le nôtre, nous pourrions vivre des moments très compliqués. C’est un sujet de souveraineté. Et quand je parle d’autonomie, cela va jusqu’à l’alimentation pour le bétail. Il faut donc aussi relancer les plans protéines, relancer les sujets sur la façon de nourrir notre bétail pour éviter de nous retrouver dépendant du soja américain. Nous allons donc poursuivre notre accompagnement des agriculteurs via les contrats d’aide à la conversion ou au maintien d’une agriculture bio, continuer à investir dans l’innovation mais aussi la formation. Enfin, nous allons travailler notre image pour montrer ce que nous savons faire, affirmer la fierté que nous avons d’avoir des agriculteurs en Bretagne qui assument la transformation des systèmes. L’agribashing est insupportable. Il va avec la société dans laquelle nous vivons aujourd’hui où, de plus en plus, chacun recherche chez le voisin les sources des problèmes que l’on semble vivre. C’est insupportable dans une période où la dislocation pointe son nez. Il est nécessaire de travailler sur le sentiment d’appartenance à l’Europe, à notre République, à la Bretagne. Mon boulot, c’est de travailler à la cohésion de la société. Bien sûr qu’il y a des mutations, que c’est compliqué, mais la responsabilité d’un élu, qui plus est d’un social-démocrate, est de trouver ces équilibres.

 

Récemment, vous avez retenu Axione pour accélérer le déploiement de la fibre en Bretagne. Les résultats sont-ils au rendez-vous ?

En avril dernier, nous avons signé un contrat d’1 milliard avec Axione, filiale de Bouygues, afin de construire 1,4 million de prises. C’est considérable ! Nous venons d’ailleurs de lancer « www.lafibrepourtous.bzh » avec une carte qui permet à chacun de tester son éligibilité. Ce site Internet met aussi en avant le tempo dans lequel les choses vont se faire. Notre choix, affirmé, est de commencer par les territoires encore éloignés du haut débit. Concrètement, quelqu’un qui habite dans un territoire qui dispose de 20 Méga Bits par seconde n’est pas la personne qui est le plus urgemment en situation d’avoir besoin de la fibre. Par contre, pour un territoire qui est à moins de 8, voire 3, Méga Bits par seconde, l’urgence est forte. L’ordre de déploiement a d’ailleurs été défini par les intercommunalités membres de Mégalis. L’objectif est d’atteindre 100 000 prises en 2020, puis 150 000 prises par an à partir de 2021.Les recrutements sont en cours. Nous avons besoin de beaucoup de monde, que ce soit dans les bureaux d’étude, la pose ou les connexions. C’est un chantier qui représente environ 600 emplois. C’est énorme ! En dehors du Grand Paris, c’est sans doute un des plus gros marchés privés en France. Malgré cela, j’ai aussi conscience que, pour un certain nombre de citoyens, ça ne va pas assez vite. A fin 2020, nous serons à 40% du territoire fibré.

 

Quelle est l’expérience ou la rencontre qui vous a le plus marqué durant ces 12 derniers mois ?

J’ai passé 10 heures cet été sur un langoustinier. Je vous avoue que ça m’a vraiment bluffé. Quand j’ai repris début juin la compétence pêche, suite au départ de Pierre Karleskind à Bruxelles, j’ai alors indiqué à Olivier Le Nézet, président du Comité des pêches de Bretagne que je voulais prendre du temps pour embarquer. J’ai donc fait ma première marée, avec un départ à 3 h du matin du Guilvinec. Nous sommes rentrés vers 15 h. J’ai vu des hommes courageux, des métiers très difficiles. J’ai pris un pied incroyable et j’ai appris beaucoup de choses. Cela a été une expérience humaine très forte. Cela permet aussi de parler des sujets. C’est au croisement du bien-manger, de cette Bretagne qui entretient un lien fort avec la mer et ses hommes. Ce sont des métiers très anciens, qui sont toujours là et qui doivent continuer à attirer du monde.


Chiffres-clés

Déploiement de la fibre en Bretagne

100% du territoire couvert en 2026, 40 % à la fin 2020

1,66 M€ dédiés au projet

1000 emplois mobilisés de 2020 à2026

Info : www.lafibrepourtous.fr

L'évènement

24H pour l'Emploi et la Formation, le 29 septembre à Brest Arena

Le salon 24H pour l'Emploi et la Formation s'installe à Brest le mardi 29 septembre 2020 à Brest Arena.

Ce salon permettra aux candidats de venir à la rencontre de nombreux recruteurs et de postuler à des centaines de nouvelles offres.