« Jusqu’alors, il y avait une certaine homogénéité parmi nous autour de la résilience. Aujourd’hui, elle se fissure. C’est nouveau », observe Caroline Hilliet Le Branchu, Présidente-directrice générale de la belle-iloise et présidente du Club ETI (Entreprises de Taille Intermédiaire) Bretagne. Créé en 2022, il rassemble 74 membres contre 65 un an plus tôt et pèse 65 000 emplois dont 35 000 en Bretagne. Dans un contexte où la consommation se tend et le pouvoir d’achat régresse, le critère N° 1 est le prix. Pour rester compétitives, les entreprises ont tendance à baisser leur marge : « Chez nous, à la Belle Iloise, on a abaissé de 10 points notre marge. C’est énorme ! J’ai pu le faire car en tant qu’entreprise familiale, j’ai la capacité à décider seule. Ce n’est pas le cas des entreprises avec des actionnaires extérieurs. Tous ces écarts de gouvernances et de marges pèsent sur les entreprises. » Les trésoreries sont également impactées et par ricochet, la capacité à investir, à créer des emplois et à innover. « Nous avons alerté les politiques, au plus haut niveau, sur cette situation de fragilité dans laquelle un certain nombre d’ETI se trouvent aujourd’hui. Ils nous répondent : « On sait ». Mais, ils ne nous entendent pas. », constate la présidente du Club ETI Bretagne pour qui, la priorité en 2026 est de consolider la relation entre les membres actuels plutôt que de grossir. » Plus que jamais, nous devons cultiver le cercle de confiance entre les tous les membres« . En 2026 , les différents évènements organisés aux quatre coins de la Bretagne s’organiseront autour d’une thématique centrale, la Gouvernance.
Le décalage entre les pouvoirs publics et les entreprises se creusent
Le décalage entre les pouvoirs publics et les entreprises semble se creuser. Taxation des entreprises, pacte Dutreil, coûts de production, maintien de la CVAE…Sur toutes ces questions, les ETI réclament de la stabilité. « En ne baissant pas le coût du travail, on s’auto-impose des droits de douane et on obère notre capacité à créer de l’emploi et de la valeur. Aujourd’hui au sein du club, nous avons connaissance d’ETI fragilisées avec des situations qui pourraient, dans les mois à venir, donner lieu à des annonces. » Autrement dit, des défaillances d’entreprises parmi les ETI bretonnes pourraient survenir dans les prochains mois. A ces difficultés s’ajoute l’envolée des taux bancaires . » Ils ont rarement été aussi élevés : en cinq ans ils ont été multiplié par trois pour atteindre aujourd’hui 4,5%. En parallèle, les conditions d’allocation de crédits se durcissent. Le ratio fonds propres/endettement est suivi de très près par les organismes bancaires. », explique Patrice Borali , président de Squiban Group installé à Plougastel-Daoulas (29). En pleine croissance, l’ETI familiale ( 374 collaborateurs et 90 M€ de CA) est spécialisée dans les installations horticoles, maraîchères, industrielles et tertiaires avec une stratégie tournée autour de trois axes : économie d’énergie, économie d’eau et génie climatique.
Certains secteurs sont plus touchés que d’autres. Après avoir vécu des années de forte croissance, les entreprises de services numériques font face à une baisse des investissements de leurs donneurs d’ordre. « C’est particulièrement vrai dans l’automobile et la construction/bâtiment et dans une moindre mesure dans le luxe. A contrario, les entreprises du secteur de la Défense (BITD) investissent massivement, explique Hugues Meili, PDG de Niji, entreprise de services numériques installée à Rennes (1 400 collaborateurs). A l’échelle nationale, le secteur a perdu 5 points de croissance en 2025. « Chez Niji nous faisons + 3%, mais ces dernières années, nous étions habitués à des croissances à deux chiffres. On a des fonds propres conséquents, donc on peut faire le dos rond. Mais à trop taper dans le cash constitué, ils peuvent finir par diminuer.»
Emploi : l’intelligence artificielle vide la pyramide des âges par le bas
Cette situation est d’autant plus inquiétante, que le secteur doit faire face à des investissements massifs dans l’intelligence artificielle. « Dans les 18 mois à venir, on va assister à une restructuration du marché entre celle qui auront investi et celles qui n’aurons pas pu le faire. », prévient Hugues Meili .Le risque à venir est que des entreprises à vendre soit reprises par des capitaux étrangers et voient leur centre de décision quitter le territoire breton.
Autre constat : « On est en train de créer un deuxième chômage et vider la pyramide des âges par le bas. La menace se concentre chez les jeunes diplômés. Les entreprises équipées d’IA n’ont plus besoin de consultants juniors pour cruncher de la data. En conséquence, elle recherche davantage de séniors expérimentés. » La réduction des aides à l’embauche d’un alternant n’a fait qu’accentuer cette tendance, même si chez Niji , la raison tient vraiment dans l’IA : » durant la période post Covid , nous avions environ une centaine d’alternants. Aujourd’hui, ils ne sont plus qu’une quinzaine. L’IA a remplacé leurs activités. On recrute sans problème et la discussion sur le salaire a disparu « , conclut le président de Niji.
Chiffres clés du Club ETI Bretagne 2025
74 membres (65 en 2024)
13,9 milliards d’euros de chiffres d’affaires ( 11,9 milliards d’euros en 2024)
65 000 salariés dont 35 000 en Bretagne ( 55 000 en 2024)



