« Jusqu’alors, il y avait une certaine homogénéité parmi nous autour de la résilience. Aujourd’hui, elle se fissure. C’est nouveau », observe Caroline Hilliet Le Branchu, Présidente-directrice générale de la belle-iloise et présidente du Club ETI Bretagne. Créé en 2022, il rassemble 74 membres contre 65 un an plus tôt et pèse 65000 emplois dont 35 000 en Bretagne. Dans un contexte où la consommation se tend et le pouvoir d’achat régresse, le critère N° 1 est le prix. Pour rester compétitives les entreprises ont tendance à baisser leur marge : « Chez nous, à la Belle Iloise, on a abaissé de 10 points notre marge. C’est énorme ! J’ai pu le faire car en tant qu’entreprise familiale, j’ai la capacité à décider seule. Ce n’est pas le cas des entreprises avec des actionnaires extérieurs. Tous ces écarts de gouvernances et de marges pèsent sur les entreprises. » Les trésoreries sont également impactées et par ricochet, la capacité à investir, à créer des emplois et à innover. « Nous avons alerter les politiques, à un plus haut niveau, sur cette situation de fragilité dans laquelle un certain nombre d’ETI se trouvent aujourd’hui. Ils nous répondent : « On sait ». Mais, ils ne nous entendent pas. », constate la présidente du Club ETI Bretagne.
Le décalage entre les pouvoirs publics et les entreprises se creusent
Le décalage entre les pouvoirs publics et les entreprises semble se creuser. Taxation des entreprises, pacte Dutreil, coûts de production avec le maintien de la CVAE, sur toutes ces questions les ETI réclament de la stabilité. « En ne baissant pas le coût du travail, on s’autoimpose des droits de douane et on obère notre capacité à créer de l’emploi et de la valeur. Aujourd’hui au sein du club, nous avons connaissance d’ETI fragilisées avec des situations qui pourraient, dans les mois à venir, donner lieu à des annonces. » Autrement dit, des dépôts de bilan.
Certains secteurs sont plus touchés que d’autres mais après avoir vécu des années de forte croissance, les entreprises de services numériques font face à une baisse des investissements de leurs donneurs d’ordre. « C’est particulièrement vrai dans l’automobile et la construction/bâtiment et dans une moindre mesure dans le luxe. A contrario, les secteurs de Défense investissent massivement, explique Hugues Meili, PDG de Niji, entreprise de services numériques installée à Rennes (1400 collaborateurs). A l’échelle nationale, le secteur a perdu 5 points de croissance en 2025. « Chez Niji nous faisons + 3%, mais ces dernières années, nous étions habitués des croissances à deux chiffres. On a des fonds propres conséquents, donc on peut faire le dos rond. Mais à trop taper dans le cash constitué, ils peuvent finir par diminuer.» Cette situation est d’autant plus inquiétante, que le secteur doit faire face à des investissements massifs dans l’intelligence artificielle. « Dans les 18 mois à venir, on va assister à une restructuration du marché entre celle qui auront investi et celles qui n’aurons pas pu le faire. » Le risque à venir est que des entreprises à vendre soit reprises par des capitaux étrangers et voient leur centre de décision quitter le territoire.



