Ces cinq dernières années ont été atypiques à plus d’un titre pour l’agriculture bretonne. « Depuis très longtemps, je n’avais jamais connu une période aussi longue sans crise », indique Marc Laurent, directeur général de Cerfrance Brocéliande, lors de la présentation d’Image PME Bretagne à Rennes. Habitué aux crises laitières, sanitaires ou climatiques, le secteur agricole breton a bénéficié d’une accalmie historique après la pandémie de Covid-19.
Les prix de vente sont restés élevés pendant près de quatre ans et demi, offrant aux agriculteurs une rentabilité rare. « Les producteurs de lait n’ont jamais été aussi bien rémunérés. Du moins, ils ont été enfin correctement rémunérés. C’est également vrai pour les éleveurs de porcs. », souligne-t-il. Une situation d’autant plus remarquable que, avant le Covid, les prix étaient particulièrement bas.
Même si des crises sanitaires (notamment en aviculture) et des problèmes climatiques ont ponctué cette période, « globalement, ça n’a pas très fortement impacté les prix. La rentabilité est restée correcte », précise Laurent Marc. Cette stabilité a permis aux exploitations de réinvestir massivement. Certains agriculteurs, initialement prêts à prendre leur retraite, ont même reporté leur départ en raison de cette conjoncture favorable. « On a beaucoup investi, et on a aussi décalé des départs en retraite », ajoute-t-il.
2025 -2026 : retour des incertitudes
Depuis 2025, la situation commence cependant à évoluer. « On a des baisses de volume dans quasiment toutes les productions », constate Laurent Marc. Ces baisses, combinées à des aléas climatiques, entraînent une pression à la hausse sur les prix. Par exemple, Les fortes chaleurs de cette été ont réduit la productivité et la fertilité dans les élevages de porc. « Résultat : le prix du porc, qui était moyen en début d’année, a fortement remonté en août, passant de 1,60 € le kg en juillet à 1,81 €/kg fin août. »
Pour le lait, dont le prix se calibre sur des cycles plus longs, les prévisions pour la fin de l’année restent mitigées. « On sera sur une année moyenne », estime-t-il. En aviculture, la mortalité et les baisses de volume ajoutent une tension supplémentaire.
La menace des coûts de revient
Le principal sujet d’inquiétude pour Laurent Marc reste l’énergie et les intrants. « Il faut de l’énergie pour les tracteurs, pour chauffer les serres, pour faire tourner les usines d’aliments », rappelle-t-il. Après un pic à 1 000 € la tonne d’engrais en 2022, les prix sont redescendus à 350 € la tonne en 2024, mais ils restent volatils. « Aujourd’hui, on constate une forte évolution. Le prix de la tonne est remonté à 550 €. C’est surtout ce qui se passe dans le détroit d’Ormuz qui influence les prix », explique-t-il. Les coûts des aliments du bétail suivent la même tendance, avec des risques de hausse liés à la demande internationale. « La canicule a provoqué des baisses de rendements sans précédent, entre moins 50% et 60% pour le mais , – 15% pour le blé. Ces matières premières végétales qui entrent dans la composition de l’aliment du bétail vont voir leurs prix s’envoler et avec elles ceux des coûts de revient. On assiste déjà à un déclassement du bétail. » Par chance, 2025 a été une très bonne année pour les récoltes, « on a donc un stock très élevé. Toutefois , il ne faudrait une seconde année de sécheresse comme comme celle de 2026. »
La période de stabilité post-Covid semble toucher à sa fin, laissant place à un retour des incertitudes. « La page se tourne. On reste sur 4-5 ans avec une activité qui était bonne, mais maintenant, il faut se préparer à des marges compressées par la combinaison des baisses de volume et des coûts en hausse », conclut Marc Laurent .






