Symbiomer, l’art d’innover et de performer à l’international

Son terrain de jeu, c’est la mer et plus encore ses champs d’algues, entre Trébeurden et Bréhat dans les Côtes d’Armor. Le perrosien, Alexis Bouvet a créé, en 2017, Symbiomer, spécialisée dans la vente d’algues fraiches et séchées, selon un protocole complexe et innovant.  Courant 2024, la mise sur le marché d’une solution liquide à base d’extraits d’algues, sans  auxiliaires chimiques, destinée au développement des cultures,  arbres et autres végétations, contribue à tirer sensiblement la croissance de la PME. Le chiffre d’affaires bondit à 1,5 million d’euros en 2025 dont un tiers est issu des ventes de cette solution liquide et 45 % de l’international, Amérique du Sud et Asie.  En 2026, 2 millions voire 2, 5 millions d’euros de chiffre d'affaires sont attendus. Les usages et les essais se multiplient partout dans le monde ainsi qu'en France.

« J’ai toujours été intéressé par la mer et par les algues », raconte Alexis Bouvet dirigeant fondateur de Symbiomer à Penvénan dans les Côtes d’Armor. Collégien, c’est une visite au Centre d’étude et de valorisation des algues (Ceva) à Pleubian (22) qui va éveiller sa curiosité, au point de vouloir, quelques années plus tard, contre l’avis de ses parents et enseignants, intégrer le lycée maritime d’Etel. En 2007, il obtient un Bac pro en cultures maritimes qu’il complète par un BTS en aquaculture. Un stage de deux mois au sein de l’entreprise Aleor à Lézardrieux (22), rachetée depuis par Algolesko, ne fait que confirmer sa vocation et sa passion. Il enchaine avec un master en aménagement des territoires maritimes et littoraux à l’université de Bretagne sud. « Maîtriser la technique ne me suffisait pas. Je voulais comprendre les enjeux sociaux et sociétaux liés à l’algoculture, les conflits d’usages et conditions d’accès à la ressource, alors que la cueillette est très réglementée. »

Initié et formé au Ceva

A l’issue de ce parcours universitaire, Alexis Bouvet entre au Ceva. « Pendant trois ans, j’ai eu la chance de côtoyer des scientifiques et des techniciens, spécialistes des algues. J’ai pu me perfectionner et engager dès 2015, auprès du Comité régional des pêches une démarche en vue d’obtenir une licence d’exploitation de la ressource en algues. » Deux ans plus tard, en 2017, il décroche le fameux sésame. Il lui donne accès au plus grand champ d’algues de France, une zone située entre Trébeurden à l’ouest de la côte nord du département et Bréhat. « 700 espèces d’algues y sont répertoriées. J’ai le droit d’aller partout. »

 

Un procédé unique de séchage à basse température

Dans la foulée, en février 2017, il créée avec Yannick Hémeury, Symbiomer. « Je soulais sécuriser la ressource avant de me lancer. Sans elle, on ne peut rien développer. »  Les débuts sont difficiles : « Mon premier bateau coule en novembre ». A l’époque, l’entreprise vend des algues fraiches à quelques industriels bretons spécialisés en cosmétique, agriculture et alimentation humaine (Goëmar, Olmix, Bio 3 G …). « Très vite s’est posé le problème de leur conservation. » Le perrosien change alors de stratégie et met au point un séchoir à algues à basse température, à savoir 40°. « Le temps de séchage est plus long (36 à 48h) que celui pratiqué par la profession, mais il impacte beaucoup moins la qualité des algues. » Sa gamme de produits s’étoffe avec une offre en algues sèches.

5 millions d’euros d’investissement

Fin 2019, Symbiomer change de dimension avec l’arrivée à son capital d’un nouvel associé, Jean Farman. Le binôme déménage à Penvénan à une quinzaine de kilomètres de Perros-Guirec, dans un bâtiment de 2 800 m² et investit dans de nouvelles capacités de production.  Séchoirs, unité de lavage industrielle, ligne de broyage et micronisation des algues … « Entre 2020 et 2025, nous avons investi 5 millions d’euros et développé un process complexe tout au long de la chaine de transformation (lavage, broyage, séchage). » Très vite, l’agriculture devient le principal débouché de l’entreprise et tire sa croissance, au point de représenter, aujourd’hui, 90 % de l’activité de la PME.

 

Des propriétés considérables

Il existe plus de 700 espèces d’algues mais Symbiomer en travaille deux principalement, l’algue brune ascophyllum nodosum et la laminaire. Chaque année, elle en traite entre 2 000 et 3 000 tonnes. Progressivement, en collaboration avec le Ceva, elle développe ses propres produits, des biostimulants 100 % à base d’extraits d’algues, sous forme de granulés et de solution liquide, vendus sous marque propres (Phylbio et Intracelt) mais aussi en marque blanche. Le résultat d’une R&D continue et une véritable fierté pour les dirigeants : « une partie de notre secret tient dans la technologie de séchage permettant de préserver et de concentrer les actifs contenus dans les algues ». » On n’en saura pas plus, mais ces produits constituent à la fois une alternative aux produits chimiques et un moyen d’améliorer les rendements : « quand on les applique, nos clients observent un développement racinaire significatif qui entraine une capacité des plantes à mieux puiser l’eau et les nutriments dans le sol.  Ils améliorent la tolérance au stress et favorisent la croissance. » 

Tournée vers l’international

La solution liquide commercialisée depuis fin 2024 rencontre un vif succès et a fait l’objet d’un dépôt de brevet avec une demande d’extension à l’international. L’entreprise en a écoulé 150 000 litres en 2025, mais ses capacités de production sont évaluées à plus de 4 millions de litres.  « On a pénétré un marché existant, d’abord à l’international en Amérique du Sud, au Chili, en Colombie, et plus récemment au Pérou. Aujourd’hui, on a des essais en cours partout dans le monde. On attend des retours de la République Dominicaine mais aussi du Maroc ou encore du Mexique, avec à chaque fois un gros travail réglementaire pour se faire enregistrer. »  Banane, cerise, riz mais aussi arbres fruitiers, cultures maraîchères…Toutes ces cultures développent une qualité supérieure sous l’effet des propriétés des algues bretonnes.  « En Asie, Chine et Vietnam, ce sont nos poudres d’algues qui sont testées. » Fort de ce succès, en 2026, la part du chiffre d’affaires à l’export devrait franchir la barre des 50% contre 45% en 2025. « On est train de constituer un réseau d’apporteurs d’affaires avec une présence dans chaque pays. »

 

Les coopératives agricoles, principales cible en France

La France n’est pas en reste, mais du fait de procédures très normées avec des phases d’essais d’environ deux ans, les ventes ont été plus longues à décoller. Mais la patience à fini par payer. « Fin 2025, on a réussi à intégrer le réseau de distribution de la plus grosse coopérative bretonne. C’est une grande satisfaction. En Parallèle, on travaille aussi avec une grosse coopérative à l’international. » Pour toucher les collectivités, en charge de nombreux espaces verts, Symbiomer a co-développé un produit sous forme de granulés. « Cette forme solide est mieux adaptée à leurs pratiques. » Les golfs s’intéressent également à ces produits sans auxiliaires chimiques et donc sans déchets. « Le gazon s’implante mieux, résiste mieux à la sécheresse et l’entretien est plus facile. » Un autre test en partenariat avec une coopérative forestière est en cours. « L’enjeu est que les jeunes arbres démarrent mieux leur vie et passent la période de sécheresse. » La pluralité des usages est telle que l’Université de Bretagne Sud, sous l’impulsion de la Région Bretagne, teste les extraits d’algues sur plusieurs sites dunaires du Morbihan pour y fixer la végétation et lutter contre l’érosion du littoral.

« Notre travail a du sens, il répond à des attentes sociales et sociétales fortes, conclut Alexis Bouvet, qui en 2025  a décroché l’Oscar des  Côtes d’Armor dans la catégorie « jeune entrepreneur. » Le champ d’utilisation des algues n’en est qu’à ses balbutiement. Dans les prochains mois nous allons essayer de dupliquer notre protocole avec d’autres espèces d’algues. Les perspectives de développement sont considérables ! » L’entreprise, qui emploie 15 salarié, prépare de nouveaux recrutements.

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