La place des femmes en entreprise est toujours un sujet de débat aujourd’hui. Pour quelles raisons ?
G.E L’empreinte sociale de la femme, douce, calme, serviable, perdure…On la sent encore à l’école. Pendant très longtemps, on n’a pas pris en compte le fait qu’elle pouvait travailler. L’évolution de la place de la femme dans l’entreprise est récente et elle reste, au moment de sa grossesse, et après, un coût pour l’entreprise. Celle-ci n’a pas encore suffisamment intégré que les femmes sont souvent seules à s’occuper des enfants. Face au travail, les hommes et les femmes ne sont pas égaux.
A.C Seulement 10% de PDG femmes, c’est une vraie question. Cependant, je pense qu’aujourd’hui le débat est présent partout. Dans les écoles, mais aussi dans les lycées on voit de plus en plus de femmes venir témoigner de leur parcours professionnel pour montrer l’exemple et inciter les filles à poursuivre des cursus d’ingénieurs. Chez TF1 où j’ai réalisé mon stage de fin d’études, sur la douzaine de personnes présentes au Comex , 4 ou 5 sont des femmes. Ce n’est pas encore la parité mais la politique RSE mise en place dans les grands groupes fait bouger les lignes. Selon moi, ça va dans le bon sens.
Qu’est-ce que les hommes devraient faire comme les femmes ?
G.E Les hommes devraient apprendre à être multitâches, comme nous les femmes qui avons cette capacité à gérer plusieurs choses en même temps. Ils devraient aussi prendre leur part dans l’éducation des enfants et les tâches ménagères. Et puis, Il faut que les hommes arrêtent de penser que les femmes sont des petites choses fragiles et sensibles.
A.C Les femmes sont plus déterminées surtout quand elles occupent une place dans un métier occupé majoritairement par des hommes. Elles sont aussi souvent mieux organisées que les hommes. On attend d’elles qu’elles aient plus d’aplomb et plus d’assurance. Nous devrions nous aussi être plus déterminés et organisés.
Qu’est ce qui peut être mis en place au niveau de l’entreprise ?
G.E Si on prend en compte le fait que les hommes et les femmes ont des physiologies et des besoins différents, il serait intéressant de mettre en place des dispositifs adaptées pour les femmes telles que le congé menstruel. Une proposition de loi allant dans ce sens a été déposée en 2024 à l’Assemblée Nationale mais n’est toujours appliquée. Cependant, les avancées sont majeures en matière de bien-être gynécologique. Dans un monde parfait, et pour tous les parents, Il faudrait aussi développer, en entreprise, des garderies, des espaces allaitement. Ça toucherait plus les femmes car ce sont-elles qui s’occupent des enfants mais leur carrière professionnelle serait moins impactée.
A.C Dans les métiers techniques, les femmes qui travaillent et occupent des responsabilités doivent continuer à venir témoigner dans les collèges et les lycées pour montrer l’exemple. Pour autant, je pense que beaucoup de choses ont déjà été faites, comme La loi Rixain, qui impose aux grandes entreprises françaises de respecter un seuil de féminisation dans leurs instances. D’ailleurs , à profil égal, les entreprises n’ont-elles pas tendance , aujourd’hui à prioriser les femmes ?
Gaëlle, de pilote de chasse à sexologue
Originaire de Normandie, issue d’une famille de six enfants, Gaëlle Etienne souhaitait devenir pilote de chasse. Pour réaliser son rêve, elle se tourne vers une filière scientifique et prépare un Bac S, option Sciences de l’ingénieur. « Nous étions onze dans la classe et j’étais la seule fille. Je trouvais les relations plus simples avec les garçons qu’avec les filles, car beaucoup moins soumises à des exigences physiques ». En 2021, elle décroche son Bac S, « un Bac Covid », précise-t-elle mais doit abandonner son projet de devenir pilote suite à un accident de plongée : « J’y ai laissé un tympan ».
La jeune femme change de voie, décide de devenir sexologue et intègre l’UBO à Brest en filière psychologie, option santé. « Le changement a été radical. Du jour au lendemain, j’ai basculé dans un univers de filles. Contrairement aux idées reçues, l’enseignement est orienté vers les sciences. On nous dispense des cours d’anatomie, de neurologie, de statistiques… ». Obligée de travailler pour financer ses études, l’étudiante occupe en parallèle un CDI de 30 heures/semaine. « Je rattrapais les cours la nuit et je posais des congés pour passer mes partiels. Dans ce contexte, j’ai redoublé par deux fois. »
En parallèle, en 2024, elle commence à développer, en association avec un étudiant ingénieur de l’Isen Brest, une application dédiée aux sportives, en vue de les aider à maintenir leurs performances durant leur cycle menstruel. Football, handball, running…24 clubs sportifs font aujourd’hui appel à Gaëlle. Elle intervient en tant que spécialiste en physiologie féminine et performance, « un métier que je suis seule à exercer » . Son appli, CycleGala est toujours en cours de développement. En parallèle de sa micro-entreprise, la jeune femme suit un DU Entrepreneuriat ainsi que pour un CQP AGEE pour compléter sa formation.
Arthur, ingénieur, à la recherche de son premier emploi
Attiré par les matières techniques, Arthur a lui aussi suivi une filière scientifique et passé un Bac S, option Sciences de l’ingénieur. « Sur une classe de 35 élèves, il n’y avait que deux filles. » Originaire de Poitiers, il intègre ensuite l’ENIB de Brest (Ecole Nationale d’Ingénieurs de Brest), filière ingénieur généraliste et passe, en parallèle un diplôme en gestion de projet au Canada (UQAC ). « J’ai choisi l’ENIB de Brest pour le bord de mer mais aussi pour le statut d’école publique. La contrainte financière réduit le champ des possibles. », souligne-t-il. Dans ma promotion, j’estime à 10% le nombre de filles. »
Tout en poursuivant ses études, il lance, en 2024, un projet d’entreprise en avec un autre étudiant de son école. Leur solution s’appelle L’Incoterm. « L’appli est opérationnelle depuis l’été 2025 et s’adresse aux organisateurs d’évènements. Elle remplace les talkies-walkies qui sont des équipements onéreux et limités, notamment lorsque plusieurs personnes tentent de parler simultanément sur la même fréquence. Il nous faut maintenant aller chercher nos premiers clients. »
Arthur, qui vient de réaliser un stage de 6 mois de fin d’étude au sein du groupe TF1 en tant que chef de projet IA et Datas, va bientôt se lancer dans la recherche d’un emploi. « Je suis ouvert à tous les domaines, sauf les énergies fossiles et la Défense. » Confiant, il reconnait que « l’IA constitue une vraie concurrence. Elle est très efficace pour réaliser des tâches, qui autrefois étaient confiées aux profils juniors comme moi. »
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