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, Michèle Kirry, Préfète de la région Bretagne
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Michèle Kirry, préfète de région : la Bretagne est enthousiasmante, elle nous rend meilleurs !

Véronique Maignant, le 12.12.2019

Dans le cadre de la 31e édition du Palmarès des entreprises bretonnes qui vient de paraître, Michèle Kirry, Préfète de la région Bretagne a accepté de faire un bilan de sa première année passée en Bretagne, au contact notamment des acteurs économiques. Elle détaille les actions qu’elle mène sur le terrain avec ses équipes pour contribuer au développement économique, lutter contre les disparités territoriales et soutenir les entreprises dans la crise de recrutement que beaucoup d’entre elles traversent.

Depuis votre arrivée, vous vous êtes beaucoup déplacée à travers toute la Bretagne. Quels enseignements en tirez-vous sur le plan économique ?

Je fête le 1er anniversaire de ma nomination en Bretagne. Nous avons la chance de vivre dans une région enthousiasmante du point de vue des projets, de l’esprit collectif qui anime les chefs d’entreprise, les élus locaux et les représentants d’associations. Je me félicite aussi de la qualité de la relation qu’ils entretiennent avec l’Etat. La Bretagne est enthousiasmante, aussi, parce qu’elle est riche d’un maillage de petites villes et d’entreprises réparties sur l’ensemble du territoire qui rend l’isolement et la relégation territoriale beaucoup moins visibles que dans d’autres régions. Toutefois, la Bretagne a des handicaps. Elle enregistre un taux de chômage parmi les plus bas de France et, en même temps, un chômage de longue durée qui s’accroît alors qu’il concerne déjà 47% des personnes inscrites à Pôle emploi. On constate aussi des disparités territoriales : la situation de l’emploi n’est pas la même dans le Centre Bretagne qu’en Ille-et-Vilaine. Un autre sujet de préoccupation dans ce paysage économique breton contrasté est la crise de recrutement que vit un certain nombre d’entreprises, tout particulièrement dans l’hôtellerie-restauration, le bâtiment et l’industrie. Certaines entreprises s’alarment, nous devons les aider.

 

Quels leviers allez-vous privilégier ?

La loi NOTRe a redistribué les rôles entre la Région et les services de l’État en confortant les responsabilités de la Région en matière de développement économique. L’État s’est ainsi recentré sur le suivi des filières stratégiques, en particulier l’agroalimentaire (40% de l’emploi industriel breton), l’économie de la mer où la Bretagne est fer de lance et les entreprises du numérique et de la cybersécurité. Sur ces trois filières, nous travaillons avec l’ensemble des acteurs et des élus. En Bretagne, il existe une capacité à mobiliser l’intelligence collective, à faire ensemble sur des projets de territoire, que je trouve très singulière. Les chefs d’entreprise savent qu’ils peuvent solliciter les services de l’Etat quand ils portent des projets importants en termes d’investissement, une nouvelle chaîne de production par exemple. Notre rôle est de simplifier la vie des entreprises, de cette chaîne d’acteurs économiques investis sur et pour leur territoire. Cette énergie collective est vraiment enthousiasmante. C’est pourquoi j’aime à dire que la Bretagne nous rend meilleurs. On a forcément envie de s’inscrire dans ce mouvement du réussir ensemble.

 

Quels sont les secteurs d’activité qui marchent et ceux les plus en difficulté ?

En Bretagne, le nombre d’entreprises en difficulté diminue globalement depuis plusieurs années. Sur un an, il a reculé de 2,1% alors qu’il a augmenté de 1,4% au niveau national. Ce recul s’observe dans la plupart des secteurs d’activité. Par ailleurs, on a des secteurs qui font des bonds assez substantiels. Sur les 12 derniers mois, le transport de marchandises a connu une progression de 20% et les activités financières et d’assurance sont en hausse de 10%. Les activités les plus fragiles sont les mêmes que dans la France entière. On a d’abord l’hôtellerie-restauration, qui a sans doute subi plus que d’autres le contrecoup du mouvement des « gilets jaunes ». Viennent ensuite les services aux particuliers, où les difficultés à recruter de la main d’œuvre qualifiée sont enkystées, alors que les besoins ne cessent de croître avec le vieillissement de la population. Enfin, le secteur de la construction connaît lui aussi une difficulté chronique à recruter.

 

Le mouvement des « gilets jaunes » a impacté le commerce. Quel est le bilan des aides apportées par l’Etat en Bretagne ?

Le mouvement des « gilets jaunes » est passé d’une logique d’occupation de ronds-points à celle de centres commerciaux. Ensuite, il s’est déplacé dans les centres-villes avec des exactions que je condamne évidemment fermement, même si, au départ, ce mouvement a dit quelque chose du sentiment de relégation d’une partie de la population, notamment celle qui, tout en travaillant, a du mal à faire face aux fins de mois. L’Etat s’est mobilisé pour réduire l’impact auprès des entreprises : remboursements accélérés de crédits d’impôt, mesures de report des cotisations sociales, remises gracieuses de créances fiscales…Tous ces dispositifs ont été activés dès le début janvier. Eh bien, de façon assez étonnante, seules 200 entreprises en Bretagne ont eu recours à cette batterie de mesures. La peur du contrôle qui pourrait suivre, une réticence à partager ses difficultés ? Au total, l’Etat a débloqué une enveloppe de 5,49 millions d’euros à destination des villes qui, preuve à l’appui, avaient été particulièrement touchées. J’ai beaucoup poussé pour que des villes bretonnes déposent un dossier. Au final, quatre d’entre elles ont été éligibles à cette aide : Ploërmel, Brest, Quimper et Rennes, pour un montant total de 514 851 euros.

 

Quelles vont vos priorités dans les mois à venir pour réduire la fracture territoriale ?

En mai 2019, le Gouvernement a lancé la mobilisation nationale et territoriale pour l’emploi et la transition écologique et numérique. L’objectif : s’attaquer au chômage de longue durée et développer des emplois autour des transitions. Pour ce faire, en Bretagne, avec le président du Conseil régional, nous avons notamment décidé de mobiliser les territoires en réinvestissant des instances qui existe en Bretagne au niveau de chaque bassin d’emploi, les Commissions territoriales emploi et formation. J’ai donc demandé aux onze sous-préfets bretons de renforcer l’agilité de ces CTEF. Elles doivent être capables de se tenir partout, y compris dans les murs d’une entreprise et d’avoir une entrée usager en vue de détecter tous les freins périphériques à l’emploi : mobilité, garde d’enfants et logement. Dans cette logique, par exemple, le réseau Afpa, qui dispose de logements vacants, s’est engagé auprès de la Région à les mettre à la disposition des demandeurs d’emploi, y compris ceux en période d’essai. L’idée globale est que, une fois qu’ils arrivent dans l’entreprise, ils aient non seulement un logement mais aussi un service de covoiturage et une solution de garde d’enfants si c’est un parent seul. Il faut accompagner et fidéliser les talents et aider les entreprises à trouver les compétences dont elles ont besoin. Les initiatives ne manquent pas, les dispositifs financiers non plus, mais le « porter à connaissance » des utilisateurs finaux est extrêmement complexe. Une fois ce travail de détection opéré, nous allons présenter, au travers d’un outil numérique, toutes les solutions possibles. Il servira aussi à l’animation des Maisons France Services.

 

Quelles sont les missions des Maisons France Services et combien seront déployées en Bretagne ?

A l’horizon 2022, partout en France, chaque canton comptera une Maison France Services. En Bretagne, une vingtaine devrait être labellisée dès le 1er janvier 2020. Deux personnes formées, capables de répondre aux usagers sur un certain nombre d’aspects de leur vie de tous les jours, y seront employées à temps plein. Ces Maisons sont destinées à rapprocher les citoyens des services publics. Y seront présents la Justice, la gendarmerie, Pôle emploi, la Mutualité sociale agricole, la CARSAT, la Poste, la CAF... On essaye ici d’adapter nos dispositifs et processus aux besoins des usagers et non l’inverse. Que peut-on faire pour leur faciliter la vie ? Il y a vraiment beaucoup de choses à faire pour coudre au plus près les besoins des entreprises, des Bretons, des territoires avec les dispositifs qui existent. Car un Etat utile, efficace est un Etat proche. C’est un  vrai challenge !

 

Quelle est la feuille de route pour le réseau des CCI en Bretagne ?

Nous sommes dans un contexte, souhaité par le gouvernement, de réforme importante des Chambres de commerce et d’industrie. Elle a deux objectifs : diminuer les prélèvements obligatoires sur les entreprises en réduisant de 400 millions d’euros la Taxe pour frais de chambre (TFC) entre 2019 et 2022 et offrir aux acteurs économiques une offre – y compris payante – adaptée à leurs besoins. La première orientation qui leur a été demandée est de se recentrer sur leurs missions prioritaires, et la seconde, d’imaginer un nouveau modèle économique dans lequel, en lien avec les territoires, elles peuvent facturer des services aux entreprises. Une Convention d’objectifs et de performance a été signée au niveau national entre CCI France et l’Etat au mois d’avril dernier. Elle doit se décliner via une Convention d’objectifs et moyens au niveau régional. Mes services et moi-même avons rencontré à de nombreuses reprises les représentants des CCI bretonnes pour trouver des mesures de rationalisation, éviter de dupliquer dans les chambres les mêmes services support. Les discussions ont été extrêmement franches. Cependant, ça reste unen Bretagne, l’ exercice reste difficile en Bretagne. La culture d’indépendance et le fait historique qui se nourrit de la gestion d’un nombre très important d’infrastructures, 55 au total, rendent difficiles cette convergence vers une approche commune des services. Des fonctions supports peuvent cependant être mutualisées, sans altérer le service rendu. Recentrer l’offre sur les besoins des entreprises et sur les missions prioritaires consiste à éviter l’éparpillement et l’atomisation. C’est aussi la rendre lisible et, d’une certaine manière, rendre légitime l’action des CCI. C’est aussi l’un des objectifs de la réforme. Les échéances sont courtes mais nous allons continuer à travailler. Ce n’est pas la fin d’un processus. J’ai dit sur quoi devait porter l’effort. Je n’ai pas de doute sur la capacité à cheminer sur ces grands axes.

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