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Loïg Chesnais-Girard, président de la Région Bretagne
Région Bretagne - Emmanuel Pain
Loïg Chesnais-Girard, président de la Région Bretagne

Loïg Chesnais-Girard : « Nous partageons une seule planète, une seule santé »

Véronique Maignant, le 08.12.2022

Maitrise de l’environnement, transformation vers le bas carbone, énergies renouvelables, réseau transeuropéen de transport, réindustrialisation, ambitions à l’international… Loïg Chesnais-Girard, président de la Région, nous partage sa vision de la Bretagne dans une Europe qui, selon lui,  « doit être consciente des priorités de nos démocraties, à savoir préserver nos vies privées et l’ambition de sauver la planète. » Entretien réalisé début novembre das le cadre du Palmarès des entreprises bretonnes - édition 202-2023.

 

Comment se porte la Bretagne ?

Globalement, la Bretagne va bien, beaucoup mieux que d’autre régions en France, avec un taux de chômage parmi les plus bas, y compris dans les territoires du centre, ceux éloignés des zones urbaines. C’est essentiel face aux ruptures majeures qui s’organisent dans de nombreux domaines, notamment dans l’énergie. Les entreprises sont en première ligne. Elles vivent des chocs avec leurs salariés, leurs sous-traitants, le prix des matières premières, celui de l’énergie, mais aussi avec le comportement de leurs clients.

 

Sur la question énergétique, quels soutiens peut apporter la Région aux entreprises ?

Notre position reste inchangée depuis 10 ans : les énergies renouvelables sont un combat que nous devons mener tous ensemble. Le polder à Brest pour les énergies marines renouvelables remonte à 2010, les smart grids, aux années 2015-2016. Aujourd’hui, on est dans l’accompagnement d’entreprises, sur le solaire avec OKwind, sur l’hydrogène avec Energy Observer, sur des solutions de stockage avec Entech Smart Energies et j’espère dans les prochains mois sur l’énergie osmotique, avec Sweetch Energy… Nous avons aussi le bois. Il peut représenter un eldorado pour nos agriculteurs et notre souveraineté énergétique mais aussi pour la biodiversité et le maintien de l’humidité dans nos sols. Nous faisons beaucoup pour la filière. La moitié des haies françaises est plantée en Bretagne alors que nous représentons que 5% du territoire national. Le combat qui consiste à décarboner notre économie est passionnant pour la jeunesse car notre ennemi premier, c’est le pétrole. Cette drogue dure, il va falloir s’en passer. C’est un combat européen auquel participent toute ces pépites bretonnes avec des ingénieurs qui viennent du monde entier. Il faut donc les pousser pour qu’elles produisent des électrons non toxiques. Il y va de l’avenir de notre planète.

 

Il a été évoqué un montant de 2,3 Mds en faveur de la mobilité. A quoi cela correspond ?

Ce chiffrage correspond à tous les besoins en investissements identifiés par l’Etat et la Région pour les dix prochaines années. Nous entrons en négociation avec le gouvernement, mais nous avons pleinement conscience que nous avons à planifier les choses et travailler dans le temps long. Sur des sujets comme le rail ou la RN 164, on travaille sur plusieurs budgets. L’important, c’est d’avoir une vision claire, de garder une cohérence afin que les investissements de 2022 ne viennent pas empêcher ceux de 2027 ou de 2032.

 

Comment se décline ce contrat de plan Etat-Région ?

Il repose sur quatre piliers. Le premier concerne les axes structurants, à savoir la LNOPBL* et la RN 164. Il s’agit de continuer à améliorer l’accessibilité à la pointe bretonne et au centre Bretagne (625 millions d’euros). Le second pilier concerne tous les déplacements du quotidien et englobe plusieurs sujets. Il s’agit de favoriser le report modal en traitant notamment le nœud ferroviaire rennais et la modernisation de la ligne Rennes-Retiers-Châteaubriant (492 M€), mais aussi d’intégrer le réseau routier national aux politiques d’intermodalité (251M€). Puisque nous nous sommes battus pour avoir la Bretagne et le port de Brest dans le réseau transeuropéen de transport, nous devons adapter toutes nos connexions routières et ferroviaires à ce système. Il est aberrant que des produits fabriqués en Bretagne passent par la rocade rennaise pour aller au Havre. Demain, la Janais (ancien site de Citroën à Rennes) sera la porte d’entrée du port de Brest. Nos concurrents sont les ports d’Anvers, d’Ecosse et d’Espagne. Il faut donc que les façades Manche et Atlantique s’organisent et gagnent en cohérence vis-à-vis des clients.

 

Comment optimiser les transports en commun et réduire les déplacements en voiture ?

C’est l’autre sujet de ce second pilier. Nous devons développer les mobilités durables du quotidien pour améliorer la qualité de vie et le pouvoir d’achat des Bretons. Ça passe par le développement de BreizhGo (trains et cars) et de ses connexions au réseau urbain. Le vélo doit aussi trouver sa place dans ce schéma avec des arrêts vélo sécurisés, des capacités d’emport augmentées dans les TER, etc. Ce sont des investissements lourds (747 M€). A titre d’exemple, quand la Région achète six trains, nous sommes en discussion, le coût s’élève à 100 millions d’euros et la livraison n’est prévue qu’à la fin de mon mandat (2028). Le temps est extrêmement long. Mais, je crois dans le transport en commun. Il est essentiel que nous densifiions nos villes le long des axes de trains et de cars BreizhGo afin de mailler la Bretagne et offrir à nos concitoyens du domicile-travail, du domicile-école de qualité, avec un confort de vie ressenti. Les deux autres piliers concernent la stratégie globale du fret, avec le transport combiné dans l’agglomération rennaise et le renouvellement de voies de fret ferroviaire (128 M€) et la modernisation du réseau routier national (97 M€).

 

Et dans l’aérien, qu’avez-vous planifié ?

A moyen terme, nous allons écrire une stratégie aéroportuaire bretonne. Elle portera sur nos trois aéroports structurants à savoir Brest, Rennes et Nantes. J’inclus sciemment Nantes car beaucoup de Bretons utilisent cette plateforme. Ensuite, nous avons des aéroports industriels et de proximité que sont Dinard et Quimper pour la Région et celui de Lorient appartenant à l’Etat. La première question à se poser est comment penser l’avenir ? Pour moi, l’avion c’est la liaison de la Bretagne avec le monde. C’est particulièrement vrai pour le Finistère où il est indispensable. Après, il faut se poser la question de la décarbonation de l’aviation. Elle viendra, c’est certain. Il est donc essentiel de bien préparer la stratégie de nos plateformes aéroportuaires.

 

Vous avez dit : « plus de Bretagne, c’est plus d’emplois et moins de carbone » : quelles sont les pistes pour y arriver ?

La Bretagne continue de se développer. Elle gagne 16 500 habitants par an. Ma responsabilité est de mettre des emplois en face de ces nouveaux arrivants tout en s’affranchissant des énergies fossiles. Cela oblige les entreprises à revoir leurs cycles et leurs approvisionnements en énergie. C’est un coût sans réel impact sur leur compétitivité. Il faut aussi qu’elles travaillent sur leurs approvisionnements. C’est tout le projet qu’on a lancé avec Loïc Henaff sur la relocalisation. Ensuite, il faut chasser toutes les économies linéaires et tendre vers les économies circulaires. Toutes les entreprises doivent faire cette transformation vers le bas carbone tout en offrant de bonnes conditions de travail et des salaires décents.

 

Est-ce compatible avec des projets industriels ?

La maîtrise de l’environnement n’est pas incompatible avec l’industrialisation. Quand j’entends certains élus de la République qui se sont exprimés sur le projet de l’usine Bridor (Groupe Le Duff) dont un parlementaire qui dit en parlant des ouvriers de ces usines « on ne veut pas de ces emplois-là, ni ici, ni ailleurs dans le monde » : c’est une ligne politique qui n’est pas la mienne. Elle consiste à dire que pour libérer les ouvriers de la contrainte du travail, on va supprimer les usines. C’est un fantasme. Que ceux, qui ont envie de voir comment ça se passe dans les territoires désindustrialisés, aillent dans le nord de la France et certains pays européens. Ils y verront de la colère sociale, de l’isolement et du vote protestataire. Par ailleurs, ce que nous ne produisons pas ici, nous le produisons à l’autre bout de la planète. Aujourd’hui, l’essentiel de ce que nous consommons vient de Chine. On externalise notre pollution, on fait de notre Bretagne un jardin tout en faisant croire aux gens que ça va être formidable parce qu’on n’a plus d’usine et que grâce à nous la planète va mieux. Mais c’est faux ! Il faut arrêter de se raconter des histoires.

 

Combien d’euros consacrez-vous au développement économique et qui en bénéficie ?

Globalement, la région met 200 millions d’euros par an dans le développement économique mais si j’ajoute les infrastructures et les transports qui contribuent à ce développement, j’arrive au demi-milliard d’euros. Je veux que nous soyons une Région à impact. J’ai un mantra, c’est le « One Health » : on a une seule planète, on a une seule santé. C’est pourquoi nous devons être sélectifs dans nos dossiers. Nous aidons les entreprises qui intègrent les limites planétaires, améliorent le sort de nos concitoyens et respectent la justice sociale. C’est aussi sur ces critères que nous choisissons nos investissements.

 

Quelle est la mission du Conseil stratégique de l’export que vous venez de mettre en place ?

La Bretagne a toujours vécu en regardant au-delà des mers et je ne veux pas de relent de l’enfermement. Une entreprise performante vend au-delà de sa frontière. Nous devons rester ouverts au monde. L’objectif de ce Conseil stratégique de l’export est de préciser à nouveau quelles sont nos valeurs et nos ambitions, ce que nous voulons faire. Envoyer de la matière première bretonne à l’autre bout de la planète, ce n’est pas le cœur de métier de la Bretagne. Au contraire, envoyer des produits transformés qui ne sont pas consommés chez nous ou qui se valorisent mieux dans d’autres pays, en fait partie. Dans les entreprises bretonnes qui travaillent sur les nouvelles énergies, les ingénieurs pensent monde. Je veux tuer toute velléité de fermeture des frontières. Par contre, je ne veux pas que l’Europe soit naïve, mais qu’elle impose des normes à ceux qui veulent importer. Elle doit être consciente des priorités de nos démocraties, à savoir préserver nos vies privées et l’ambition de sauver la planète.

 

*Le grand ferroviaire des Liaisons nouvelles Ouest Bretagne - Pays de la Loire, ou LNOBPL, consiste, à l’horizon 2035 et au-delà, à améliorer la performance (vitesse de circulation et nombre de train) des liaisons existantes sur les axes Nantes - Rennes - Bretagne Sud et Rennes


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