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Il ne s'agit plus de produire massivement des prix, mais d'engendrer sobrement de la valeur. Il n'y a aucune corrélation entre richesse financière et joie de vivre. Tout au contraire. C'est là le grand choix que notre génération doit initier.
V.Maignant
Il ne s'agit plus de produire massivement des prix, mais d'engendrer sobrement de la valeur. Il n'y a aucune corrélation entre richesse financière et joie de vivre. Tout au contraire. C'est là le grand choix que notre génération doit initier.

CCI des Côtes d’Armor : salle comble pour l'intervention de Marc Halévy sur les 5 grandes ruptures que nous vivons

Véronique Maignant, le 29.11.2019

Le monde se transforme et nous avons besoin de comprendre pourquoi. Devant une salle comble au parc des expositions de Saint-Brieuc, le philosophe et physicien Marc Halévy est intervenu jeudi 28 novembre à l’occasion des 200 ans de la CCI des Côtes d’Armor. Spécialiste des systèmes complexes, il était invité à répondre à la question : Qu'est-ce qui nous arrive ? Une formidable façon de décrypter les transformations de notre société.

Premier constat émit par Marc Halévy : Nous vivons une bifurcation profonde dans nos logiques socioéconomiques comme cela arrive, en moyenne, tous les 550 ans (la dernière étant la Renaissance et le passage de la féodalité à la modernité). Un monde se meurt (celui de la modernité et de ses valeurs et grilles de lecture du monde) et un nouveau monde est en émergence selon cinq axes majeurs.

La rupture écologique / Passage d'une logique d'abondance à une logique de pénurie

Tributaires d'une idéologie de la croissance, qui implique l'évolution conjointe de la demande et de la ressource, nous avons à prendre conscience que depuis les années 2000, la demande a largement dépassé les ressources disponibles pour y répondre. Du point de vue écologique, nous sommes entrés dans une logique de pénurie sur toutes les ressources essentielles (énergie, terres arables, eau douce, métaux non ferreux, etc. ; il faut donc développer une économie de la frugalité.  « Nous avons consommé 80 % des ressources non renouvelables. Il n’en reste plus que 20% pour les générations à venir. Quant aux ressources renouvelables, la seule source d'énergie électrique vraiment propre et renouvelable, c'est la centrale hydroélectrique. Le souci est que presque tous les sites du monde où un vrai barrage peut être implanté sont déjà en exploitation ou en construction. Cela couvre de l'ordre de 20% des besoins actuel ».

La rupture technologique / Passage des technologies mécaniques aux technologies numériques

Du point de vue technologique, le numérique a supplanté le mécanique : c'est l'intelligence immatérielle qui produit la valeur, pas les processus matériels. Le centre de gravité des activités proprement humaines se déplace à toute vitesse vers de nouveaux métiers. Mais attention, si la nouvelle génération de robots présage de nous libérer de tâches ingrates, en revanche quid des 40% d'emplois qui vont être assumés par des robots d'ici une vingtaine d'années ? Nos enfants sont-ils préparés à cette nouvelle réalité ? « La puissance de calcul des ordinateurs permet certes de généraliser l'utilisation des algorithmes. Cependant, on laisse les GAFA penser pour nous. S'ensuit une forme d’appauvrissement intellectuel de l'homme par la technologie », résume Marc Halévy. Il propose donc de ne recourir à une technologie que si elle fournit une réelle valeur d'utilité ; de veiller à ce que la technologie reste l'esclave de l'homme et à ce que jamais l'homme ne soit l'esclave des technologies

La rupture organique / Passage des modèles hiérarchiques aux modèles complexes (réseaux)

Du point de vue logistique, le modèle hiérarchique classique a atteint sa zone d'inefficience. Il, est beaucoup trop pauvre en relations et interactions, donc trop lent et trop lourd, pour répondre à la complexification et à l'accélération du monde réel ; il faut donc passer à des organisations riches c'est-à-dire au fonctionnement en réseau collaboratifs de petites entités autonomes. La solution est d'amener plus de souplesse dans les entreprises. Mais nos modèles organisationnels sont-ils adaptés à cette complexité ? La réponse est « non ». « Notre modèle organisationnel majoritaire est la pyramide, basée sur une arborescence linéaire. Au contraire, le modèle vers lequel on bifurque est le réseau, qui permet de relier un maximum de personnes avec un maximum de relations ».

La rupture économique / Passage d'une économie de masse et de prix à une économie d'intelligence(s) et de valeur

Du point de vue généalogique, nous venons d'un modèle financiaro-industriel basé sur l'économie de masse (produire et vendre beaucoup) et de prix bas. Ce modèle est mourant : tous les prix de revient vont remonter et les marchés se tournent vers une logique de valeur d'utilité et de niches ; il faut donc développer une économie de la virtuosité.

La rupture éthologique / Passage de l'extériorité - réussir dans la vie à l'intériorité - réussir sa vie

Enfin, du point de vue éthique, le nihilisme du 20ème siècle laisse un monde en manque cruel de sens et de valeurs. Il faut donc redonner sa place à la spiritualité et répondre à la grande question : au service de quoi est l'homme, l'humanité, l'entreprise, l'économie, la communauté, la société ?

 

Et pour conclure que faut-il nous souhaiter ? « De l'énergie pour les 20 ans qui viennent, pour accomplir le changement de paradigme ! Ça n'arrive qu'une fois tous les 550 ans, et ça tombe sur nous ! Ça veut dire que c'est à nous de construire l'avenir ! Il ne s'agit plus de produire massivement des prix, mais d'engendrer sobrement de la valeur. Il n'y a aucune corrélation entre richesse financière et joie de vivre. Tout au contraire. C'est là le grand choix que notre génération doit initier. »

 

 

 

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