Vous avez eu un parcours de sportive de haut niveau avant de devenir cheffe d’entreprise. Pouvez-vous nous en dire un mot ?
Oui, j’ai un parcours quelque peu atypique (sourire). J’ai commencé ma vie dans le sport de haut niveau : j’ai fait de la voile, j’ai même préparé les Jeux Olympiques d’Atlanta. Cette période m’a vraiment forgée : la persévérance, la rigueur et la gestion de l’échec, ce sont des valeurs que j’ai gardées dans toutes mes expériences. Ensuite, j’ai travaillé dans des univers très variés, allant du whisky à la grande distribution, avant de me reconvertir dans la gestion de patrimoine il y a une quinzaine d’années. C’était une vraie reconversion, à un âge où l’on doute souvent de pouvoir encore se réinventer. Après six mois d’observation, je me suis rendu compte que je voulais faire ce métier. Ce qui me plaît, c’est la stratégie et surtout la rencontre avec les gens. J’ai donc entrepris de reprendre un parcours étudiant et j’ai passé un Master 2 en gestion de patrimoine à Paris Dauphine. C’est ce message-là que j’essaie de transmettre : on peut changer de cap à tout moment, si l’envie et la volonté sont là.
Comment êtes-vous entrée dans le Réseau Entreprendre Bretagne ?
D’abord comme membre, il y a six ans. Le Réseau Entreprendre repose sur la réciprocité : des dirigeants accompagnent bénévolement des créateurs ou repreneurs d’entreprise. Nous attribuons des prêts d’honneur mais aussi et surtout un parrainage sur deux ans. C’est un accompagnement mais surtout une vraie aventure humaine autant qu’économique. J’ai tout de suite adhéré à ces valeurs d’entraide, de transmission et d’ancrage territorial. Petit à petit, j’ai pris des responsabilités : présidente du comité territorial des Côtes-d’Armor, puis membre du conseil d’administration régional, avant d’être élue présidente du réseau breton en juin dernier.
Quelles sont les grandes orientations pour 2026 ?
La première, c’est la pérennité du réseau : dans un contexte où l’engagement bénévole s’essouffle parfois, il faut garder nos membres actifs et attractifs. La deuxième, c’est la valorisation des projets à impact, économiques, environnementaux ou sociétaux. Et la troisième, qui me tient particulièrement à cœur, c’est l’impulsion d’une nouvelle dynamique en faveur de l’entrepreneuriat féminin. Aujourd’hui, les femmes représentent environ 17 à 20 % de nos membres comme de nos lauréates. C’est conforme à la moyenne nationale… mais c’est encore trop peu.
Quels sont, selon vous, les principaux freins à l’entrepreneuriat féminin ?
Souvent, les femmes se mettent elles-mêmes des barrières. Ce sont des freins intérieurs : le doute, la peur de ne pas être légitime, ou de ne pas tout maîtriser. J’ai banni le mot “peur” de mon vocabulaire ! (rires) Si on attend d’être prête à 100 %, on ne démarre jamais. Il faut essayer, se tromper, recommencer. Et surtout, s’entourer. C’est là que des réseaux comme le nôtre jouent un rôle essentiel.
Concrètement, comment comptez-vous favoriser cette dynamique féminine au sein du réseau ?
D’abord, par l’accueil. Cela peut paraître simple, mais c’est fondamental. Créer une nouvelle dynamique pour l’entrepreneuriat féminin, c’est d’abord accueillir autrement. Quand une femme rejoint un réseau, elle doit se sentir immédiatement à sa place. Si elle arrive dans un environnement perçu comme très masculin, l’accueil est déterminant. Je demande souvent à nos membres d’aller spontanément vers les nouvelles arrivantes, de créer le lien. Ensuite, nous avons lancé une commission dédiée à ces sujets. Elle réunira des femmes et des hommes autour de projets concrets : événements de sensibilisation, mentorat, témoignages, partage de bonnes pratiques. L’idée, c’est de faire tomber les appréhensions et de montrer qu’il n’y a pas de modèle unique pour entreprendre. Nous observons ce qui se fait ailleurs, mais nous ne souhaitons pas devenir un “réseau de femmes”. Nous croyons beaucoup à la mixité : elle enrichit les échanges, les points de vue et les expériences. Le tout, c’est que chacune et chacun se sente reconnu. Notre modèle repose sur l’indépendance financière notamment, puisque nos ressources proviennent principalement des cotisations de nos membres, et non des subventions. Cela nous garantit une vraie liberté d’action et de parole.
Propos recueillis par Adélaïde Hasle Tiengou



