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Sandrine Guyot et Laurent Pezé sont les fondateurs de la marque Friendly Frenchy qui propose des lunettes fabriquées à partir de déchets coquillés.
Aude Sirvain
Sandrine Guyot et Laurent Pezé sont les fondateurs de la marque Friendly Frenchy qui propose des lunettes fabriquées à partir de déchets coquillés.

Auray (56). Friendly Frenchy transforme les coquillages en lunettes

Maude Duval, le 28.06.2021

Ils créent des lunettes à partir des déchets coquillés. Sous leurs yeux, huitres, coquilles Saint-Jacques, moules ou carapaces de homard deviennent (re)sources d'inspiration pour dessiner et concevoir une paire de lunettes assortie à l'espèce. Mais que se passe-t-il dans la tête d'un éco-concepteur ? Comment peut-on un jour considérer un déchet en ressource ? Regards croisés entre Sandrine Guyot et Laurent Pezé, les cofondateurs de la marque écoresponsable, sociale et solidaire : Friendly Frenchy.

Née en octobre 2016, Friendly Frenchy est installée à Auray (56). L'entreprise marie les aspirations de deux entrepreneurs engagés. Marquée par une année passée en Océanie, Sandrine Guyot est rentrée motivée pour éveiller les consciences sur la gestion des déchets. "J'ai passé un Master en marketing sportif et réalisé une thèse sur la stratégie de développement durable des événements sportifs avec pour volonté de sensibiliser le public par le plaisir", raconte la jeune femme. C'est aussi à son retour de voyage qu'elle rencontre Laurent Pezé, directeur artistique spécialisé en gastronomie et scénographie événementielle : les circuits courts, les terroirs et la saisonnalité ont toujours guidé sa gestion des événements. Leurs engagements professionnels respectifs renforcent alors la valeur qu'ils partagent pour le développement durable. Leur passion commune pour la mer finit de les convaincre de porter ensemble un projet en faveur de l'économie bleue. Friendly Frenchy nait donc aux confluences de ces courants écoresponsable et maritime, de leurs envies d'allier valorisation et innovation.

La lunetterie, un marché porteur

Eco-concevoir c'est d'abord étudier pour mieux développer. Sandrine et Laurent s'intéressent à la filière coquillère, utilisée en partie en amendement pour l'agriculture ou à l'état de poudre par l'industrie cosmétique. Sandrine a baigné dans les coquillages avec Le Musée de la Nacre et de la Tabletterie de France à Méru, situé dans les locaux de la fabrique familiale de boutons de nacre et de tabletterie. Pour Laurent, les coquillages riment avec territoires, Hommes, savoir-faire et saisonnalité.

Sans définir encore le process qu'ils pourraient appliquer, ils souhaitent développer un indispensable pour le bord de mer : des lunettes de soleil à partir de déchets coquillés. La lunetterie est un marché porteur (44 millions de Français portent des lunettes), prometteur (seulement 10% des lunettes vendues en France sont fabriquées en France) et à forte valeur ajoutée puisque le savoir-faire local est reconnu à l'international (la France est le 6e producteur et exportateur mondial de montures*). Les lunettes en coquillage cochent toutes les cases : engagement, valeurs et passion. 

Deux ans de recherche et développement seront nécessaires avant de sortir la première paire. Sans ressource fossile, la collection plage est élaborée à partir d'une matière 100% biosourcée (mer et végétal) et recyclée (valorisation des déchets coquillés). Plus de 4000 paires sont fabriquées, selon le procédé d'injection proposé par une entreprise implantée à Oyonnax, dans l’Ain. Sorties à l'été 2018, après une campagne de financement participatif réussie, elles font un tabac.

Initier une micro-filière

Mais Sandrine et Laurent ne s'arrêtent pas là. Leur écho-réflexion nourrit leur quête d'éco-conception. Ils veulent aller plus loin en termes d'économie circulaire et solidaire. Et lancent une collection fait-main pour maîtriser la matière jusqu'au produit fini, initier une nouvelle "micro-filière". Collecte, nettoyage, broyage et valorisation des coquilles, ils interviennent à toutes les étapes et sollicitent des ateliers artisanaux spécialisés. Trente heures d'un travail minutieux sont nécessaires à la fabrication d'une seule paire Solarmor. "Derrières nos lunettes, il y a des femmes et des hommes", répètent les défenseurs d'une économie sociale et solidaire. Là aussi, près de 4 000 paires ont été réalisées depuis la sortie de cette collection fait-main, en 2019. Chaque paire est vendue autour de 250 euros. Les clients les réclament auprès du réseau d'opticiens indépendants avec lequel Sandrine et Laurent ont décidé de s'associer. "Ils sont nos meilleurs ambassadeurs", sourient les deux fondateurs de la marque. En 2020, Friendly Frenchy obtenait le premier prix de l'innovation aux Oscars du Morbihan, coorganisés par la CCI du Morbihan, l'ordre des experts comptables et le Crédit Agricole départemental. Ils obtiennent également un accompagnement avec Bretagne commerce international pour amorcer leur stratégie à l'international. Depuis avril 2020, l'Ademe soutient Friendly Frenchy dans le cadre de sa nouvelle phase de recherche et développement.

Création d’un programme d’économie bleue : une filière pilote de collecte et de valorisation des coproduits coquillés

On pourrait les croire rassasiés, il n'en est rien. Mués par l'idéal de pousser toujours plus loin le curseur de l'éco-conception, Sandrine et Laurent travaillent actuellement au réemploi des chutes de production issues de la découpe de leurs lunettes. Objectif : diminuer au maximum l'impact de la production. En parallèle, ils préparent le lancement d'une collection optique, dont la sortie est prévue au début de l'année 2022. 

Fort de leurs retours d’expériences sur la mise en place de leur micro-filière coquillère, c’est avec Friendly ACT que l’entreprise lance le déploiement d'une filière pilote de collecte et de valorisation des déchets coquillés. Les objectifs sont définis : réunir les acteurs existants, créer des points de collecte, développer les traitements et contribuer à leur valorisation sur d'autres secteurs d'activité. Des créations sont déjà lancées dans le domaine de la mode, avec la fabrication de boutons en co-produits coquillés, ou dans celui du nautisme.

S'il y a bien un point commun entre les dirigeant(e)s de ces entreprises dites à impact positif, c'est la primauté de leurs valeurs sur le process de fabrication, la priorité du concept d'écoresponsabilité comme moteur d'affaires. Une autre caractéristique du caractère de l'éco-concepteur ?

*données chiffrées issues des études et recherches de Friendly Frenchy

L'évènement

Rentrée. Une soirée autour de l'artisanat et du commerce organisée par la CPME 56

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Comme chaque année, la CPME 56 organise un événement dédié aux TPE - PME. Cette année, la reprise s'annonce, les voyants sont au vert. Il est important d'en parler afin de permettre aux TPE/PME de participer au rebond de l'économie. La soirée sera animée par Pierre Montel, président de la CCI du Morbihan.

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