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Christian Lameul- L'image qui Parle

Les criées des Côtes d'Armor fêtent leurs 40 ans

Armand Jumel , le 18.10.2017

Maillon essentiel de la filière pêche, les criées costarmoricaines assurent, chaque année, la première mise en marché des produits de la mer. Depuis 40 ans, Erquy et Saint-Quay Portrieux soutiennent une réussite économique collective unique en France. 

Parole d'élu
La pêche, un des maillons essentiels de l’économie costarmoricaine

Sacha Drouart

« La Chambre de Commerce et d’Industrie des Côtes d’Armor a toujours considéré les criées costarmoricaines comme un outil stratégique pour assurer le développement économique de la filière pêche dans le département. En additionnant les volumes de Saint-Quay Portrieux et d’Erquy, les Côtes d'Armor peuvent être fiers de compter sur leur sol la troisième criée en France, en progression constante, année après année. Avec nos partenaires des collectivités locales, la CCI 22 a pris, et prend encore, les risques financiers nécessaires pour aider les pêcheurs côtiers, les armements comme Porcher et Eouzan ainsi que les entreprises de mareyage à se développer et à grandir. Cette dynamique, qui a permis de faire de la pêche un des maillons essentiels de l’économie costarmoricaine, n'a été rendue possible qu'au travers d’une véritable osmose entre tous les acteurs. Il faut saluer leur professionnalisme et leur travail. »

Michel Lerat
Elu CCI 22 en charge des Etablissements Gérés

 

Depuis 1977, les criées des Côtes-d'Armor rythment la vie de la filière pêche dans le département. Avec 22.183 tonnes de produits commercialisés en 2016, sur les sites d’Erquy et de Saint-Quay Portieux, elles se sont aujourd’hui hissées aux premiers rangs à l’échelle nationale derrière Lorient (23.536 t) et Boulogne-sur-Mer (22.346 t).

« Ce dynamisme est le fruit d’un travail collectif, où dès le début de l’aventure, tous les acteurs de la filière, du pêcheur au mareyeur, ont compris qu’il fallait collaborer main dans la main », précise Patrick Macé, directeur des criées depuis leur création (crédit photo : Céline Melloni) Certes, il y a eu de nombreux coups de chaud, car nous partions à l'aveugle, mais la solidarité l’a toujours emporté sur les intérêts personnels. »

 

Transparence et montée en gamme

Pour Bertrand Desplat (Crédit photo : Céline Melloni), patron du groupe de mareyage Fipêche pendant 13 ans, actuellement Président du club de football d’En Avant Guingamp, « les criées costarmoricaines sont à l’image du village des irréductibles Gaulois dans la bande dessinée Astérix et Obélix. Les caractères y sont forts, les chamailleries nombreuses mais la volonté d’avancer collectivement permet de se retrouver autour du même banquet festif à la fin de l’histoire. »

Mise en place pour réguler et imposer de la transparence dans les transactions entre les pêcheurs et les mareyeurs, les criées costarmoricaines sont parvenues à trouver leur place par une volonté constante de tirer la filière vers le haut. « La vente de gré à gré, à l’époque tournée essentiellement vers la coquille Saint-Jacques, avait trouvé ses limites, confirme Patrick Macé. Le fait d’imposer un acteur impartial n’a pas été simple, notamment chez les mareyeurs qui ne voulaient pas en entendre parler. Toutefois, là aussi, tous ont vite compris leur intérêt. Pour les pêcheurs, de mieux vendre leur produit et de se diversifier. Pour les mareyeurs, de bénéficier d’une offre beaucoup plus qualitative et homogène que par le passé. »

 

Le rôle de la CCI 22

Consciente du caractère stratégique des ports d’Erquy et de Saint-Quay Portrieux, la Chambre de Commerce et d’Industrie des Côtes d’Armor, gestionnaire des criées depuis leur création, n’a pas hésité à prendre des risques financiers nécessaires pour en soutenir le développement. Elle a aussi rapidement compris la nécessité de rationaliser un système jusqu'ici éclaté en une dizaine de points, de Perros-Guirec à Saint-Cast-Le-Guildo.

« Il faut saluer le professionnalisme du personnel de la chambre consulaire, ajoute Bertrand Desplat. L'organisation juste et vertueuse instaurée a permis une montée en gamme de l’offre via une classification des espèces parmi les plus régulières en France, une rapidité exceptionnelle dans la vente, gage de qualité et de fraîcheur, etc. Certes, la transparence partagée par tous nécessite de l’exigence au quotidien mais c’est un véritable argument commercial à l’heure où les consommateurs sont attentifs à l'origine des produits qu’ils mangent. Grâce à cette traçabilité totale, la pêche costarmoricaine dispose aujourd’hui d’une véritable identité qui lui permet de sortir de la masse sur les étals. »

 

Le saut de la vente à distance

Au début des années 90, les criées costarmoricaines changent définitivement de dimension avec la généralisation de l’informatique dans les pratiques de vente. « Erquy (sur la photo ) est le premier site en France à avoir expérimenté la vente à distance qui représente désormais 70 % des transactions, confirme Patrick Macé. Les débuts n’ont pas été faciles car les criées, ce sont aussi des relations humaines qui se tissent au quotidien. Toutefois, la généralisation du numérique a permis d’accueillir beaucoup plus d’acheteurs et de vendre le poisson des Côtes-d’Armor au-delà du département, à Boulogne-sur-Mer, à Saint-Jean-de-Luz et même à l’étranger. Tous ces facteurs réunis ont contribué à la hausse des volumes, au maintien d'une flotte élevée de côtiers ou à l’essor d’armements majeurs comme ceux de Porcher à Erquy et Eouzan à Saint-Quay. »

Fortes de leurs atouts, les criées costarmoricaines entendent poursuivre cette volonté enracinée d’apporter toujours plus de valeur ajoutée et de rigueur à la pêche bretonne. « Quand on voit le travail réalisé autour de la coquille Saint-Jacques, où une filière d’excellence a été construite, on se dit que des initiatives similaires pourraient être bâties autour d’autres espèces de poissons ou de coquillages, conclut Bertrand Desplat. Les liens de confiance tissés entre tous les acteurs de la filière de la pêche en Côtes-d’Armor sont un socle formidable, unique et atypique. Les criées doivent continuer de rêver en grand sans se mettre de limite. »



FOCUS

Une grande fête à Erquy

Afin de partager et de faire découvrir et redécouvrir, au grand public, l’histoire et l'évolution des criées et des ports de pêche des Côtes d'Armor au cours de ces 40 dernières années, la Chambre de Commerce et d’Industrie organise une journée festive le dimanche 29 octobre de 10 h à 18 h à la criée d’Erquy. « C'est une filière économique insuffisamment connue et reconnue par les Costarmoricains, précise Michel Lerat, élu en charge des établissements gérés. C'est un événement à ne pas manquer pour que chacun puisse découvrir ce qui fait partie de l’histoire et de la richesse de notre territoire. »

Au programme : rencontres avec des anciens crieurs, professionnels et passionnés des métiers de la mer, vente de coquilles Saint-Jacques, coquillages et poissons, animations avec concert de chants de marins, dégustations et restauration sur place, etc.

En savoir plus : http://www.cotesdarmor.cci.fr/40anscriees

Découvrez, grâce aux témoignages de différents acteurs de la filière pêche, la vie sur les ports de pêche il y a 40 ans, l’évolution des métiers et la mise en place des criées en vidéo. 

Un livret a également été réalisé. A la fois pédagogique et informatif, il reprend les étapes du développement des criées, les travaux… Il présente aussi les produits de la mer, les techniques de pêche, le fonctionnement des criées, les acteurs de la filière pêche … 

 

 

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Repères

243

Les Côtes d'Armor comptent actuellement en activité 220 bateaux côtiers (40 à Erquy et 110 à Saint-Quay Portrieux) et 23 hauturiers pour la pêche au large (16 à Erquy et 7 à Saint-Quay Portrieux).

 

70

Depuis leur création, les criées des Côtes d'Armor sont gérées par la Chambre de Commerce et d'Industrie. Elle emploie 70 salariés au quotidien pour assurer le fonctionnement des sites d'Erquy et de Saint-Quay Portrieux. 


TÉMOIGNAGE

Patrick Chabroullet. « L’union sacrée de toute une filière »

Armand Jumel

 

Figure emblématique du port d’Erquy, Patrick Chabroullet a vécu, de l’intérieur, l’évolution des criées des Côtes d’Armor. L’ancien mareyeur confirme que leur succès porte l'empreinte d'une union sacrée entre tous les acteurs de la filière.

 

À 63 ans, Patrick Chabroullet a pris du recul avec le monde de la pêche. Retiré des affaires depuis 2011, suite à la fermeture de sa société Marée Gwen Morgane, il conserve toutefois un regard avisé et bienveillant sur les criées des Côtes d'Armor. « L’histoire a débuté à Erquy où tout était à construire, se souvient ce titi parisien, poissonnier de métier arrivé en 1991 sur la Côte d’Émeraude. En 40 ans, le chemin parcouru est impressionnant car d'un simple outil de vente de coquilles Saint-Jacques au début, nos deux criées comptent aujourd’hui parmi les plus importantes de France. »

L'ancien mareyeur confirme que cette réussite puise ses racines dans l'union sacrée qui a animé, de manière constante, tous les acteurs de la filière. « Je pense que c'est unique dans l'hexagone car personne n'a joué solo. Bien sûr, il y a eu des coups de chaud et des coups de gueule entre nous mais tout le monde a vite compris la nécessité d'avancer ensemble pour faire grandir sa propre entreprise. »

 

Professionnalisme et fidélité

Patrick Chabroullet entend rendre hommage au professionnalisme des hommes et des femmes qui ont participé à l'aventure des criées, dans le sillage de patrons et d'entreprises emblématiques. « L'essor de Pêcheries d'Armorique a, par exemple, posé les bases d'une filière mareyage forte et structurée allant capter toujours plus de valeur ajoutée. »

L'ex-patron de Marée Gwen Morgane salue aussi la fidélité des armateurs costarmoricains à leur territoire. « L'entreprise de Jean Porcher est toujours restée attachée à son port d'attache souhaitant que ses poissons, pêchés au large, soient vendus à la criée d'Erquy. Elle aurait pourtant pu choisir une autre option plus avantageuse. »

 

Le tournant de l'informatique

Nostalgique d'une époque où la journée commençait, très tôt, par un café partagé entre pêcheurs et mareyeurs, Patrick Chabroullet confirme que l'arrivée de l'informatique dans les salles de vente a radicalement changé les choses. « Les relations humaines, qui ont été un élément fédérateur au succès de la filière, se sont distendues. Il faut l'accepter. A contrario, grâce à ces outils modernes de vente à distance, couplés au travail des permanents de la CCI, la classification des produits commercialisés est montée en gamme. C'est une source de fierté qui démontre le professionnalisme collectif de la filière. »