Après un été marqué par plusieurs épisodes de canicule et le maintien d’arrêtés sécheresse jusqu’au 31 octobre ou 15 novembre selon les départements bretons , certaines entreprises du bâtiment se retrouvent à l’arrêt. « Aujourd’hui, on a des entreprises qui ne peuvent plus réaliser certains travaux, parce qu’elles n’ont plus le droit d’utiliser l’eau nécessaire à leur activité », constate Xavier Champs, président de la FFB Bretagne.
Derrière le slogan de la matinée, « Pas d’eau, pas de chantier », la fédération souhaite aller bien au-delà de la seule question des restrictions d’usage., « d’autant qu’au vue de la situation de sécheresse, ils sont légitimes. » L’objectif est d’ouvrir un débat plus large sur l’adaptation de toute la filière construction aux nouvelles réalités climatiques. « Nous sommes pleinement conscients que le bâtiment doit évoluer. Mais nous ne le ferons pas seuls. Les maîtres d’ouvrage, les architectes, les promoteurs, les bailleurs sociaux, les collectivités, tous les acteurs qui participent à l’acte de construire devront avancer ensemble. »
Des chantiers ralentis par la sécheresse
Les restrictions d’eau imposées cet été ont mis en lumière la vulnérabilité de certains métiers. C’est notamment le cas des entreprises de peinture, de ravalement de façades pour lesquelles le nettoyage préalable des supports constitue une étape indispensable. « Un peintre peut avoir aujourd’hui plusieurs chantiers bloqués parce qu’il ne peut pas nettoyer une façade avant d’intervenir », explique Xavier Champs. Les maçons sont aussi impactés.
Dans certains cas, les entreprises peuvent demander des dérogations préfectorales. Mais celles-ci restent limitées et variables selon les départements. Résultat : des retards s’accumulent, perturbant l’ensemble de la chaîne de production. « Ce n’est pas seulement l’entreprise qui est impactée. C’est aussi le maître d’œuvre qui voit son planning déraper, le maître d’ouvrage dont le projet prend du retard, et finalement tout un chantier qui se retrouve désorganisé. »
Pour autant, la fédération appelle à objectiver le débat. Selon ses estimations, la consommation d’eau du secteur demeure relativement faible comparée à d’autres activités économiques. « Pour nettoyer 150 m² de façade, il faut environ un mètre cube d’eau. À l’échelle d’un département, cela représente des volumes très modestes. Mais les conséquences économiques des restrictions, elles, sont réelles. »
Chaleur, inondations : un nouveau quotidien pour les entreprises
La question de l’eau ne se résume d’ailleurs pas à son manque. Les épisodes d’inondations ou les pluies intenses font également partie des défis auxquels les entreprises devront s’adapter. Les vagues de chaleur successives observées cet été interrogent également l’organisation du travail sur les chantiers. « On ne peut pas simplement demander aux salariés de commencer systématiquement leur journée à cinq heures du matin. Il y a tout un cadre réglementaire et organisationnel à faire évoluer pour gagner en souplesse tout en préservant la santé des compagnons. »
Pour la FFB Bretagne, ces phénomènes ne relèvent plus de l’exceptionnel. Ils s’inscrivent dans une tendance durable qui impose une réflexion collective sur les conditions de travail, les calendriers de chantier et les méthodes constructives.
Repenser les règles et lever certains freins
L’adaptation climatique passe également par une évolution des réglementations. Xavier Champs cite l’exemple de logements difficiles à rendre plus confortables face aux fortes chaleurs en raison de contraintes administratives ou patrimoniales. « Parfois, des solutions techniques efficaces existent, comme l’ajout d’isolation en toiture ou l’installation de volets. Mais elles se heurtent à des contraintes esthétiques ou réglementaires qui empêchent leur mise en œuvre. J’ai en tête un exemple récent : pour isoler une maison, il fallait ajouter un certain matériau qui entrainait le réhaussement du toit de 10 ou 15 cm. Pour des raisons d’esthétiques, ce projet de rénovation a été refusé par les Architectes des bâtiments de France (ABF)« . Le président de la FFB Bretagne estime que certaines règles, conçues dans un contexte différent, devront être réinterrogées à l’aune des enjeux climatiques. « Nous devons collectivement nous poser la question de savoir si certaines pratiques héritées du passé sont encore adaptées aux défis de demain. »
Construire autrement coûtera plus cher
Pour la profession, l’adaptation climatique a également un coût. Concevoir des bâtiments capables de mieux résister aux fortes chaleurs, aux épisodes pluvieux extrêmes ou aux contraintes liées à la ressource en eau nécessite des investissements supplémentaires. « Les surcoûts existent. On les estime généralement entre 5 et 15 % selon les projets. Ce n’est pas négligeable, mais ce n’est pas insurmontable non plus. » Un effort qui suppose, selon lui, davantage d’anticipation de la part des collectivités et des maîtres d’ouvrage.
Alors même que les besoins augmentent, la rénovation connaît un ralentissement. En Bretagne, l’activité d’entretien-rénovation a reculé de 2% au deuxième trimestre 2026 alors qu’elle représente 55% du chiffre d’affaires du secteur. « Nous devrions être dans une phase d’accélération de la rénovation. Pourtant, beaucoup de ménages renoncent encore à certains travaux faute d’aides adaptées ou parce que les dispositifs restent trop complexes. »
Comprendre pour agir
La matinée organisée à Bruz réunira près de 150 participants. Hydrologue, géologues chefs d’entreprise et représentants de la filière partageront leurs constats et leurs pistes d’action. Pour Xavier Champs, l’ambition est de sensibiliser sans dramatiser, comprendre les mécanismes à l’œuvre et identifier les solutions concrètes. Car derrière les contraintes actuelles, la profession voit aussi émerger de nouvelles opportunités d’innovation. « Il faudra inventer de nouvelles façons de construire, de rénover et même parfois de travailler sans eau ou avec beaucoup moins d’eau. Cela peut devenir un formidable terrain d’innovation pour nos entreprises. »
Quelques repères secteur bâtiment en Bretagne
10 000 entreprises et 68 000 salariés
Chiffre d’affaires 2025 : 12,4 milliards dont 56% sur la rénovation et 44% sur le neuf






