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Open de l’Industrie : entre fierté bretonne et sursaut industriel, deux visions pour construire l’avenir

Avec 750 inscrits, l’Open de l’Industrie*, ce 13 octobre 2026, au Palais du Grand Large à Saint-Malo, enregistre une participation inédite, témoignant de l’intérêt croissant porté à l’industrie. Invités de de cette 11e édition, le géographe Jean Ollivro et l’expert des questions sociales Antoine Foucher ont livré deux interventions complémentaires. Le premier a retracé la spectaculaire transformation de la Bretagne depuis l'après-guerre, tandis que le second a dressé un constat sévère du décrochage industriel français en appelant à un changement profond de modèle économique. Deux regards différents, mais une même conviction : l’avenir d’un territoire comme d’un pays repose sur sa capacité à produire, innover et se projeter collectivement.
V.Maignant
À l’occasion de l’Open de l’Industrie, le géographe Jean Ollivro et le spécialiste des questions sociales Antoine Foucher ont livré deux interventions qui se répondent. L’un a retracé l’incroyable trajectoire de la Bretagne depuis les années 1950, l’autre a alerté sur le décrochage industriel français.

Pour le géographe Jean Ollivro, il est impossible de comprendre la Bretagne d’aujourd’hui sans mesurer l’ampleur du chemin parcouru depuis l’après-guerre. « En 1954, la Bretagne était encore très largement sous-équipée. Le boulot qui a été accompli est immense. Aujourd’hui, nous sommes la région la plus attractive de France. On est passé d’une Bretagne qui perdait ses habitants à une Bretagne qui a gagné près de deux millions de personnes. » Selon lui, cette métamorphose repose avant tout sur une mobilisation collective. Dès les années 1950, élus, chambres consulaires, monde agricole et industriels ont fait front commun pour défendre les intérêts du territoire et obtenir les investissements nécessaires à son développement.

Le tissu économique s’est considérablement renforcé autour de filières industrielles, agricoles, agroalimentaires et maritimes. « On était avant-dernier pour les salaires dans les années 1980. Aujourd’hui, nous sommes autour de la cinquième ou sixième place nationale. »

Une péninsule ouverte sur le monde

Aujourd’hui, la Bretagne doit désormais regarder davantage vers l’international. « La Bretagne est une péninsule ouverte sur le monde. Vingt pour cent du trafic mondial de marchandises passe devant chez nous. Nous avons là un potentiel extraordinaire. » Le géographe regrette que la façade maritime bretonne ne soit pas davantage intégrée aux grandes stratégies économiques européennes.

Autre levier identifié : la jeunesse. Le géographe plaide pour une réappropriation des métiers de production et de l’industrie, afin de redonner du sens à l’engagement professionnel et de construire de nouvelles perspectives pour les générations à venir. « La Bretagne a prouvé qu’elle savait se réinventer lorsqu’elle agit collectivement », résume-t-il, convaincu que les réseaux d’entreprises et l’esprit d’initiative qui caractérisent le territoire demeurent ses principaux atouts. Il plaide également pour un renforcement des coopérations à l’échelle des cinq départements bretons .

Antoine Foucher : un diagnostic sans concession

Face à cette démonstration de la capacité bretonne à se transformer, Antoine Foucher a livré une analyse beaucoup plus sévère de la situation française. Pour le président de Quintet, le constat est clair : la France s’est progressivement éloignée de son modèle productif. « Si on ne se paie pas de mots, l’industrie française est dans une situation de pays émergent. »

Pour lui, la place de l’industrie dans la richesse nationale a atteint un niveau préoccupant. « Nous sommes à moins de 10 % de production manufacturière dans notre PIB. La France fait partie des pays les moins industrialisés d’Europe ».

La désindustrialisation est devenue une réalité tangible. La part de l’industrie dans la richesse nationale a fortement reculé et une majorité des biens industriels consommés en France sont aujourd’hui fabriqués à l’étranger. « Nous ne produisons plus grand-chose en France et ce que nous produisons est souvent plus cher que chez nos concurrents. Dans les années 1970, 80 % des biens industriels consommés en France étaient fabriqués en France. Aujourd’hui, ils ne représentent plus que 38 %. »

Selon lui, la montée en puissance de la Chine modifie profondément les équilibres économiques mondiaux. L’Union européenne se retrouve désormais confrontée à des concurrents capables de combiner innovation, productivité et compétitivité. « Nous avons encore l’imaginaire des dominants alors que nous sommes devenus des challengers ».

L’éducation au cœur du redressement

Pour Antoine Foucher, le redressement industriel passe d’abord par l’investissement dans l’éducation, la formation et l’innovation. « Un pays qui sous-investit dans l’éducation pendant plusieurs décennies finit par en payer le prix. » Il estime que l’affaiblissement des compétences constitue aujourd’hui l’un des principaux freins à la compétitivité française, au même titre que le retard accumulé dans la recherche ou le poids de certaines fiscalités pesant sur la production.

L’ancien haut fonctionnaire appelle également à revoir les priorités collectives afin de financer davantage les investissements d’avenir. « Le sujet n’est pas de bouger quelques curseurs. L’effort à accomplir est historique. Nous devons avoir un débat sur notre idéal collectif. Voulons-nous la meilleure éducation du monde, la meilleure recherche du monde et redevenir une grande nation industrielle ? »

Au-delà des enjeux économiques, Antoine Foucher voit dans la réindustrialisation une condition essentielle de la cohésion du pays. « Il n’y a pas de cohésion sociale durable sans industrie forte. Il n’y a pas de cohésion territoriale sans industrie forte. Et il n’y a pas de souveraineté sans industrie. »

Une conviction qui rejoint finalement celle de Jean Ollivro : l’avenir ne se construit ni dans la résignation ni dans la nostalgie, mais dans la capacité à mobiliser les acteurs autour d’un projet commun. Le développement économique est d’abord une affaire de volonté collective.


* Open de l’Industrie est le grand rassemblement annuel des acteurs industriels de la région organisé par Breizh Fab. Cette journée rassemble dirigeants, acheteurs et offreurs de solutions autour de thématiques clés comme la décarbonation et l’Industrie du Futur.

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