« L’écoute d’abord, la décision ensuite, et l’assurance que ce qui est décidé soit mis en œuvre jusqu’au bout. », résume Emmanuelle Dubée, 47 ans, nouvelle préfète de Bretagne et d’Ille-et-Vilaine pour expliquer sa méthode. Celle qui succède à Franck Robine entend aller à la rencontre systématique des élus, associations, chambres consulaires, professionnels…« Ce sont eux qui connaissent le mieux leur territoire, ses forces et ses angoisses », souligne-t-elle. Mais écouter ne suffit pas. « Un préfet doit aussi trancher », Enfin, la mise en œuvre est essentielle : « Une décision non appliquée est une décision inutile. », poursuit-elle.
Priorité absolue : sécurité et lutte contre le narcotrafic
La Bretagne n’échappe pas à l’explosion national du narcotrafic, qui gangrène notamment l’agglomération rennaise. Emmanuelle Dubée reprend le flambeau de son prédécesseur avec une fermeté absolue : « C’est la demande du ministre de l’Intérieur, et je la mettrai en œuvre avec détermination. » Cela concerne aussi bien les trafiquants que les consommateurs, « car sans demande, il n’y a pas de marché. IL faut libérer les points de deal des dealers. L’objectif est ambitieux, mais si on ne se fixe pas des buts élevés, on est déjà battu. ». Les outils de la loi Narcotrafic de 2025 (interdictions de paraître, fermetures de commerces complices, expulsions de logements) seront pleinement mobilisés. La nouvelle préfète affiche également son soutien aux forces de l’ordre : « Les policiers et gendarmes ont besoin de confiance pour agir sereinement. » Elle agira également en partenariat avec les acteurs locaux – « la sécurité, ça se construit avec les maires, les associations, les habitants » -et en coordination avec la justice. « Ce sont les magistrats qui envoient en prison, pas les préfets. Mais en travaillant main dans la main, on gagne en efficacité. »
Développement durable : un territoire à préserver
Au-delà de la sécurité, son autre grande priorité : « le développement durable de la Bretagne, avec ses dimensions économique, agricole, environnementale et énergétique.« Un sujet vaste, mais « tout cela forme un tout ». Elle évoque les entreprises de pointe bretonnes, l’agriculture, les mobilités, ou encore la transition énergétique. Emmanuelle Dubée aborde ces sujets avec prudence. Le Schéma d’Aménagement et de Gestion des Eaux (SAGE) a cristallisé les tensions ces dernières semaines : « C’est un sujet complexe, sensible, mais prioritaire. » Elle compte rencontrer rapidement agriculteurs, associations et élus pour « trouver un chemin » entre qualité de l’eau et viabilité économique des exploitations. « Les agriculteurs ont investi, ils ne peuvent pas tout changer du jour au lendemain. Il faut des efforts équitables. »
La Bretagne est économiquement dynamique mais vulnérable aux sécheresses. Elle doit anticiper. « Il faut discuter sobriété, optimisation des ressources, et répartition équitable des efforts. » Les commissions locales de l’eau seront des lieux clés de dialogue. La question de la ressource en eau est également cruciale pour le secteur de l’agroalimentaire. Elle promet des échanges avec les professionnels pour concilier compétitivité économique et durabilité environnementale. « Le développement durable, c’est l’écoute, le respect, mais aussi le courage. On ne peut pas reculer devant les sujets qui fâchent. », conclut Emmanuelle Dubée tout en précisant, « je ne prétends pas tout connaître dès mon arrivée, mais je sais comment travailler. »



