Entre urgences environnementales (algues vertes, gestion de l’eau) et enjeux sociétaux (mobilité, attractivité, justice sociale), Loïg Chesnais-Girard rappelle que sous sa présidence, « la Bretagne a multiplié par trois sa part d’énergies renouvelable, qui est passé de 6-7 % en 2017 à 20 % aujourd’hui ». Un progrès significatif, mais insuffisant pour répondre à l’urgence climatique. « La sortie des énergies fossiles est une priorité absolue », même si elle soulève des résistances, notamment sociales. « La voiture électrique, c’est un enthousiasme pour certains, mais pour d’autres, c’est une angoisse face aux difficultés de fin de mois », rappelle-t-il.
Préservation de l’eau et sortie des énergies fossiles , enjeux majeurs
La question de l’eau est centrale. La Bretagne mise sur la préservation des prairies, des zones humides et des haies, « premiers remparts contre la sécheresse ». Le stockage d’eau, lorsqu’il est raisonné (ex. : récupération d’eau de pluie pour les élevages), est encouragé. Mais le président de la Région appelle surtout à une responsabilité collective : « Il faut que tous les acteurs, agriculteurs, industriels et citoyens, s’impliquent pour garantir l’accès à l’eau en 2050. » Les entreprises bretonnes sont également incitées à réduire leur empreinte carbone. La circularité de l’eau, la sobriété énergétique et la sortie des énergies fossiles sont des enjeux majeurs. Loïg Chesnais-Girard est convaincu que « les entreprises les plus engagées dans cette transition seront les plus compétitives demain ». Pour décarboner son économie, la Région lie ses subventions (ex. : PAC, aides aux PME) à des engagements climatiques et sociaux, « contrairement à l’État qui distribue des fonds sans contraintes comme pour certains projets France 2030) », précise-t-il.
Décentralisation et gouvernance : redonner du pouvoir aux territoires
Ardent défenseur de la décentralisation, le président de la Région dénonce, l’hypercentralisation , « un frein à l’efficacité et à l’innovation », selon lui. « La France ne peut plus s’administrer depuis Paris. Il faut donner du pouvoir aux territoires », affirme-t-il. La Bretagne, avec sa réduction de 45 % des nitrates dans ses eaux en 25 ans, prouve que les actions locales peuvent avoir un impact concret. » Un des principaux défis reste la clarification des compétences entre l’État, les Régions, les Départements et les Métropoles. Il dénonce les chevauchements qui créent de la confusion et du gaspillage. « La loi dit que les Régions ont la compétence économique, mais l’État continue d’intervenir. Résultat : on a des dizaines de milliards d’euros distribués en parallèle, sans coordination« , regrette-t-il.
Il propose d’expérimenter une décentralisation de l’Éducation nationale, notamment pour les lycées agricoles ou maritimes, afin de gagner en réactivité. « Un système aussi centralisé ne peut plus répondre aux besoins locaux« , estime-t-il. Il défend l’idée d’un fédéralisme à la française, où les Régions auraient plus d’autonomie. « La République est décentralisée, c’est écrit dans la Constitution. Il faut passer des paroles aux actes », rappelle-t-il. Pour lui, les Régions sont un rempart contre les crises : « Il y a peu de chances que toutes les Régions fassent les mêmes erreurs en même temps. »
Mobilité et transports : désenclaver la Bretagne
La Région a investi 115 millions d’euros dans de nouveaux trains pour améliorer la cadence sur les lignes bretonnes. L’objectif est clair : désenclaver la Bretagne et réduire la dépendance à la voiture. « Le frein pour prendre le train, c’est de ne pas être sûr de pouvoir rentrer le soir. On a donc augmenté la fréquence des trains pour répondre à cette attente« , poursuit Loïg Chesnais-Girard. La question des aéroports est également sur la table. Il propose de fusionner les aéroports de Rennes, Nantes et Lorient pour créer un hub ouest-français, face à la saturation d’Orly et Roissy. « Aujourd’hui, on a trois pistes à 100 km les unes des autres. Pourquoi ne pas les mutualiser pour répondre aux besoins de l’Ouest ?« , interroge-t-il.
Impliquer les Bretons
Loïg Chesnais-Girard, entend faire de la démocratie participative, un pilier de son action. La Région a lancé des cahiers de doléances numériques pour recueillir les expressions citoyennes. Une analyse menée avec des étudiants de Sciences Po a révélé un sentiment de mépris et une demande de proximité. « Les gens veulent être écoutés. Ils veulent que les décisions soient prises près d’eux », résume-t-il. Afin de recueillir les avis des Bretons sur l’avenir de leur territoire, la décentralisation et la démocratie locale, la Région organise, du 9 septembre au 15 novembre, une consultation citoyenne via la plateforme bretagne.bzh/votre opinion. « Chacun doit pouvoir s’exprimer, qu’il habite à Rennes, en centre-Bretagne, sur une île ou dans une petite ville », conclut-il.

