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L’industrie bretonne résiste, mais les investissements et le moral trébuchent

Malgré une résilience remarquable de l’économie bretonne, le moral des chefs d’entreprise est au plus bas et les ménages subissent de plein fouet la hausse des prix et la baisse du pouvoir d’achat. « Pour donner de l’air aux entreprises et les inciter à investir , il est plus que temps de simplifier les procédures. On nous parle de projets « Notre-Dame », mais on n’y est pas », estime Jean-Pierre Rivery, Président de la CCI Bretagne. Il intervenait, ce vendredi 3 juillet 2026, aux côtés de Claudine Hurman et Floran Saint-Cast (Banque de France) et Tristan Picard (Insee Bretagne) à l’occasion d'un présentation à la presse de la conjoncture régionale.
V.Maignant
De gaucje à droite : Jean-Pierre Rivery, président CCI Bretagne, Claudine Hurman, Directrice Banque de France en bretagne, Floran Saint-Cast, responsable desa affaires économique régionales Banque de France et Tristan Picard, directeur régional adjoint Insee Bretagne

« Nous avons analysé les bilans de 7 500 entreprises bretonnes, représentant un chiffre d’affaires cumulé de 95 milliards d’euros et 345 000 emplois », explique Floran Saint-Cast. « Et ce que l’on observe, c’est une amélioration globale de leur situation financière, malgré un contexte économique difficile. » Ainsi, le chiffre d’affaires de l’industrie bretonne a progressé de 2,6 % en 2025, après un recul de 1,4 % en 2024. « C’est une bonne nouvelle, d’autant que cette hausse s’accompagne d’un rebond des exportations », souligne Floran Saint-Cast.

Côté marges, la situation est encourageante, mais contrastée. « Le taux de marge brute atteint 5,6 %, en progression de 7 % par rapport à 2024 », précise-t-il. « Mais attention, cette hausse ne concerne que 48 % des entreprises. Les autres voient leur marge se dégrader. »

 

Un endettement maîtrisé et une trésorerie solide

Du côté de l’endettement, la situation reste sous contrôle. « On observe une légère hausse du taux d’endettement brut, mais cela ne concerne qu’un tiers des entreprises », explique Claudine Hurman. « Et surtout, la capacité de remboursement reste satisfaisante, avec une moyenne de 2,9 ans. » Un niveau qui, s’il est en légère hausse, reste très correct et montre que les entreprises bretonnes gèrent bien leur dette.

Enfin, la trésorerie des entreprises industrielles bretonnes reste solide, avec 15,6 jours de chiffre d’affaires en moyenne. « C’est un bon niveau, même si l’on observe une légère baisse », poursuit-elle . « Cela montre que les entreprises ont su s’adapter à un environnement économique difficile. »

 

Dans les services et le BTP, la croissance ralentit, voire recule

Si l’industrie bretonne résiste, la situation est plus nuancée dans les services marchands. « Après des années de forte croissance, on observe un tassement en 2025, avec une hausse de seulement 2,3 % du chiffre d’affaires », explique Floran Saint-Cast. Les effectifs restent stables, après des années de baisse. « Les entreprises ont su s’adapter, et elles continuent de protéger leurs équipes », souligne-t-il. En revanche, les investissements sont en forte baisse. « Après un pic en 2024, lié à des investissements d’infrastructure, on observe un repli marqué en 2025 ».

Côté BTP, la situation est plus préoccupante. « Pour la première fois depuis 2020, le chiffre d’affaires du secteur recule, avec une baisse de 0,7 % en 2025 ». Malgré tout les effectifs continuent de progresser et les indicateurs financiers restent solides. « Le taux de marge brute augmente, l’endettement recule, et la capacité de remboursement reste excellente, à 1,3 an en moyenne », souligne Claudine Hurman. « La trésorerie s’améliore même, avec 48 jours de chiffre d’affaires en moyenne. » Une situation paradoxale, donc, mais qui montre la résilience des entreprises bretonnes du BTP.

Le moral des chefs d’entreprise au plus bas  

Si l’économie bretonne semble tenir bon face aux vents contraires, l’inflation à 2,7 % grignote le pouvoir d’achat. « Les produits d’entrée de gamme ont vu leurs prix augmenter plus vite que les autres, ce qui pénalise davantage les ménages modestes », précise Tristan Picard, de l’Insee Bretagne. « Et avec la baisse du taux d’épargne, on voit que les Bretons puisent dans leurs réserves pour faire face. »

D’après la dernière enquête de la CCI Bretagne, le moral des chefs d’entreprise est au plus bas. « Seulement 9,8 % des dirigeants notent l’avenir 8/10 ou plus », explique Jean-Pierre Rivery. « C’est le niveau le plus bas depuis 2019, et cela montre à quel point les entreprises sont inquiètes.  La demande faiblit, les charges augmentent, et la trésorerie est sous pression », explique-t-il. « Résultat : les perspectives sont plutôt pessimistes. »

Ainsi, seulement 12,6 % des dirigeants anticipent une hausse de leur chiffre d’affaires, contre 39,3 % qui prévoient une baisse. « C’est un déséquilibre très marqué », souligne Jean-Pierre Rivery. « Et c’est encore plus net pour la rentabilité : seulement 7,7 % des dirigeants espèrent une amélioration, contre 43,3 % qui s’attendent à une dégradation. »

Les investissements sont également reportés. « 44,5 % des entreprises bretonnes déclarent avoir reporté ou annulé des projets d’investissement », explique Jean-Pierre Rivery. « C’est un chiffre très élevé, et cela montre à quel point l’incertitude pèse sur les décisions. »

« Il faut simplifier, sinon on va perdre en compétitivité face à l’Europe », alerte Jean-Pierre Rivery. « Aujourd’hui, il faut parfois 5 à 10 ans pour obtenir les autorisations nécessaires à un projet industriel ou écologique. En Europe, nos concurrents directs font la même chose en quelques mois. »

Dans ce contexte,  la Banque de France anticipe un rebond de la croissance en 2027-2028 (+0,5 % en 2027, +0,9 % en 2028) et une baisse de l’inflation (1,7 %). « Mais ces prévisions restent très sensibles aux aléas géopolitiques et climatiques », conclut Claudine Hurman.

 

 

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