L’outil est révolutionnaire et la nef qui l’accueille, magistrale. Construite en un temps record (18 mois entre le dépôt de permis et la livraison du bâtiment), l’usine SolidSail Mast factory (SMAF) en impose avec ses 4000 m² de surface utile au sol, aménagés sans poteau ni pilier intérieur. Et pour cause : c’est ici que sont construits les mâts Solidsail, ces tubes en carbone longs de 60 à 70 mètres et sur lesquels sont gréées les voiles semi-rigides qui dessinent la silhouette des cargos et paquebots à propulsion vélique nouvelle génération.
Portée par Les Chantiers de l’Atlantique (Saint-Nazaire) et un consortium d’entreprises morbihannaises spécialisées dans le composite (Avel Robotics, CDK Technologies, Lorima, Multiplast et SMM), cette nouvelle entité baptisée SMAF est unique en Europe, voire au monde. L’investissement total est évalué à 18 millions d’euros dont 10 pour le bâtiment et 8 pour son équipement. « Nous disposons du plus grand rail d’usinage au monde », souligne Nicolas Abiven, directeur général de SMAF. Soutenu par l’Etat, ce projet a été en partie financé par l’État dans le cadre du plan France 2030 (6 millions d’euros obtenus) ainsi que par l’Union européenne à travers le programme Next Generation EU, intégré au plan France Relance.
L’industrialisation du composite
Autre singularité du process : la robotisation optimisée de l’opération de drapage. « L’un des principaux défis relevés par l’usine a été l’automatisation du drapage de ces pièces composites hors normes. Initialement réalisé manuellement à 95 %, ce procédé est ici robotisé à 90% », se réjouit le directeur en précisant que les têtes de drapage ont été conçus exclusivement et sur-mesure pour la SMAF. « Nous avons besoin de robots puissants et robustes pour draper des formes simples et répétitives », explique-t-il en comparaison avec le savoir-faire des entreprises morbihannaises actionnaires, expertes en production de pièces composites plus fines et complexes. « SolidSail Mast Factory répond à un besoin d’augmentation des capacités de production de pièces composites de grandes dimensions, en faisant passer leur fabrication jusqu’ici largement artisanale, à une véritable phase d’industrialisation« , précise Nicolas Abiven.
Dès 2026, sa première année pleine d’exploitation, la SMAF atteindra une capacité de transformation de 250 tonnes de composite par an, soit la fabrication d’un mât (= 16 tonnes de composite) tous les 17 jours ouvrés. « Nous serons capables de sortir 15 mâts chaque année », confirme le directeur, qui prévoit réaliser 15 millions d’euros de chiffre d’affaires annuel. D’ores et déjà, le carnet de commandes est rempli sur les 18 prochains mois ; les mâts SolidSail étant l’élément clé du système de propulsion vélique développé par Chantiers de l’Atlantique. Ils équipent déjà le cargo à voiles Neoliner, et seront bientôt gréés sur les plus grands voiliers du monde, à savoir les navires de croisière Orient Express Corinthian et Orient Express Olympian.
Un pari sur la transition maritime
« Nous prenons le pari que la transition maritime va s’accélérer, et qu’au moins 10% des 2 500 navires de grande taille qui sont construits chaque année dans le monde, soient conçus sur des plans à propulsion vélique« , projette Nicolas Abiven. La diversification des marchés fait aussi partie de la stratégie de développement. « Notre savoir-faire et notre capacité de production intéressent d’autres secteurs industriels tels que l’aéronautique, le spatial, la défense, le transport ou encore l’éolien ». Des géants comme Thalès, Airbus, Naval group ont montré leur intérêt, voire solliciter des prototypages de pièces précises. « D’ici cinq ans, nous envisageons d’équilibrer la production à 50% pour l’industrie navale et 50% autres. »
A date, 32 personnes constituent l’équipe de collaborateurs de la SMAF, rejoints par une dizaine d’intérimaires selon le plan de charge. L’entreprise recrute toujours, et arbore de larges banderoles sur sa devanture pour passer le message. En France, la filière composite représente 27 312 emplois. La montée en puissance de la SMAF comme pôle de référence composite, devrait progressivement faire gonfler de chiffre.



