Construire autrement : comment le groupe Pigeon réinvente la pierre et le béton

Face à un secteur du BTP qui peine à se renouveler, le groupe Pigeon à Argentré-du-Plessis (Ille-et-Vilaine) trace sa propre voie : digitalisation, matériaux bas carbone et constante recherche. L’entreprise familiale du grand ouest, née il y a plus de soixante ans, prouve qu’on peut innover sans renier ses fondations.

Dans un secteur souvent perçu comme figé, celui des carrières, du béton et des travaux publics, le groupe Pigeon fait figure d’exception. L’entreprise familiale, a bâti sa croissance sur un modèle d’intégration verticale, « devenir le client de ses propres carrières », explique Thibault Pigeon, actuel dirigeant de l’entreprise avant de s’imposer comme un acteur régional incontournable du grand ouest. Aujourd’hui, avec 2 000 collaborateurs et 450 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2024 et autant prévu en 2025, l’entreprise aborde un tournant décisif : celui de l’innovation, écologique et numérique. « Notre secteur peine à se transformer, reconnaît Thibault Pigeon. Pourtant, il faut inventer de nouvelles façons de produire, de construire et de vendre ». Cette conviction irrigue désormais l’ensemble des activités du groupe, qui conjugue savoir-faire industriel et recherche de solutions plus sobres.

Du granulat à la donnée : une digitalisation pragmatique

Symbole de cette évolution, le lancement récent d’une plateforme en ligne dédiée à la commercialisation de granulats (FirtsGranulats). L’idée : simplifier l’accès à des matériaux de construction, sables, graviers… via un site marchand : « Le client commande en ligne et se fait livrer directement sur chantier ou à domicile. C’est une nouvelle manière de commercer, plus fluide et plus réactive et pour nous c’est tout nouveau, on s’adapte aux nouvelles façons de consommer et à une nouvelle clientèle », explique Thibault Pigeon. Cette ouverture à une clientèle plus large, particuliers, artisans ou petites entreprises, rompt avec la culture du gros volume qui prédominait jusque-là. Elle répond aussi à une évolution des usages : « Le numérique nous oblige à repenser la relation client, à être plus direct, plus transparent, plus logistique aussi ». En interne, cette digitalisation a nécessité la création d’équipes informatiques dédiées, un ajustement des flux logistiques et de nouveaux partenariats avec des transporteurs spécialisés. Une petite révolution dans une industrie où l’innovation se mesure souvent en tonnes plutôt qu’en octets.

 

Innover pour décarboner

Mais la transformation la plus profonde du groupe s’opère sans doute du côté de la R&D (recherche et développement), avec une belle ambition : décarboner les matériaux minéraux. Dans un contexte où le béton et les granulats sont souvent pointés du doigt pour leur empreinte environnementale, l’entreprise bretonne revendique une approche pragmatique : « Il ne faut pas opposer les filières. On parle beaucoup du bois ou des matériaux biosourcés mais la filière minérale a un rôle essentiel à jouer dans la construction bas carbone de demain », continue le chef d’entreprise. Cette volonté s’incarne dans le lancement du procédé Géomur, inauguré en septembre, une innovation majeure mise au point par les ingénieurs du groupe. Il s’agit d’un système de maçonnerie en terre crue, composé d’éléments locaux à faible teneur en carbone pour remplacer le béton dans les murs porteurs : « C’est un vrai changement de paradigme : on réutilise des matériaux issus du sol pour construire des murs porteurs aussi performants que le béton classique, mais beaucoup plus sobre », explique Thibault Pigeon. En plus de réduire drastiquement l’empreinte carbone, ces blocs alvéolés offrent un confort thermique accru : « Un mur en terre crue conserve la fraîcheur en été et la chaleur en hiver. C’est aussi une façon de renouer avec des savoir-faire anciens, adaptés aux exigences d’aujourd’hui. »

 

Un laboratoire au service du territoire

Une stratégie qui paie. Depuis 2018, le laboratoire interne du groupe Pigeon, créé à l’origine pour le contrôle qualité, est devenu un véritable centre de recherche appliquée. Une dizaine d’ingénieurs y travaillent en lien étroit avec l’université Bretagne Sud, dans le cadre d’un partenariat. Ensemble, ils explorent les pistes d’avenir pour de nouveaux matériaux :« Notre objectif, c’est d’améliorer tous les matériaux que nous mettons en œuvre, pour les rendre plus sobres et plus perméables. Nous travaillons aussi sur l’eau et des matériaux plus poreux. L’eau doit mieux pénétrer les sols. C’est une priorité environnementale et territoriale. Cette démarche s’inscrit dans une logique d’aménagement durable des territoires ».

Entre innovation technologique, recherche environnementale et digitalisation, le groupe vitréen illustre la profonde transformation du secteur pour faire évoluer un modèle éprouvé sans renier ses fondations. « Nous ne cherchons pas à tout réinventer, mais à prolonger ce qui fonctionne, en l’adaptant aux transitions d’aujourd’hui. Il nous faut aussi penser économie. Le logement est un besoin primaire. Nous travaillons donc sur des solutions écologiques, durables et économiques », conclut le dirigeant. Face aux défis énergétiques et climatiques, cette posture pragmatique pourrait bien s’avérer la plus durable des innovations.

Rédaction :  Adélaïde Haslé Tiengou

 


Chiffres clés 2024

2000 collaborateurs

450 millions d’euros de CA

120 agences et sites de production

 

 

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