« Grâce au CPER, contrat de plan État Régional ce sont 64 millions d’euros qui sont injectés en 3 ans pour accélérer la décarbonation du transport des biens et des marchandises tout en garantissant la compétitivité économique des entreprises. Il y a encore beaucoup de travail pour remonter la pente mais nous y consacrons beaucoup d’énergie. Il nous faut préparer une Bretagne robuste face à la tempête qui nous arrive. Notre territoire n’est pas central, il ne se développe pas naturellement mais par un ensemble d’interactions entre tous les acteurs », explique Loïg Chesnais-Girard, Président de la Région Bretagne. C’est l’objet de la feuille de route régionale des mobilités et de la logistique présentée ce jour à plus d’une centaine d’acteurs bretons (entreprises, collectivités, institutions) réunis à Rennes, à l’occasion de la 3e édition des de la Conférence régionale de la logistique.
Une dépendance à la route et au diesel
Pour bien comprendre la réalité de la logistique en Bretagne, chaque année, 157 millions de tonnes de marchandises sont transportées. Les matériaux de construction et les produits minéraux représentent la majorité de ces flux (44% des tonnages). L’agri-agroalimentaire arrive juste derrière (37%). Ces marchandises sont chargées plus majoritairement sur la route (94,5% de part modale) que dans les autres régions, rendant l’économie bretonne largement dépendante des hydrocarbures et faisant de la logistique le 4e poste régional d’émissions de GES (10% du total), juste derrière le secteur agricole, le transport de passagers et l’habitat.
Par ailleurs, périphérique, équipée de ports régionaux, la péninsule bretonne se situe en grande partie à l’écart des grands flux de marchandises. « Couplées à la logique des flux tendus, ces spécificités géographiques représentent un handicap pour la compétitivité des entreprises bretonnes (+8% de coût de transport en moyenne) », poursuit Loïg Chesnais-Girard. Autre contrainte : « les plateformes logistiques (1,2 M²de surfaces) installées en Bretagne ont un taux de vacances très faible qui pénalise le développement industriel et la relocalisation », pointe Loic Hénaff, Délégué régional aux relocalisations d’activité, au fret et à la logistique.
Doubler le fret ferroviaire à l’horizon 2030
Afin de favoriser des modèles durables tout en préservant la compétitivité des entreprises, L’Etat et la Région Bretagne, en concertation avec tous les acteurs se sont mis d’accord sur une trentaine d’actions prioritaires à déployer d’ici 2028. « La marge de progrès est importante, notamment en matière de fret ferroviaire, souligne Eric Fisse, Directeur de la Dreal Bretagne. A ce jour le rail ne représente que 1,4% du trafic de marchandises en Bretagne, 9% en France. Nous nous sommes fixés pour objectif de le doubler à l’horizon 2030 pour le porter à 18%, puis 25 % en 2050. Le défi est considérable. » Cette montée en puissance de la part modale dans le trafic de marchandises passe prioritairement par des ports bretons connectés au réseau ferroviaire. En 2023, après 10 ans d’absence, le trafic ferroviaire a déjà repris au port de Brest. « Par exemple, Florette à Saint-Pol-de-Léon (29) achemine désormais ses salades à son client McDonald’s par voie ferrée. Elle réalise des économies logistiques et environnementales significatives. Il faut que les chargeurs considèrent le ferroviaire comme une option. Ça va prendre du temps mais nous allons former les entreprises sur les fondamentaux de la supply-chain et accompagner l’évolution des métiers. » La prochaine étape devrait concerner le port de Lorient. « Des discussions sont en cours », assure Loïg Chesnais-Girard.
Encourager les offres décarbonées
Sur les 64 millions d’euros consacrés aux ports et fret ferroviaires dans le cadre du volet mobilité du contrat de plan Etat-Région, 40 millions d’euros sont utilisés à « diminuer les points de douleur comme la ligne de fret entre Auray et Saint-Gérand située entre Loudéac et Pontivy et qui réceptionne 100.000 tonnes de céréales », poursuit Eric Fisse. A travers cette feuille de route, nous ciblons aussi la logistique urbaine à savoir celle qui organise le dernier kilomètre. » Cinq territoires Bretons dont Brest métropole et Rennes Métropole ont signé une charte avec les professionnels visant à œuvrer pour une logistique urbaine plus respectueuse des enjeux environnementaux. « Mutualisation et massification de flux, espace logistique de proximité, circuits courts, tous ces modèles visant à encourager des offres décarbonées sont inscrites à notre feuille de route. L’heure est à l’action ! », conclut Loic Hénaff.



