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Véronique Maignant, le 25.09.2018

Formation professionnelle et apprentissage : en Bretagne, comme ailleurs, la réforme rebat les cartes

Les décrets ne sont pas encore votés mais la réforme de la formation professionnelle et de l’apprentissage est bel et bien sur les rails. Comme beaucoup de réformes, elle ne fait pas l’unanimité. Pourtant, en Bretagne comme ailleurs, l’heure est venue de co-construire une offre de formation en adéquation avec les attentes réelles des entreprises, au regard de la transformation digitale qui touche tous les métiers.

Fotolia-CCI Bretagne

Après neuf mois de concertation avec les partenaires sociaux, d’échanges avec les professionnels du secteur et de débats parlementaires, la réforme de la formation professionnelle et de l’apprentissage va voir le jour. Adoptée définitivement par le Parlement le 1er août, la loi « Avenir professionnel » doit encore obtenir la validation du Conseil constitutionnel avant d’être promulguée. Mais le ministère du Travail a prévenu, la moitié du chemin reste à faire : « Tout va se jouer dans l’exécution et l’appropriation de la réforme par les acteurs». La formation professionnelle et l’apprentissage constituent deux des trois volets de ce projet de loi.

Libéralisation du marché de l’apprentissage

Auparavant aux mains des Régions, l’apprentissage sera désormais piloté par les branches professionnelles. Elles seront impliquées dans la construction des diplômes et fixeront le coût des contrats d’apprentissage. Ce nouveau mode de financement au contrat s’accompagne d’une libéralisation du marché. Tout organisme de formation pourra à l’avenir ouvrir un centre de formation d’apprentis (CFA) sous réserve d’obtenir la certification prévue par la loi. Les CFA devront donc repenser leur modèle économique. La taxe d’apprentissage telle qu’elle existait jusqu’à présent disparait au profit d’une « contribution unique pour le développement de la formation professionnelle et de l’alternance. Cette disparition entérine par la même celle des organismes collecteurs de la taxe d’apprentissage (OCTA).

Individualisation du droit à la formation

L’individualisation du droit à la formation, pierre angulaire de la réforme, repose sur un compte personnel de formation (CPF) rénové et monétisé à hauteur de 500 euros par an. Via une application mobile, chacun pourra décider, sans intermédiaire, de son parcours de formation. Toutefois, la loi prévoit la possibilité d’être accompagné. Le conseil en évolution professionnelle (CEP) sera délivré aux salariés par de nouveaux opérateurs sélectionnés par appel d’offres.

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France Compétences, nouvelle instance

La gouvernance sera confiée au niveau national à France Compétences, nouvelle instance représentant l’État, les Régions et les partenaires sociaux. Elle aura pour mission de redistribuer les fonds collectés par les Urssaf, de réguler la qualité et les prix des formations, ou encore de gérer le répertoire national des certifications professionnelles (RNCP). De leur côté, les organismes paritaires collecteurs agréés (Opca) perdent la collecte et sont amenés à se restructurer.

L’année 2019 s’annonce particulièrement décisive. Selon la DGEFP, 70 décrets et arrêtés sont attendus, et la plupart seront publiés d’ici à la fin de l’année. Mise en place de la direction de France Compétences, répartition de la collecte par dispositifs, conditions d’agrément des opérateurs de compétences, ou encore conversion des crédits d’heures du CPF en euros… : autant de précisions attendues par les professionnels pour se mettre en ordre de marche.

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19.000 apprentis bretons formés à 310 métiers

« La réforme ne va pas modifier l’ambition du conseil régional qui est de donner des qualifications à la majorité des personnes et de répondre aux besoins du tissu économique et des entreprises », rassure Georgette Bréard, vice-présidente de la Région Bretagne chargée de la formation, l'apprentissage et l'orientation.

Ainsi, si la loi « Avenir professionnel » prévoit d’ouvrir l’apprentissage aux personnes âgées de 29 ans révolus, en Bretagne, depuis 2017, il est accessible jusqu’à 30 ans. « Un atout pour les entreprises qui peuvent ainsi trouver des apprentis ayant suffisamment de maturité pour occuper des postes à responsabilité », selon l’élue, qui s’interroge par ailleurs sur le devenir des aides dont bénéficient actuellement les apprentis bretons quand la réforme sera en œuvre. « L’aide régionale au premier équipement concerne ainsi environ 8.000 jeunes chaque année, et l’aide Argoat (déplacement, hébergement, restauration…), 12.000»

La digitalisation des métiers entraîne la mutation des postes et des missions et nécessite l’acquisition de nouvelles compétences. Heureusement, pour répondre aux besoins des entreprises bretonnes, l’offre de formations évolue en tenant compte de ces nouveaux enjeux. « Le digital et le numérique sont pris en compte depuis plusieurs années », précise Georgette Bréard. La carte des formations est élaborée avec les branches et le rectorat et en lien, aussi, avec les réseaux consulaires. « C’est une nécessité pour répondre aux besoins des entreprises, insiste l’élue. Car la digitalisation n’impacte pas que les entreprises du numérique. Elle est aussi présente dans le secteur de l’agriculture, par exemple. »

Pour Georgette Bréard, la libéralisation de la formation qu’implique la réforme nécessite une régulation. « Nous suivrons le dossier avec vigilance », prévient la vice-présidente. D’ici là, la Région Bretagne continue de promouvoir l’apprentissage. « Le travail de concertation mené avec les branches porte ses fruits puisque nous enregistrons une hausse très nette des effectifs. » Ils seront en effet plus de 19.000 apprentis, sur cette rentrée 2018 qui s’échelonne jusqu’à décembre, à travailler dans les entreprises et dans les écoles et à se former à 310 métiers différents. Un record. « Dans les 18 mois de leur sortie de formation, 75 % des jeunes diplômés de l’apprentissage sont en situation d’emploi stable », rappelle Georgette Bréard.

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Risque d’inégalité des territoires

En tant qu’acteur majeur de la formation sur tous les territoires, les CCI sont engagées depuis des dizaines d’années dans le développement des formations par alternance, une voie royale pour l’insertion professionnelle des jeunes, et dans la formation continue, permettant la montée en compétences des salariés et la reconversion des demandeurs d’emploi.

La libéralisation de l'apprentissage, en particulier la suppression des OCTA inquiéte le réseau breton. « Elle aura pour conséquence directe d’ôter toute liberté d’affectation des fonds par les entreprises aux CFA ou Ecoles de leur choix, souligne Brigitte Delahaie, Présidente de la commission formation à la CCI Bretagne.  Avec cette réforme, nous constatons également une centralisation au niveau national des fonds libres jusqu’ici gérés par la Région. Il nous apparait essentiel que des mesures adaptées soient prises pour à la fois maintenir l'égalité d'accès à l'apprentissage sur l'ensemble du territoire et favoriser un développement équilibré et quantitatif de l'apprentissage ».

L’autre inquiétude exprimée par le réseau consulaire porte sur la refonte du financement des CFA. « La détermination d’un coût contrat constitue à nos yeux une problématique importante, poursuit Brigitte Delahaie. Les coûts varient fortement en fonction de la réputation de l’établissement, des frais de structures, des frais de matériels, du type de formation ou de la localisation du CFA. Aujourd’hui, nous ne savons pas encore comment sera gérée la période intermédiaire entre l’ancien modèle et le nouveau. Cela risque de générer des problèmes de trésorerie dans les CFA et par voie de conséquence ralentir le développement de cette voie de formation. De même, la libéralisation de l’offre des CFA va pousser ces derniers, dans une logique de concurrence. Que va-t-il advenir de sections qui sont aujourd’hui financées principalement par les Conseils régionaux car spécifiques à un domaine et en lien avec les besoins économiques spécifiques d’un territoire ? »

Autant de questions qui restent aujourd’hui sans réponse. Et même si la demande de formation, désormais laissée au libre arbitre des salariés, risque d’augmenter sensiblement et constituer ainsi une opportunité pour les établissements de formation continue des CCI, cette loi rebat à elle seule les cartes de cette mission clé des CCI.

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Mettre la priorité sur l’orientation

Président, du Medef Bretagne, Joël Chéritel, appelle tous les acteurs à aller de l’avant. « Cette réforme, nous l’attendions, nous la souhaitions vraiment. Certes, des inquiétudes demeurent, notamment sur le CPF, mais elle a le mérite de répondre au double défi de cultiver l'employabilité des salariés et l'agilité de nos entreprises ». Selon lui cette réforme va dans le bons sens car elle renforce l'attractivité de l'apprentissage pour les jeunes. « Notre pays a totalement occulté cette façon d'apprendre, en ne voulant valoriser que la voie académique et les savoirs théoriques. Pour attirer plus de jeunes dans l’apprentissage, le volet de l’orientation est essentiel. L’évolution des missions des Centres d’information et d’orientation (CIO) était nécessaire. Nous devons ouvrir les yeux de nos jeunes sur les centaines de métiers qui existent en favorisant , dès le collège, ‘’les classes en entreprises’’. Pour avoir mis en place cette opération dans ma propre entreprise1, je peux témoigner que c’est une occasion unique de leur faire découvrir des métiers souvent méconnus. Les entreprises ont aussi leur part de responsabilité pour faire en sorte que les jeunes choisissent leur orientation et non plus qu’ils la subissent ».

Définir une offre adaptée aux besoins des entreprises

Sur la liberté d’installation et de financement des CFA prévue dans la Loi, le Président du Medef Bretagne poursuit : « Les CFA vont devoir s’adapter à l’offre des entreprises, se financer par les contrats apprentis et non plus par des subventions. Cette mesure va permettre d’anticiper les besoins des compétences de demain à l’échelle des bassins de vie, au regard notamment de la transition numérique. Même si la Région perd certaines prérogatives, c’est ensemble, avec tous les branches professionnelles et tous les acteurs de la formation, que nous devons continuer à co-construire une offre régionale de l’apprentissage et éviter que cette réforme ne devienne un instrument de désertification économique dans certains territoires. Il est temps de se mettre au travail. Que ce soient les chômeurs longue durée, les salariés dans les entreprises ou les jeunes qui arrivent sur le marché de l’emploi, avec ces nouvelles mesures, chacun devra pouvoir choisir son orientation professionnelle, pour peu qu’il veuille travailler ».

 

Brigitte Delahaie
Présidente de la commission Formation à la CCI Bretagne

Parole d'élu

Le contexte économique évolue, le marché de l’emploi repart et les entreprises doivent trouver des compétences.
D’ici 10 ans, un métier sur deux sera transformé…
Les changements portés par la réforme  de la formation professionnelle et de l’apprentissage doivent répondre à cet impératif.
. Une mesure retient particulièrement notre attention : l’évaluation des formations en fonction de l’insertion dans l’emploi ; il s’agit bien de former pour répondre aux besoins des entreprises.
. la libéralisation de l’apprentissage accompagnée d’un changement de paradigmes notamment avec les transformations digitales, écologiques et économiques.
. la monétisation du compte personnel et la création de l’application numérique dédiée pourront donner plus d’autonomie et d’initiatives aux salariés ; ils s’inscriront à la formation qu’ils auront choisie  en temps réel en fonction des droits dont ils disposent.
Cependant, nos territoires ruraux et interurbains devront être pris en compte et dans ce cadre, les campus de proximité seront de vrais atouts et nécessiteront un soutien incontestable !
Gageons que tous ces dispositifs boosteront notre économie et seront des aides indéniables pour les entrepreneurs, les salariés , les demandeurs d’emploi et les jeunes !
TOUTEFOIS, la loi pour la liberté de choisir son avenir professionnel ne portera ses fruits que s’il y a une vraie réforme de l’ORIENTATION...



Repères

Se former en Bretagne : le nouveau site des CCI propose 1 millier de formations

Les CCI de Bretagne et leurs centres de formation certifiés, ont pour objet de répondre aux besoins de formation des entreprises dans des domaines très variés. Elles offrent plus de 900 formations courtes et 100 cycles diplômants ciblés, pratiques, en phase avec les évolutions métiers. Pour gagner en visibilité et toucher leurs publics cibles, dirigeants salariés, jeunes à la recherche d’un emploi, etc…, les centres de formation présents dans chaque département breton lancent une nouvelle plateforme web réunissant l’ensemble de l’offre de formation professionnelle que ce soit en formation continue, en alternance et à temps plein.

Pour en savoir plus : www.cci-formation-bretagne.fr