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Commerces ruraux Bretagne
V.Maignant

Centres-bourgs : en Bretagne, une stratégie volontariste de revitalisation se met en place

Véronique Maignant, le 25.04.2018

Dégradation du bâti, baisse de la population du centre et paupérisation, fuite des équipements attractifs et des services du quotidien, ou encore concurrence des grandes surfaces en périphérie : la dévitalisation des centres-bourgs est le produit de plusieurs facteurs. En Bretagne, l’État, la Région, la Caisse des dépôts et l'Établissement Public Foncier soutiennent des projets visant à freiner cette fragilisation des centres. Les CCI sont également mobilisées sur le sujet aux côtés des territoires.

Parole d'élu

CCi 22

La capacité à attirer des habitants,  à maintenir des emplois, à offrir des services non marchands, de santé notamment … C’est la pluralité des attractivités qui créera de nouveau de l’activité commerciale dans les centres-bourgs.

Les  chambres de commerce et d’industrie, partout en Bretagne travaillent depuis longtemps sur les différentes facettes de la vie économique des centres-villes et des centres bourgs. Elles accompagnent les créateurs d’entreprises, défendent les intérêts des commerçants et font valoir leurs préoccupations auprès des municipalités. Elles soutiennent aussi  les unions commerciales, donnent des avis formels sur les documents d’urbanisme…

Réalisation de  diagnostics territoriaux, études d’implantation commerciale, analyses  de secteurs  d’activité à la demande, les données et les outils d’analyse dont disposent les chambres de commerce sont riches et diversifiés. Ils sont à la disposition de toutes les collectivités, entreprises, ou organisations professionnelles désireuses d’anticiper les enjeux et évolutions de leur développement économique.

Gilles Blanschong
Président de la commission appui aux territoires à la CCI Bretagne

A la tête de l’agence Lestoux et Associés, créée il y a un an à Lamballe, David Lestoux connaît bien la problématique. Il est d’ailleurs le co-auteur d’un rapport sur le sujet remis en mars dernier au ministre de la cohésion des territoires, Jacques Mézard.

« La vacance des commerces dans les petites et moyennes villes est passée de 8 % dans les années 2010, à 14% en 2017, explique-t-il. Même si la situation de la Bretagne est un peu moins préoccupante que dans certaines autres régions françaises, cette fermeture progressive des commerces est avant tout la conséquence d’un problème de paupérisation et de logements vacants dans les centres-bourgs en général. On a peu à peu enlevé des centres toutes les infrastructures qui génèrent du flux, comme les maisons médicales, les Ehpad ou certains services publics. Il est donc logique que le commerce fonctionne mal. Pour enrayer cette tendance, il est indispensable d’adopter des règles d’urbanisme qui, à l’exemple de Lamballe, interdisent l’implantation de petits commerces à l’entrée des villes. On constate le plus souvent que les cellules vides dans les centres sont liées non pas à la fermeture de commerces mais à des transferts. Seule une vraie stratégie volontariste de densification des centres-villes peut faire bouger les lignes. C’est un problème de politique publique ».

Découvrir le témoignage de Quentin Ozon, qui a repris le commerce créé par son père à Saint-Jean-Brévelay (56)

 

60 projets soutenus à hauteur de 29 M€

En 2017, l’Etat, la Région Bretagne, l’Etablissement public foncier de Bretagne et la Caisse des dépôts ont lancé aux communes deux appels à candidatures pour des projets d’aménagement favorisant l’attractivité de leurs centres. Objectif ? Les inciter à repenser leur centralité et leur donner les moyens de le faire. A l’arrivée, 208 communes ont déposé un dossier et 60 ont été retenus car correspondant aux critères d’expérimentation et d’innovation recherchés par les partenaires.

« Deux éléments importants étaient aussi en jeu : d’abord, la capacité à mobiliser les populations pour construire ce projet d’attractivité. Car il ne s’agit pas de décréter l’ouverture d’un commerce pour qu’il fonctionne… Enfin, la transversalité des projets était importante : commerce, habitat, culture, patrimoine. Plus c’est multithématique, plus la population s’y associe bien. Il s’agit de réinventer son projet de territoire », insiste Laurence Fortin, vice-présidente de la Région à l’aménagement du territoire.

En plus d’un accompagnement d’un an, les 60 projets bénéficient d’un soutien global de près de 29 M€ : pour les centres-bourgs, 16 sont en phase études (plus de 450.000 €) et 23 en phase travaux (près de 14 M€). Pour les centres-villes : neuf en phase études (315.000 €), 12 en phase travaux près de 14 M€.

Découvrir le témoignage de Jean-Paul Le Roy, maire de Pleslin Trigavou dans les Côtes d'Armor

Cette initiative bretonne, mettant autour de la table différents partenaires institutionnels autour d’un objectif commun a reçu une Victoire des Acteurs publics, dans la catégorie « territoires durables », en février. « Cela souligne le travail partenarial mené, apprécie Laurence Fortin. Notre objectif est d’élargir la réflexion avec des acteurs privés et de mettre de plus en plus de monde autour de la table. » Cela pourrait se traduire par la mise en place d’un réseau réunissant candidats et lauréats pour un partage d’expériences devant servir à tous.

Un nouvel appel à projets, répondant aux mêmes conditions va être lancé à la fin de l’année 2018. « La Bretagne est particulièrement maillée de villes moyennes et de bourgs plus ruraux qu’il faut conforter. Nous ne sommes pas la région la moins bien lotie mais il y a des fragilités qu’il faut travailler », note l’élue, qui cite les contrats de territoires signés avec les 21 territoires bretons, autres outils d’accompagnement de la centralité.

 

Les CCI, point d’appui pour l’attractivité commerciale

Gilles Blanschong, président de la commission appui aux territoires à la CCI Bretagne partage ces analyses : « la  redynamisation d’un centre-bourg passe par une approche globale de son attractivité. Une des premières pistes de travail est de trouver les meilleurs leviers pour faire revenir les habitants ».

En Bretagne, les CCI travaillent en lien avec les collectivités au développement de solutions visant à intégrer toute la complexité de ce qui fait la vitalité d’un centre-ville : déplacements, stationnements, logement, animation, loyers, etc. Concrètement, elles conseillent les communes, par exemple, à l’occasion d’un projet d’ouverture ou d’implantation d’un commerce.

Avec l’appui de la Région et des Etablissements publics de coopération intercommunale (EPCI), elles leur proposent depuis 2017, des études d’images sur l’attractivité commerciale de leur centre-ville. Objectif : aider les commerçants à optimiser leur d’offre, en termes d’accueil, de service ou de merchandising. Trois études ont ainsi été lancées pour les commerçants du centre-ville de Saint-Brieuc (22), de Landivisiau (29) et de Carantec (29). « Au travers des observatoires du commerce et de la consommation dont elles disposent, poursuit Gilles Blanschong, les CCI ont accumulé une quantité de données essentielles pour comprendre la dynamique commerciale d'un territoire. Elles sont donc à même d’organiser des diagnostics territoriaux ». Tous ces outils et méthodes d’analyse sont accessibles aux agences d’urbanisme, agglomérations ou EPCI.

Découvrir le témoignage de Bernard Copin, maire de Roscanvel, et Marie-Laure Cann, qui fait vivre le commerce multi-services de la commune

 

Le commerce obligé de se réinventer  

La dynamique d’un centre-ville passe aussi par une logique de conquête de la part de ses commerçants. « Nous vivons une révolution sans précédent, bien plus importante que celle de 1960 avec l’arrivée des premiers supermarchés, souligne David Lestoux. Depuis 2008, le nombre de mètres carrés de surfaces commerciales croît 5 à 6 fois plus vite que durant la période précédente, entraînant une offre bien supérieure à la demande. Malheureusement, dans le même temps, le pouvoir d’achat n’a pas évolué ou très peu. Il est donc impératif que les commerçants innovent, repensent leur concept marchand, propose des services pour attirer une clientèle de plus en plus attirée par les sites internet marchands ».

Découvrir le témoignage de Séverine Ferrand, Présidente de 2015 à 2017 de l'union commerciale de La Guerche de Bretagne en Ille-et-Vilaine 

* Programme « Action cœur de ville » : la grande transformation pour les centres-villes démarre

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A savoir

Les CCI de Bretagne représentent plus de 35.000 commerces et proposent aux collectivités territoriales voulant dynamiser le tissu commercial de leur territoire toute une palette de services.

Le Pass Commerce et Artisanat permet aux entreprises éligibles de bénéficier d'une aide pouvant aller jusqu'à 7.500 €.

Repères

Des unions commerciales en pleine mutation

« Les unions commerciales ont un rôle à jouer dans cette conquête de la clientèle pour peu qu’elles se professionnalisent, indique pour sa part Gilles Blanschong. Le temps où elles animaient le comité des fêtes est révolu. Elle doivent apprendre à discuter avec leurs partenaires et agir comme une société de services au bénéfice de leurs adhérents ».
« D’autant que ces derniers ont changé, ajoute David Lestoux. Aujourd’hui, seuls 30% des commerçants sont propriétaires de leurs murs. Conséquence : leur engagement n’est plus le même. Sans compter que beaucoup d’entre eux ne vivent plus sur place ».
Autre constat : 70% des achats de proximité en France se font entre 17h30 et 20h30. Dans ces conditions n’est-il pas envisageable d’adapter les horaires à chaque typologie de ville ? Mutualiser une offre de services sur Internet entre les commerçants ? Proposer des consignes pour retirer ses achats ? Des réflexions sont en cours au sein de certaines unions commerciales, preuve que les commerçants des centres-bourgs n’ont pas dit leur dernier mot. 

Rejoindre ou contacter une union commerciale bretonne


TÉMOIGNAGES

Côtes d’Armor : Pleslin Trigavou réveille son centre-bourg

Jean-Paul Le Roy , maire de la commune de Pleslin Trigavou dans les Côtes d'Armor depuis 1997
V.Maignant

Sélectionnée dans le cadre de l’Appel à Manifestation d’Intérêt régional* (AMI) lancé à l’été 2017, PleslinTrigavou, commune de 3 500 habitants, bénéficie d’une aide de 982 500 euros pour l’aménagement de son centre-bourg. Objectif : créer une véritable centralité fonctionnelle et attractive.

Jean-Paul Leroy est un maire heureux. Ce projet, il le porte depuis 2015, année durant laquelle Pleslin Trigavou est devenu chef-lieu de canton, rattaché depuis à Dinan Agglomération. «Tout est parti de la fermeture annoncée de la supérette, raconte-t-il. Il nous fallait absolument réagir pour garder une structure alimentaire. Le bâtiment existant ne répondant plus aux normes, nous avons commencé à réfléchir à un nouvel emplacement, plus central. »

Création d’un îlot central

Démarre alors une étude urbaine d'autant plus que se pose le problème du devenir d’une friche industrielle de 11 000 m² située au cœur même du centre urbain de Pleslin. Assez rapidement, la réflexion aboutit à privilégier la construction d’un éco­ quartier comprenant une trentaine de logements en lieu et place de cette friche et à déplacer la nouvelle surface alimentaire multi services entre la Poste, la pharmacie et la bibliothèque. « Ce projet de réaménagement était une occasion unique de récréer une activité commerciale au sein de cet îlot central, à proximité de nouvelles habitations». Le Projet prévoit également la création de places de parking pour faciliter l’accessibilité.

Implantation d’une nouvelle surface alimentaire multiservices

Avant d’en arriver là, il aura fallu à Jean-Paul Leroy et ses équipes de nombreuses  visites de supérettes ainsi que de nombreux contacts avec plusieurs enseignes pour étayer leur choix. Pour évaluer le coût du transfert, le potentiel du nouvel emplacement, la concurrence existante, la recherche d’enseignes, etc… ils se sont entre autres appuyés sur les services d’assistance à maîtrise d’ouvrage de la Chambre de commerce et d’industrie des Côtes d’Armor. « Entre 2015 et 2016, ce projet de longue maturation a donné lieu à de nombreux échanges avec la Chambre de commerce. Nous avons tenu compte des grandes surfaces commerciales environnantes. Il ne s'agissait pas d'en créer une autre à Pleslin Trigavou mais plutôt de dimensionner une supérette en rapport avec la taille de la commune », souligne le maire. Ce nouveau bâtiment, d’une surface de 214 m², sera inauguré dans les semaines à venir.

Volonté d’impliquer tous les habitants

Avec ce pôle commercial en plein cœur de bourg, Jean-Paul Leroy espère bien favoriser une dynamique d’ensemble et une meilleure attractivité, d’autant que la commune comporte de nombreux atouts : une quarantaine d’industriels et artisans représentant quelque 400 emplois, une maison médicale, un Epahd, une association d’aide à domicile, trois écoles etc. «Avec l’éco quartier, nous souhaitons créer une véritable mixité sociale et générationnelle. Les travaux ne démarreront pas avant 2019 ». De même sont prévus la création d’un axe piéton, l’extension de la bibliothèque et l’aménagement d’un théâtre de verdure. Le coût total du projet s’élève à 2,5 millions d’euros. « Cette réflexion sur le bourg, nous l’avons menée avec nos tripes. Il s’agit d’un projet de long terme L’objectif est que tous les habitants de la commune s’impliquent et s’approprient ce nouveau centre-bourg. De nombreuses animations artistiques et ateliers créatifs vont être lancés. Une identité culturelle doit émerger. Je veux réveiller Pleslin Trigavou », conclut Jean-Paul Leroy.

*AMI lancé  par l’État, la Région Bretagne, la Caisse des dépôts et l'Établissement public foncier de Bretagne

Contact : CCI Côtes d'Armor 

Pays de Vitré : une plateforme marchande locale pilotée par 7 unions commerciales

Séverine Ferrand, présidente de l’union commerciale de La Guerche de Bretagne de 2015 à 2017, très impliqué dans le projet de place de marché locale
V.Maignant

Dépourvu des moyens financiers et des compétences techniques pour investir la Toile, le commerce indépendant bénéficie du soutien croissant des villes qui tentent de redynamiser le tissu local. Au Pays de Vitré, une plateforme marchande locale issue d’un partenariat entre les municipalités, la CCI Ille-et-Vilaine et les unions de commerçants indépendants est en cours de construction.

« La prise de conscience est bien réelle, souligne Séverine Ferrand, présidente de l’union commerciale de La Guerche de Bretagne de 2015 à 2017. Si on ne fait rien pour s’adapter aux attentes des clients locaux, nos commerces risquent de disparaître. Il s’agit d’ouvrir une autre  porte pour les attirer vers nous ». Pour l’instant, les commerçants de proximité ont quelques trains de retard sur le marché e-commerce. Selon une étudeMappy/BVA, un  décalage sévère existe entre les usages des consommateurs, qui sont 91 % à consulter la Toile avant de se rendre dans un magasin physique, et la réponse des commerces de proximité – plus de la moitié ne dispose pas d’un site Internet. En d’autres termes, alors que le web-to-store est pratiqué par neuf prospects sur dix, il est quasi inexistant pour un commerçant indépendant sur deux.

Aspect novateur du projet

L’initiative du projet revient à la municipalité de La Guerche de Bretagne. Dès 2016, elle a accepté de financer une étude en vue de trouver des pistes possibles à la redynamisation des commerces. Certaines émergent dont la place de marché locale. Avec l’aide de François Gabet, Conseiller commerce à la CCI Ille-et-Vilaine, la commune constitue alors un dossier Fisac pour obtenir un co financement. Les mois passent et ce n’est qu’au tout début de l’année 2018 que la réponse tombe : « l’Etat reconnait l’aspect novateur du projet place de marché locale et accepte de participer au financement du programme informatique et d’un poste d’animateur à mi-temps pour accompagner les commerçants dans l’appropriation de l’outil », explique François Gabet. Au final, la première année, le budget sera financé par le Fisac, les collectivités locales, la CCI et une participation minimale des commerçants. « Outre la plateforme Internet, ce budget comprend l’hébergement, la sécurité, la formation pour accompagner le commerçant, la communication et l’animation (jeux-concours,…) ». L’investissement initial sera amorti sur un an. Les années suivantes, seuls les budgets d’animation et de fonctionnement subsisteront.

Dimensionnement du projet

En mars 2018, après avoir relancé les commerçants guerchais sur le projet, il est décidé de l’étendre à l’ensemble des unions commerciales du Pays de Vitré à savoir les cantons d’ Argentré du Plessis, Châteaubourg, Janzé, Retiers, Val d’Izé et Vitré. « Y aller tout seul n’aurait pas eu la portée que nous allons avoir à plusieurs unions commerciales. Seulement 1/3 des adhérents de la Guerche était motivé. Aujourd’hui, nous sommes entre 50 à 100 à s’intéresser au projet. Et puis nous avons déjà un site internet commun pour favoriser le commerce local, Club’co, avec lequel nous avons pris l’habitude de travailler ensemble », souligne Séverine Ferrand. La mairie de la Guerche est également partie prenante du projet.

Renouer avec la croissance

« Cette nouvelle place de marché locale ne fera pas concurrence au commerce local. Bien au contraire, elle l’aidera à développer son chiffre d’affaires, poursuit l’ancienne présidente. La création d'un site internet, mais aussi d’une version mobile ou d’une application afin de capter la clientèle nomade qui grandit à vue d’œil, sont autant de conditions à réunir pour permettre au commerce de proximité de « prendre sa revanche », et renouer avec la croissance. Car c’est sur les marchés où les ventes sur Internet ont le plus progressé que le commerce indépendant a, lui, le plus pâti, comme le commerce spécialisé dans la culture et les loisirs qui a reculé de 16 % depuis 2007. Le Pays de Vitré compte environ 80 000 habitants et sa croissance démographique est l’une des plus fortes en Bretagne. « La plateforme répondra aux besoins de tous les commerçants, poursuit  François Gabet. Simple vitrine pour certains, elle permettra à d’autres de présenter un catalogue autorisant uniquement des réservations et des retraits en magasin ou encore de développer leur CA en ligne, en France ou ailleurs dans le monde ».

De nouveaux services

Enseignes, services, activités, marques, bonnes affaires, localisations, horaires, dès la page d’accueil, le visiteur pourra choisir sa porte d’entrée en fonction de ses habitudes. « Aujourd’hui nous avançons sur la partie logistique. Au travers de ce nouvel outil, nous voulons faciliter l’achat en ligne des clients mais surtout offrir de nouveaux services comme la prise de rendez-vous, le retrait en magasin ou dans un point relais. Certains magasins pourront jouer le rôle de tiers lieu. Nous réfléchissons aussi à un système de consigne. La mairie de la Guerche est d’accord pour mettre à notre disposition un local pour des consignes où les clients pourraient venir récupérer leurs produits en dehors des horaires d’ouverture ». Si tout va bien, le site internet pourrait voir le jour courant 2019, des devis auprès de prestataires sont déjà arrivés. Pas de doute, le projet de plateforme marchande locale verra bien le jour au Pays de Vitré où les commerçants ont décidé de quitter leur isolement naturel pour chercher des partenaires afin de capter le chaland non plus dans la rue, mais sur la Toile.

Contact : CCI-Ille-et-Vilaine - François Gabet 

A Roscanvel, le commerce multi-services Barr Avel déjoue les pronostics

Epicerie commerce Roscanvel
Simon Cohen

Face à la fermeture imminente de son dernier commerce, la commune de Roscanvel s'est mobilisée : elle a sollicité la CCI métropolitaine Bretagne ouest pour l'accompagner dans la création d'un nouvel espace et des bénévoles ont permis de garder le dépôt de pain. Ouverte depuis l'été dernier, la nouvelle épicerie a enregistré des premiers résultats au-dessus des espérances.

"Le premier été, ça a été un vrai tourbillon", résume Marie-Laure Cann qui a ouvert le commerce multi-services Barr Avel avec son mari Hubert Autret, le 15 juin 2017. Idéalement situé à quelques mètres de l'église, du seul restaurant et surtout d'un parking, le Barr Avel a été construit par la municipalité quand les derniers commerçants de Roscanvel ont pris leur retraite. 

Municipalité et habitants décidés à garder un commerce ouvert

"Dès qu'ils m'ont annoncé leur intérêt d'arrêter et de ne pas vendre leurs murs, puisque c'est aussi leur lieu d'habitation, j'ai immédiatement appelé la Chambre de commerce et d'industrie pour voir ce qu'on pouvait faire. C'était impératif de garder l'offre de services dans notre commune !", raconte Bernard Copin, maire de Roscanvel.

Avec 867 habitants à l'année, Roscanvel est en-dessous du seuil généralement admis pour assurer la viabilité d'un commerce alimentaire (1.500 habitants) et le supermarché le plus proche est à moins de 10 km. Mais la petite commune a des points forts qui ont porté le projet d'un nouveau commerce : son potentiel touristique ("jusqu'à 3.000 personnes l'été" et le GR34), une école, un commerce qui exploite une licence IV et une licence tabac, avec un chiffre d'affaires existant ; une population vieillissante qui a besoin de services de proximité... et des habitants engagés !

En attendant l'ouverture, des bénévoles ont assuré le dépôt de pain

En effet, en attendant que le nouveau commerce soit construit sur un terrain communal (un investissement de 120.000 €), des bénévoles locaux ont assuré la vente du pain chaque jour, de septembre 2016 à juin 2017. "Vous savez, à Roscanvel, les gens sont prêts à s'engager pour les autres...", apprécie Bernard Copin, en référence à la maison construite par des bénévoles et adapté au handicap d'un habitant.

En parallèle des démarches et de la construction, la mairie a lancé un appel à candidatures pour son commerce multi-services. Première surprise : les réponses ont afflué, avec parfois des candidats venus de l'autre bout de la France. Avec la CCI, les élus ont retenu trois couples d'habitants. L'enthousiasme et la volonté de Marie-Laure Cann et Hubert Autret ont reçu l'avis unanime du jury, composé de trois élus et d'une conseillère de la CCI, après un entretien "important et stressant", avoue Marie-Laure Cann.

Aujourd'hui, avec le sourire aux lèvres, un petit mot pour chacun et un brin de fantaisie, la Roscanvéliste imprime sa marque dans cet espace de 70 m², propice aux échanges... surtout depuis que son mari a construit une belle terrasse en bois !

"Lui s'occupe du bar. Mon truc à moi, c'est l'épicerie, j'adore ça !", sourit la commerçante. Elle essaye de s'adapter pour répondre aux besoins de la clientèle et vient d'installer un rayonnage de produits bretons, très demandés. Elle projette aussi d'étoffer la sélection de vins vendus.

Un chiffre d'affaires bien supérieur aux attentes

"Par rapport au commerce précédent, qui était plus en retrait avec moins de stationnements, on espérait minimum 20 % de mieux. Sur les six premiers mois, il y a eu 40 % de mieux !", note Bernard Copin. L'ancien restaurateur en est persuadé : l'emplacement (sur la route principale, en coeur de bourg et sur l'itinéraire qui mène à la Pointe des Espagnols) ainsi que les places de parking sont des atouts décisifs. Et aussi la multitude des services, identiques au commerce précédent : presse quotidienne régionale, dépôt de pain, épicerie, bar, tabac et bientôt bouteilles de gaz.   

Ajoutez à ça le bar à chiens construit par Hubert et les plantes aromatiques que Marie-Laure fait pousser et que chacun peut cueillir à sa guise et voici la recette du Barr Avel, un commerce rural attachant.

A Saint-Jean-Brévelay, Les Caves de Lanvaux enregistrent un nouveau dynamisme

Commerce bourg Morbihan
Aude Sirvain

Depuis un an, Quentin Ozon a repris Les Caves de Lanvaux, créées par son père Michel il y a 30 ans, à Saint-Jean-Brévelay, commune morbihannaise de près de 3.000 habitants. En plus de la vente aux particuliers, l'entreprise livre aussi aux associations les boissons et les tireuses dont elles ont besoin pour leurs événements. A la faveur d'un récent déménagement mais sans quitter le bourg, le commerce enregistre un regain d'activité.

Quentin Ozon n'avait jamais envisagé de reprendre les Caves de Lanvaux, à la suite de son père. Après un CAP en boulangerie et en pâtisserie, il travaillait déjà depuis dix ans chez des artisans quand il a rencontré des problèmes de santé. Le jeune homme a déclenché une allergie à la farine qui l'a envoyé à l'hôpital, aux urgences... et l'a forcé à trouver une autre voie. 

Un plan de revitalisation et un prêt d'honneur pour se lancer

"J'ai proposé à mon père de reprendre le commerce", raconte Quentin Ozon, 28 ans. Avec son père, Michel, 61 ans, ils sont allés demander conseil à la Chambre de commerce et d'industrie du Morbihan au sujet de cette transmission. "On a fait un premier point à Vannes avec un conseiller, auquel on a présenté l'entreprise. Puis un autre rendez-vous, à Pontivy, pour tous les dossiers administratifs et de demandes de subventions", relate Michel Ozon. Un accompagnement payant : le projet de reprise de Quentin a pu bénéficier d'une aide de 3.000 € due à un plan de revitalisation ainsi que d'un prêt d'honneur de 3.000 € de Initiative Pays de Pontivy.

Une clientèle d'associations et de particuliers

Créée en 1989, la cave à vin s'est grandement diversifiée depuis toutes ces années. Aujourd'hui, on y trouve de la bière (plus de 200 références) en bouteilles et en fûts. D'ailleurs, dès 1991, Michel Ozon a proposé aux associations morbihannaises de leur livrer les boissons et buvettes nécessaires à leurs événements (festivals, lotos, festoù noz, motocross...). Une activité qui demande "de la réactivité et de la souplesse" et que le futur retraité transmet aussi à son fils.

"Tout jeune déjà, Quentin m'aidait à installer les buvettes et les barnums. Je suis content qu'il reprenne l'entreprise à ma suite", commente Michel Ozon, qui accompagne son fils pour encore quelques temps et lui présente les différents clients.

Le commerce déménage de 200 m... et les clients reviennent !

Depuis environ un mois, les Caves de Lanvaux auparavant situées près de l'église du bourg ont déménagé... de 200 mètres. A présent installé dans un espace un peu plus grand et plus proche de son dépôt, le commerce respire et les affaires progressent. "Ca change tout, assurent Quentin et Michel Ozon. C'est un emplacement plus visible où, surtout, il est plus facile de stationner !" En effet, Michel Ozon, qui a vu d'autres commerces voisins mettre la clé sous la porte, déplore les voitures ventouses qui encombrent le centre-bourg et font fuir la clientèle. "Les particuliers représentaient 30 % du chiffre d'affaires mais cette année ça devrait être 40 %", commente Michel qui dit avoir retrouvé d'anciens clients.

Dans ce nouveau local, Quentin Ozon propose maintenant des coffrets cadeaux, avec de bonnes choses à boire et à manger, pour les particuliers et les entreprises. Profitant de la terrasse attenante, il va également organiser des soirées à thèmes. Surtout, pour répondre au mieux aux attentes des consommateurs, l'ancien boulanger va suivre une formation de caviste à l'Ecole hôtelière de Vannes.

Michel Ozon et son épouse Christine continuent quant à eux d'explorer toutes les régions de France pour en ramener des produits différents. Parmi leurs fiertés : "Du cidre bio du Verger perdu, à Elven, et de la bière de Montcuq !"

Les Caves de Lanvaux, 4, rue des Hêtres, à Saint-Jean-Brévelay