Accueil > Archives > Les enjeux du foncier en (...)

 


Les enjeux du foncier en Bretagne. La peur de manquer

Calligraphy Print

A moyen terme, il y aura pénurie de foncier en Bretagne. La pression foncière s’est considérablement renforcée ces dernières années et le rythme d’artificialisation de l’espace par l’aménagement et la construction se maintient à un rythme de 1,7% en moyenne (depuis 2006), supérieur à la croissance démographique (+0,9% sur la même période). Les projections de l’INSEE laissent supposer que le besoin d’infrastructures et de logements va rester élevé sur les 30 prochaines années, entrant en concurrence avec les usages économiques de la terre. Dans ces conditions, quelle stratégie foncière privilégier ?

 

La recherche de foncier s’apparente-t-elle à un nouveau Graal ? 

C’est l’image qui vient à l’esprit quand on découvre la quête entamée depuis 2004 par Sébastien le Bars, qui dirige le chantier naval Pichavant à Loctudy (29). Pour cette entreprise spécialisée dans la maintenance, la construction et l’hivernage de bateaux de plaisance, « le foncier est un sujet névralgique car l’entreprise est de moins en moins en mesure de répondre à une demande croissante. J’ai acheté du terrain dans une ZA mais l’opposition des riverains m’en interdit l’exploitation. Les différentes médiations n’ont eu aucun effet, le plan local d’urbanisme (PLU) a été modifié en 2006 et tout est à refaire. Comme la mairie ne bouge pas, j’ai pris mon bâton de pèlerin pour tenter de convaincre des agriculteurs de me céder du terrain. J’ai l’espoir de voir jouer la solidarité pour un projet qui défend l’emploi local ».

ACCF (29) est installé sur la zone de Kerganet à Pont Labbé et emploie 19 salariés pour l’hivernage, la construction et la réparation de bateaux de pêche, industriels et de plaisance. Comme l’explique Gwenaël Touly, « nous avons besoin de nous implanter dans la zone portuaire car on rentre des bateaux de plus en plus grands. Il y a un an, nous avons obtenu l’accord du conseil portuaire de Loctudy, renouvelé il y a quinze jours. On nous demande d’attendre fin mars car la municipalité est toujours à la recherche d’un terrain pour le traitement des boues qui se fait actuellement sur le terrain qui nous serait dédié. On s’est tourné vers le Guilvinec mais les emplacements disponibles demanderaient le transport de bateaux sur des routes trop étroites. On ne peut pas non plus aller n’importe où car le personnel qualifié ne suivrait pas. En attendant, nous sommes condamnés à trouver des solutions provisoires, c’est du bricolage qui use la patience des clients. Notre projet, c’est pourtant de l’emploi dans un métier breton et malgré tous les avis favorables, on n’avance pas ».

« Nous sommes trop à l’étroit dans le centre-ville de Quimper, nos locaux sont devenus obsolètes par rapport à notre organisation et à l’évolution du marché, explique Denis Le Saint. Grossiste en fruits et légumes, l’entreprise Le Saint est présente à Brest, Trémuzon, Vannes, Lorient, Nantes. « Nous avons une option validée pour un terrain de 20 000 m², entre l’usine Doux et un garage poids lourds. Il a fallu insister pour avoir ce terrain car nous avons des impératifs de localisation et nous voulons avoir de la visibilité. Cela fait un an qu’on attend de pouvoir s’installer. Par comparaison, je note la qualité d’accueil et d’accompagnement à la Roche sur Yon : tout a été bouclé en trois mois ! »

L’élu fait la différence

Dans ces affaires, c’est souvent le volontarisme des élus qui fait la différence. Entreprise créée en 1948 au Grand Fougeray (35), Moisdon SARL (voir portrait p 20) est spécialisée dans la collecte de céréales et emploie 9 salariés. En 22 ans son activité a décuplé (17 000 tonnes aujourd’hui). « Notre entreprise est confrontée à un double problème : nous avons besoin d’aire de stockage supplémentaire et notre siège social au Grand Fougeray étouffe, explique Jean Yves Moisdon. Pour créer une nouvelle aire, nous nous sommes installés à Messac, une commune bien desservie par les voies de circulation. Nous pouvons ainsi envisager de passer de 5 000 à 13 000 tonnes sans gros travaux supplémentaires. Une TPE a besoin de réactivité car elle décide dans l’urgence. Nous avons eu la chance d’être entendus par le président de la communauté de communes qui a accepté de détacher une parcelle de la ZA communautaire. Les entreprises ont travaillé de façon efficace : en quatre mois les bâtiments étaient prêts. Mais nous sommes arrivés sur un terrain nu et nous avons dû louer un groupe électrogène pendant six mois et rencontré pas moins de 7 interlocuteurs pour l’eau ou l’accès Internet. Les accès ont été construits au fur et à mesure que notre chantier avançait, avec des aberrations : il est impossible pour un camion de croiser un tracteur. Chaque parcelle est encadrée par un muret de pierre qu’il faudra casser le jour où la zone sera remplie... Dommage qu’on n’ait pas été consultés ».

 Le coup de pouce de l’élu a été décisif aussi pour l’imprimerie Calligraphy, passée de la ZI Sud Est de Rennes à Châteaubourg en 2007. « Nous avions envisagé une troisième extension sur un terrain libre à côté du nôtre. Mais nous avons un peu attendu et perdu cette opportunité. Rennes Métropole n’a pas pu nous proposer les deux hectares recherchés sur l’axe Rennes-Paris : la région parisienne représente la moitié de notre activité et la moitié de notre encadrement y habite. Nous avons démarché plusieurs communes dont Châteaubourg. Mme Clech, son maire, a été très réactive et a détaché une parcelle sur une ZA qui nous intéressait. Elle nous a autorisés à acheter 2 ha et à en réserver un autre, qu’on a acheté trois ans après, ce qui nous a permis d’étaler l’investissement. Nous avions anticipé le déménagement : le personnel a suivi. Nous sommes à 15 minutes de la gare de Rennes, sur l’axe Paris, avec un accès poids lourd et Chronopost. En moins d’un an, nous avons pu nous installer ».

Magazine n°212 Février-mars 2012

Clothile Chéron




le dernier numéro

Découvrez vite le dernier numéro !!

JPEG - 215.1 ko

Le palmarès des entreprises bretonnes

Découvrez la 28 ème édition du Palmarès des entreprises bretonnes : hors-série-Edition 2016/2017

Hors-Série

Les entreprises bretonnes à la conquête de l’international


Portraits