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La prime de dividendes s’impose aux entreprises de plus de 50 salariés

Bretagne économique, le 07.09.2011

Le 13 juillet, le Parlement a adopté la «prime contre dividendes» imposée par Nicolas Sarkozy aux «entreprises qui se portent bien». Elle s’impose donc aux entreprises de plus de 50 salariés qui distribuent des dividendes en hausse, et elle est assortie d’exonération de charges. Son montant en moyenne atteindra 700 euros. Elle bénéficiera au moins à 4 millions de salariés.

Interview de Patrick Caré, Président du Medef Bretagne


« Cette loi traduit surtout une méconnaissance de l’économie et des entreprises ! »


Que pensez-vous de ce projet de loi ?
C’est méconnaître totalement la réalité économique de l’entreprise !D’abord, le versement d’une prime qui vise à améliorer le pouvoir d’achat des français ne peut s’envisager que dans le cadre d’un dispositif facultatif et universel, pas d’une façon imposée. Ensuite, en limitant cette prime aux entreprises qui distribuent des dividendes, cela ne concerne qu’une minorité des salariés. Cette prime suscitera beaucoup de déceptions et de frustrations. Enfin, au Medef, on considère que le montant doit être fixé par l’entreprise en fonction de sa situation économique.


Une minorité d’entreprises verse des dividendes ?
Oui, ça concerne très peu de gens. Il faut que les dividendes augmentent pour que les chefs d’entreprise puissent verser cette prime, dans les conditions prévues par le législateur. Beaucoup d’entreprises font de l’intéressement, de la participation, qui sont mis en place et négociés avec les partenaires sociaux. Je pense que les entreprises n’ont pas besoin que l’Etat leur ordonne de verser une prime. C’est un mépris de la négociation sociale dans l’entreprise.


On sait que le tissu économique breton est constitué de PME. Quelles incidences ce projet peut-il avoir sur elles ?
Il n’y a pas plus de PME en Bretagne que dans les autres régions. Les chefs d’entreprise ne comprennent pas cette prime. Ils ont l’impression que les pouvoirs publics se substituent à eux, et entretiennent la confusion entre rémunération du capital et rémunération du travail. Cela n’a rien à voir. Les dividendes, c’est la rémunération du capital, alors que la rémunération du travail, c’est le salaire. Je pense que le danger, c’est que cette prime soit un frein à l’investissement. Vous savez que pendant la crise, beaucoup de personnes ont aidé les entreprises, soit en injectant des fonds dans les PME, soit en ne touchant pas de dividendes. Aujourd’hui, ils ont donc investi, soutenu ces entreprises, et alors que certaines s’en sortent, ils ne vont pas pouvoir se rémunérer de l’investissement qu’ils ont fait et du risque qu’ils ont pris !


Est-ce que faire des dividendes signifie qu’une entreprise est riche ?
Le versement de dividendes répond à plusieurs critères. Ce n’est pas uniquement par rapport au résultat ou à la performance de l’entreprise, contrairement à ce qui avait été instauré avec l’intéressement ou la participation. Ce n’est pas un signe de richesse. C’est juste la rémunération d’un capital engagé dans l’entreprise, par quelqu’un qui a investi une partie de son patrimoine ! J’ai vérifié la rémunération moyenne pour les entreprises du CAC 40, elle est de 3,6 %. Compte tenu du risque, on ne peut pas dire que ce soit excessif.


Donc pour vous, cela n’a rien à voir avec une augmentation de salaire ? Sachant que l’objectif de la prime salariale, avancé par Nicolas Sarkozy au départ, était d’augmenter le pouvoir d’achat des salariés ?
Non. C’est une prime qui dépend de l’évolution des dividendes. Son existence est remise en cause chaque année. Elle n’a pas un caractère automatique. Elle est aléatoire.


Est-ce que vous trouvez que ce projet de loi répond à l’idée d’une règle des « trois tiers » (3 parts égales aux actionnaires, salariés et à l’investissement) demandée au départ par Nicolas Sarkozy en 2009, en plein cœur de la crise économique ?
Cette loi ne correspond pas à grand-chose, car elle traduit surtout une méconnaissance de l’économie et des entreprises ! La valeur ajoutée des entreprises est affectée aux deux tiers au paiement des salaires, et le reste sert à financer les charges de fonctionnement de l’entreprise, les impôts, les taxes qui sont très élevées en France, les investissements, et en dernier les dividendes. Cette règle des trois tiers fait fi de la réalité historique des entreprises, de leurs différences… Pourquoi imposer la même règle pour toutes les entreprises ? On a encore du mal aujourd’hui à donner aux responsables politiques une culture économique de l’entreprise.


Que pensez-vous de l’écart qui se creuse entre les hauts et les moyens salaires, et si le Medef semble hostile à ce projet de loi, quelles sont ses propositions ou pistes de réflexion ?
Il y a en effet des patrons de grosses entreprises qui ont des rémunérations qui ont évolué très vite, mais cela ne concerne qu’une extrême minorité. Si on écrêtait les 200 premiers salaires en France, on verrait que l’écart n’est pas si important que cela. Le pouvoir d’achat dépend de causes étrangères à l’entreprise, telles que la faiblesse de notre croissance économique, les prélèvements sociaux qui grèvent les salaires nets versés etc. Avec cette prime, on augmente le pouvoir d’achat de certains salariés, mais à court terme ! Cela va altérer la compétitivité des entreprises françaises.


Combien d’entreprises bretonnes sont concernées par cette prime ?
Peut-être entre 5 et 10 000 entreprises, mais c’est très difficile à évaluer.


Anny Letestu
N° 209 septembre 2011

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