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Financement participatif ou crowdfunding : un outil efficace pour lever des fonds ?

Bretagne économique, le 04.12.2013

Les sites de financement participatif, ou crowdfunding, fleurissent sur Internet. Très répandu aux Etats-Unis, cet outil émerge doucement en Bretagne et en France. Les exemples de succès sont rares, la faute à un cadre législatif jusqu’ici encore flou.

Le grand public a découvert le financement participatif dans le domaine culturel avec Grégoire. Ce chanteur a été propulsé sur le devant de la scène grâce à l’argent des internautes de Mymajorcompany. Ses fans ont anticipé le succès de l’artiste et récupéré une commission sur ses ventes d’albums. Des sites comme Ulule, Kisskissbankbank, ou les Bretons d’Octopousse (racheté en juillet par Ulule) ont aussi contribué au financement de projets citoyens grâce aux dons des particuliers. Les Petites et moyennes entreprises (PME) peuvent également bénéficier du financement participatif, appelé en anglais crowdfunding. Le potentiel de croissance est important. La France figure parmi les pays d’Europe qui épargnent le plus. Les sommes récoltées restent pourtant sans communemesure avec les Etats-Unis : 40 millions d’euros ont été levés en 2012 contre 1,6 milliard de dollars aux Etats-Unis. Depuis plusieurs mois, les lancements de sites dédiés au financement des PME se multiplient : Anaxago, Financeutile, Wiseed, Smartangels, Happy capital, Zentreprendre…Parfois ouverts très récemment, ils attirent souvent des start-up innovantes à la recherche de fonds inférieurs à 1 million d’euros pour amorcer leur activité. Les internautes prennent alors une participation au capital et attendent un retour sur investissements dans les années suivantes. Les plateformes cherchent à les soutenir dans la phase d’amorçage. “C’est le moment le plus risqué, donc celui où les porteurs de projets trouvent plus difficilement des fonds”, témoigne François Carbone, directeur général d’Anaxago, une plateforme nationale ayant financé pour le moment huit entreprises. Les exemples de succès sont encore rares. Un des pionniers du financement participatif pour les PME est Wiseed, créé en 2009. Il n’a jusqu’ici financé qu’une seule entreprise en Bretagne, NewWind (lire cidessous). Comment l’expliquer ? “Il y a une question dementalité. Aux Etats-Unis, les gens aiment prendre des risques en investissant dans des entreprises. En France, le particulier préfère placer son argent dans un livret au rendement assuré”, analyse son fondateur, Thierry Merquiol. En Bretagne, le financement participatif est encore plus timide qu’ailleurs. “On reçoit cinq à dix demandes de projets par jour en France, mais très peu en Bretagne. J’ai dumal à l’expliquer. Peut-être qu’on n’a pas assez communiqué là-bas”, poursuit-il.



Autre explication au retard français : le cadre législatif, encore flou, a jusqu’ici ralenti le développement de la filière. La ministre en charge du numérique, Fleur Pellerin, a annoncé le 31 septembre des mesures pour clarifier l’environnement dans lequel les plateformes de financement évoluent. Un statut spécifique de conseiller en investissement participatif va être créé. Il permettra aux sites de financement de ne plus faire face aux mêmes contraintes que les banques, notamment en termes de fonds propres. “Le cadre législatif n’était pas clair et nous avions une épée de Damoclès au-dessus de la tête”, témoigne Joachim Dupont, cofondateur d’Anaxago. Néanmoins, le seuil maximal de 150 personnes autorisées à prendre une participation dans une entreprise demeure. Par ailleurs, ces financements collectifs soulèvent des questions, mises en lumière par le Lorientais Bruno Le Jossec, administrateur de Bretagne Sud angels, un business angels : “Quand vous avez deux ou trois investisseurs, ça va. Mais lorsque 50 000 euros sont apportés par 20 à 30 personnes, c’est beaucoup plus compliqué pour mettre tout le monde d’accord lors des décisions stratégiques prises en conseil d’administration. Quelques années plus tard, lorsque ces entreprises vont démarcher des fonds d’investissements, la composition du conseil d’administration est regardée de près.” Le Morbihannais s’interroge aussi sur l’existence de pactes d’actionnaires dans ces entreprises. “Est-ce que tous les cas de figure sont prévus, notamment les cas de décès d’un actionnaire ?”



Le fondateur du site Wiseed l’a bien compris. Lorsqu’un projet est financé, il créé une holding spécifique pour entrer au comité stratégique de l’entreprise. Dans le cas de New Wind, un mandataire a été choisi parmi les 80 investisseurs. Il s’agit du fondateur de Wiseed, ThierryMerquiol. Difficile d’avoir du recul sur cette manière de fonctionner, que seuls les sites Wiseed et Financeutile ont adoptée pour le moment. En attendant, de nombreux porteurs de projets observent ce mode de financement en croissance. La start-up rennaise RS Collab développe actuellement un intranet nouvelle génération. Ses dirigeants se sont inscrits sur le site Fundme “pour avoir de la visibilité sur le net et se faire connaître des investisseurs lorsqu’on aura des besoins”, indique Mehdi Benyounes, le directeur général. Mais pour des sommes supérieures au million d’euros, les fonds d’investissement restent il est vrai largement privilégiés. Pour démarrer son activité, Localismarket, un site lorientais de mise en relation des petits commerçants avec les particuliers, a par exemple trouvé son bonheur auprès des business angels. “On aurait pu utiliser le crowdfunding au début, mais c’est encore tellement flou qu’on a privilégié d’autres moyens”, indique Christophe Fournier, son cofondateur.



François Neliaz



Bretagne Economique N°224 Octobre-Novembre 2013

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