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Réseau des CCI de Bretagne : « Ensemble, nous avons des atouts pour être compétitifs et créatifs au service des entreprises »

Véronique Maignant, le 20.12.2018

Entretien avec Jean-François Garrec, président de la CCI Bretagne.

 

Comment se porte l’économie bretonne ?

La croissance de l'activité a fortement accéléré en 2017 en Bretagne, de l'ordre de 5%. Des secteurs en grande difficulté depuis quelques années, comme le BTP, sont repartis. Même tendance positive dans l'industrie, qui détruisait des emplois depuis longtemps. Si cette reprise d'activité dans l'industrie et le BTP est récente, les services marchands, à l'image du tertiaire, ont continué de faire la course en tête. Corollaire de cette reprise d’activité, le chômage recule. Il est passé de 8,6 % en 2016 à 7,4% fin 2017 et demeure le deuxième taux le plus faible des 13 régions métropolitaines, derrière celui, très proche, des Pays de la Loire (7,3 %). Autre signe de cette bonne santé de l'économie bretonne, la Banque de France pointait en juillet dernier une baisse entre 10 et 15% du nombre d'entreprises défaillantes en 2017. 

Cette tendance très favorable, s’est-elle poursuivie en 2018 ?

On a sans doute atteint un point haut en 2017Les difficultés de recrutement, en particulier dans les secteurs de l’agroalimentaire, des transports et du BTP pèsent sur l’activité des entreprises bretonnes. Si l’investissement et l’emploi maintiennent une bonne dynamique, le chiffre d’affaires et la rentabilité décélèrent. L’enquête de conjoncture1 menée auprès des chefs d’entreprise bretons courant juin 2018, confirment ce ralentissement : 38,8% des chefs d’entreprise interrogés ont observé une amélioration de leur chiffre d’affaires sur le 1er semestre contre 42,2% fin 2017. Cela se traduit par un solde d’opinion en recul de 8 points. La tendance est la même concernant leur rentabilité : 25,5% ont déclaré une baisse au 1er trimestre 2018, soit une augmentation de 4,9 points de leur nombre.

>> Commander le Palmarès des entreprises 2018-2019, soit en version numérique (téléchargeable ensuite depuis votre compte sur Bretagne-Economique.com), soit la version papier

 

Au sein du réseau des CCI, quels temps forts ont marqué l’année 2018 ?

Nuits de l’orientation, Open de l’international, Open de l’Industrie, Crisalide Numérique, ou encore les Trophées de l’innovation 56. Ces évènements récurrents réunissent à chaque édition plusieurs centaines d’entreprises et jusqu’à un millier, avec l’impulsion des équipes des CCI réparties sur tout le territoire et de leurs partenaires. Ils donnent un vrai coup de pouce à des projets bretons innovants. C’est une des mille et une façons d’accompagner ces entrepreneurs qui le méritent véritablement. Ces événements sont aussi des lieux de rencontres et de business où naissent et mûrissent les bonnes idées à travers les rendez-vous B2B organisés, très souvent, par CCI Innovation. Je pourrais aussi vous parler de Crisalide Industrie, porté par Créativ. Les premiers trophées ont été décernés pour la première fois en juillet dernier. Ils valorisent les PME industrielles bretonnes qui innovent. Et leur offrent un accompagnement dans un parcours sur mesure. Cette liste n’est pas exhaustive mais montre à quel point l’année 2018, malgré un environnement incertain, a été intense pour toutes les équipes bretonnes en place au sein des CCI.

Quel sentiment prédomine chez les présidents des CCI bretonnes suite à la confirmation par l’Etat de la baisse drastique de vos ressources sur 4 ans ?

Nous pouvons comprendre que la contribution des entreprises à la dépense publique soit amoindrie. Nous savons que, dans les transitions que vivent notre monde et notre économie, l’action des CCI doit être revue et adaptée. Mais la parole de l’Etat engage. Aussi ne suffit-il pas d’une excuse d’un ministre disant qu’il s’était trompé pour justifier de telles choses. Les élus consulaires s’impliquent bénévolement, dans l’intérêt général ; ils méritent mieux que cette parole donnée, reprise quelques mois après. Traiter ainsi les corps intermédiaires contribue à décrédibiliser l’Etat tout entier et l’action publique, ce qui n’est pas ce que nous souhaitions. Nombre d’entre nous ont envisagé de démissionner, considérant que la confiance était rompue. Toutefois, pour le moment, domine l’esprit de responsabilité vis-à-vis de nos mandants et des 2 000 collaborateurs en Bretagne.

Parallèlement aux questions financières, d’autres réformes touchent directement les chambres de commerces. Quelles sont-elles ?

Tout d’abord la réforme sur la formation professionnelle et l’apprentissage, qui rentre en vigueur dès 2019. La formation est une mission historique des chambres, à travers les centres de formation par l’apprentissage, la formation continue, les écoles d’enseignement supérieur. Elle correspond à la volonté de répondre au mieux aux attentes des entreprises dans les compétences requises pour leur compétitivité. La libéralisation de l'apprentissage, en particulier la suppression des OCTA nous inquiète.   Elle aura pour conséquence directe d’ôter toute liberté d’affectation des fonds par les entreprises aux CFA ou écoles de leur choix.  Avec cette réforme, nous constatons également une centralisation au niveau national des fonds libres jusqu’ici gérés par chaque région, au risque de fragiliser les territoires ruraux. Nous resterons attachés à cette dimension que la nouvelle loi tend à négliger

Quels sont les autres impacts sur votre organisation ?

Plusieurs dispositions du projet de loi PACTE2, modifient l’organisation du réseau. Ainsi, CCI France se voit renforcée dans son rôle de tête de réseau, chargée de répartir la ressource fiscale entre les CCI de région. Elle détient désormais un rôle directif sur les actions des CCI dans les territoires et négociera chaque année avec l’Etat un contrat d’objectifs et de performances afin de déterminer l’utilisation de la ressource fiscale. Ce contrat sera lui-même décliné au niveau régional par les CCI de région. L’Etat entend ainsi encadrer à l’avenir les missions qui seront financées par la ressource fiscale, nous laissant libres pour les autres et leur financement. Globalement, la loi PACTE renforce la logique de contrat entre l’Etat et les CCI et nous conduit à rechercher la facturation de leurs services

Quelles seront vos priorités en 2019 ?

Les réformes engagées par le Gouvernement sur la formation, les entreprises, la dépense publique et les CCI bouleversent le modèle économique des chambres consulaires. Face à ces mutations, le réflexe du repli sur soi ou sur les certitudes du passé sont contre-productives et accélératrices du déclin. Au contraire, la réflexion et l’action s’enrichissent du « faire ensemble ». Je m’attache ainsi, dans les travaux lancés depuis cet été dans le réseau consulaire breton, outre à préserver et renforcer la dynamique collective, à faire travailler ensemble les chambres, les institutions, les acteurs économiques. Nous avons de nombreux atouts, nous possédons des compétences qui nous permettront d’opérer les changements nécessaires et d’être pleinement compétitifs, aujourd’hui et demain.

1 Enquête de conjoncture réalisée par la CCI Bretagne

2 La loi Pacte (Plan d'action pour la croissance et la transformation des entreprises) a été adoptée le 9 octobre par l’Assemblée nationale. Elle doit encore passer devant le Sénat


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