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Les entreprises doivent-elles s’équiper de voitures électriques ?

Bretagne économique, le 27.06.2012

Le coût d’achat et l’autonomie des batteries dissuadent plus d’un entrepreneur de s’équiper de véhicules électriques. La voiture « propre » peut toutefois convenir à certains usages professionnels, notamment aux trajets courts en milieu urbain ou prédictifs.

Voilà un marché qui roule encore avec le frein à main. Les ventes de voitures électriques restent poussives. Entre janvier et avril 2012, 854 véhicules utilitaires et 1594 voitures particulières ont été achetés en France, selon les chiffres du Comité des constructeurs français. Et encore… Les résultats sont dopés par le lancement d’Autolib’, à Paris.


Amorphe, le marché de la voiture électrique ? Rares sont les entrepreneurs qui osent passer la première. Le véhicule propre pâtit de deux défauts majeurs qui s’avèrent souvent rédhibitoires : son prix et l’autonomie des batteries. Par exemple, la C-Zéro de Citroën vaut, avec sa batterie, 29 500 euros. Sans la batterie, elle coûte 23 300 euros. Mais il faut la louer au prix de 95 euros par mois pendant 48 mois. Côté autonomie, il est possible de parcourir au maximum 160 kilomètres en une charge. Les constructeurs ne se sont pas mis d’accord sur la conception d’une borne commune. Pas l’idéal pour recharger son véhicule…


« La voiture électrique peut être adaptée aux besoins des sociétés, notamment pour les trajets prédictifs », tempère Philippe Brindel, président de l’Observatoire du véhicule d’entreprise. Pour ces parcours, l’obstacle de la faiblesse des batteries peut être franchi. Reste l’épineuse question du coût. Celle-ci s’avère difficilement contournable. Pas étonnant, dès lors, de constater que ce sont des grands groupes et des collectivités locales qui se sont lancés les premiers. Exemple type : La Poste. La société anonyme à capitaux publics s’est équipée de 22 Citroën Berlingo décarbonnées pour les tournées de certains facteurs à Rennes et Quimper. Veolia eau Ouest a suivi le même raisonnement à Saint-Malo. Le groupe a doté ses techniciens chargés de changer les compteurs d’eau, de six véhicules électriques. Le Crédit agricole, à Rennes, a également acquis six véhicules pour des parcours brefs.


Malgré la barrière du coût, des PME aux reins solides acceptent de prendre en charge le surcoût de la location d’un véhicule électrique par rapport au thermique. C’est le cas de SDMO, à Brest (lire ci-dessous). Mais aussi du groupe Guisnel, basé à Dol-de-Bretagne (35). Il a acquis un camion de 5,5 tonnes pour 100 000 euros. Peu de chances de le voir sur les routes bretonnes en revanche puisque le « bolide » est dédié à son agence de Lyon. Les entreprises « chanceuses » de la capitale bretonne peuvent bénéficier des aides de Rennes Métropole. La collectivité offre une subvention de 5 000 euros à l’achat. Un bonus qui a aidé Les Triporteurs rennais ou le syndicat Lecomte à acheter leur voiture. L’ensemble de ces sociétés voit également dans le choix de la voiture « propre » un argument de communication.


D’autres petites entreprises sautent à pieds joints à bord du véhicule électrique, en assumant à la fois le coût et la faible autonomie. Souvent, des petits patrons aux convictions bien trempées en sont à l’origine. L’exemple type est Erwann Le Bihan, dirigeant de la compagnie Azenor, qui propose des croisières en rade de Brest et vers la presqu’île de Crozon. Il a acquis deux quadricycles électriques Renault Twizy. « Demain, on y viendra tous », assure-t-il. Ses petites automobiles biplaces ne constituent pas ici un outil de travail indispensable, mais un choix presque militant. Elles servent simplement aux quatre salariés pour les déplacements pendulaires ou pour effectuer quelques courses. Avec les mêmes convictions chevillées au corps, plusieurs entrepreneurs ont également créé leur agence de location ou revente de véhicules électriques. A Brest, Alessandrello Salvatore a lancé en février Lov’Ioù, avec deux autres personnes. A La Mézière, Olivier Launay travaille seul à bord de son entreprise, Eco Attitudes, depuis un an et demi. « C’est très difficile avec les particuliers, mais les affaires marchent un peu mieux avec les entreprises », assure-t-il. Urbanelec, dont le siège est à Nantes, vient également d’ouvrir une antenne pour louer et vendre des voitures à Lorient.


Le signe d’un engouement naissant autour de l’électrique ? Il est encore tôt pour le dire. Pour que ce ne soit plus l’affaire de quelques dirigeants aux convictions bien trempées ou de grands groupes, « il faudra que des prix baissent », estime Philippe Brindel. Nissan a annoncé en mai qu’il allait commercialiser prochainement un véhicule utilitaire électrique. Un premier pas vers une concurrence propice à une baisse des tarifs ? Réponse dans les prochains mois.


François Neliaz


Bretagne Economique Juin-Juillet-Août 2012


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