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Côtes d’Armor : « Breizh Fab » et « L’Industrie du Futur » au service du recrutement

Armand Jumel, le 30.10.2018

Imaginé pour transformer le modèle industriel français par le numérique, le programme « Industrie du Futur » se révèle également un levier pour répondre aux besoins de main-d’œuvre du secteur. Une dynamique que les acteurs bretons ont souhaité prolonger, et renforcer, dans le dispositif Breizh Fab.

Parole d'élu


« L’Industrie du Futur et Breizh Fab sont deux outils au service non seulement des grands groupes mais surtout du tissu de TPE/PME qui constitue le socle industriel breton. L’un des objectifs est de favoriser une entrée encore plus forte des nouvelles technologies dans les usines afin de modifier l’activité industrielle, le partage des données et plus largement l’organisation humaine. Cette nouvelle vision aura pour conséquence de rendre les entreprises bretonnes plus attractives à terme. Il est plus facile de se vendre aux candidats quand on déploie un projet ambitieux avec des outils modernes. »

Thierry Troesch
Président de la CCI 22 et ambassadeur de l’Industrie du Futur pour la Bretagne

Confrontée à une pénurie de main-d’œuvre, l’industrie bretonne peut compter sur de nombreux dispositifs, lancés depuis 2016, pour améliorer son pouvoir de séduction, notamment auprès des jeunes générations. Pensé comme un outil au service de la transformation du secteur par le numérique, le programme « Industrie du Futur » s’inscrit également comme une possibilité offerte aux industriels pour « mieux se vendre » auprès des candidats potentiels.

« L’appétence des jeunes pour les nouvelles technologies est une réalité et force est de constater que le fossé est grand entre leur usage du numérique et celui pratiqué dans l’industrie, précise Jean-Marc Thouelin, pilote « Industrie du Futur » dans le cadre du dispositif Breizh Fab. Si l’objectif premier était de garantir des gains de compétitivité, via une transformation numérique des usines et des ateliers, le développement, le déploiement et l’usage de nouveaux outils permettent de proposer des projets industriels beaucoup plus modernes et séduisants aux futurs embauchés. »

 

Aller chercher des compétences ailleurs

Conscient de cet enjeu, les partenaires du collectif Breizh Fab ont placé cette question du recrutement comme l’une des ambitions centrales d’un dispositif qui s’inscrit dans le prolongement naturel de « L’Industrie du Futur ». « Cette thématique n’est d’ailleurs pas inscrite comme l’un des 20 défis à relever car elle est appréhendée comme un fil rouge stratégique tout au long du processus d’accompagnement, précise Franck Daniel (photo), pilote Défis sur-mesure Breizh Fab. Depuis le lancement du programme en avril 2018, la vingtaine de PME costarmoricaines engagées a pu mesurer, de manière induite, que son capital sympathie, en interne ou en externe, évoluait grâce à cette approche globale. Cela passe par exemple par une meilleure qualification des postes recherchés ou une définition plus juste des projets industriels mis en œuvre. »

Pour Jocelyne Madec, président de l’Uimm Bretagne, « l’industrie doit s’adapter de plus en plus vite aux cycles de développement. En modernisant ses pratiques et ses usages, nous devenons du coup force de proposition. Toutefois, pour poursuivre cet élan et gagner la compétition internationale, il faut le faire savoir aux jeunes générations. En 2018, nous comptons plus de 2 000 apprentis dans nos différents centres de formation. C’est un nombre en forte hausse depuis 5 ans mais qui ne permet toujours pas de répondre aux besoins de tous les métiers en tension. Il nous faut aller chercher des compétences ailleurs. »

 

Le numérique et au-delà

En se donnant les moyens d’être plus visible pour donner envie de la rejoindre, l’industrie bretonne est aussi consciente qu’il lui faudra, pour se différencier, aller au-delà des arguments usuels de l’innovation technologique, du traitement salarial ou de la conquête de nouveaux marchés à l’international. « L’enjeu de la fidélisation de ces jeunes populations, très courtisées, est central, confirme Thierry Troesch, président de la CCI 22 et ambassadeur de l’Industrie du Futur pour la Bretagne. Tout comme celle de la fidélisation de nos collaborateurs actuels qu’il ne faut pas oublier. Notre secteur va devoir mettre en place de nouvelles formes de relations humaines avec davantage de reconnaissance, de liberté, d’ambition collective, voire de partage de pouvoir. C’est une mutation forte et nécessaire, aussi importante que l’entrée du numérique dans nos entreprises, pour réussir sur le long terme. »

 

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13

Entreprises des Côtes-d’Armor ont participé au premier volet du programme « Industrie du Futur ».  

11,5

jours d’accompagnement individuels et collectifs sont proposés aux entreprises qui participent au programme « Industrie du Futur ».

8

Partenaires, issus de l’Alliance « Industrie du Futur », ont prolongé l’accompagnement en Bretagne via le programme « Breizh Fab ». Il s’agit de la Région Bretagne, des services de l’Etat, du Cetim, de l’Uimm Bretagne, de la CCI Bretagne, de l’Institut Maupertuis, de la Fédération des industries mécaniques et de Plasti Ouest. D’une durée de 3 ans, Breizh Fab est doté d’un budget de 4 millions d’euros.
 

TÉMOIGNAGES

Polymécanic : « Nous avons pu recruter une responsable performance industrielle »

Armand Jumel

Engagée depuis un an dans le programme « Industrie du Futur », Françoise Roinard, dirigeante de Polymécanic à Loudéac, confirme que le dispositif lui a permis d’améliorer l’organisation technique de l’entreprise avec, notamment, la création d’une poste de responsable de la performance industrielle.

En reprenant Polymécanic et ses deux sites de production de Loudéac et Pontivy en 2003, Françoise Roinard a vite compris le potentiel de cette entreprise de mécanique de précision où l’agilité est cultivée au quotidien. « Spécialisés dans la mécanique de précision, nous sommes historiquement positionnés sur le marché de la pièce métal unitaire, notamment dans les travaux d’urgence pour l’industrie agroalimentaire. » La PME costarmoricaine n’a pas hésité à investir massivement ces cinq dernières années pour aller chercher des marchés de diversification. « Nous avons acquis un centre d’usinage 5 axes, unique en centre-Bretagne, qui nous permet désormais de réaliser des pièces techniques à forte valeur ajoutée ou des prototypes pour d’autres secteurs industriels. »

 

De l’ERP au profil qualifié

Quand la possibilité s’est présentée en 2017 de rejoindre le programme « Industrie du Futur », Françoise Roinard n’a pas hésité un instant. « Il était nécessaire de bénéficier d’un accompagnement pour structurer notre organisation. À raison de 11 journées de travail, un consultant extérieur est venu réaliser un diagnostic de notre fonctionnement interne, suivi d’un accompagnement individualisé. C’est un processus assez déstabilisant mais enrichissant car il remet en cause nos certitudes. » L’analyse a notamment pointé le besoin de l’entreprise de se doter d’un ERP de gestion plus efficace. « Dans le prolongement, nous avons acté l’embauche d’une responsable de la performance industrielle pour piloter ce chantier. »

 

Un projet qui séduit

Après quelques mois de recul, Françoise Roinard confirme que cet accompagnement a été bénéfique pour Polymécanic (1,2 million d’euros de chiffre d’affaires, 16 salariés). « Nous avons pu mieux qualifier nos besoins. En recherchant un profil ingénieur, l’entreprise est aussi devenue plus attractive. Je n’ai, certes, pas eu pléthores de candidatures mais la jeune fille qui nous a rejoints a été emballée par notre volonté de faire franchir un cap à Polymécanic. Je constate ce même engouement vis-à-vis des postes en atelier où les personnes recrutées sont séduites par un projet attractif. »

Programme industrie du Futur

Arcanne Constructions : « Nous avons mieux qualifié nos fiches de postes »

Armand Jumel

Spécialisée dans la conception et la construction de bâtiments pour l’élevage, Arcanne Constructions à Lamballe est l’une des premières entreprises à avoir bénéficié du programme « Industrie du Futur » en Côtes-d’Armor. Son dirigeant, Loïc Gallo, confirme que le dispositif a modifié l’organisation globale de sa PME.

Dans le courant de l’année 2016, Loïc Gallo prend connaissance, via les réseaux sociaux, de l’existence du programme « Industrie du Futur ». Dans une recherche constante de faire progresser sa PME et ses collaborateurs, le patron d’Arcanne Constructions n’hésite pas à se lancer dans l’aventure. « Nous avions besoin d’un regard extérieur sur notre fonctionnement, notamment au niveau de l’organisation de la production. Un consultant est venu plus d’une dizaine de fois à Lamballe pour une analyse exhaustive des forces et faiblesses de la société. »

 

Une vision globale de l’entreprise

Spécialisée dans la conception et la construction de bâtiments pour l’élevage, Arcanne (8 millions d’euros de chiffre d’affaires, 47 salariés) ne retire que du positif de cet accompagnement sur-mesure. « Nous avons fait évoluer, moi le premier, notre vision de la partie production. D’une stratégie d’amélioration constante, mais ciblée sur un poste ou un service, nous sommes passés à une vision globale avec des processus bien définis qui impacte le collectif. »

Cette démarche a notamment amené Loïc Gallo à doter la société d’un nouvel ERP de gestion, en cours d’installation, garantissant un lien fiable et efficace entre l’atelier, les achats, le service commercial. « Nous sommes très optimistes sur le fait que nous tirerons des gains en matière de performance, de rentabilité, de clairvoyance dans la conduite des projets innovants mais aussi d’image projetée vers l’extérieur. »

 

Se faire mieux comprendre par les candidats

Loïc Gallo confirme en effet que le dispositif « Industrie du Futur » lui a permis, dans son processus de recrutement, de mieux définir et qualifier ses fiches de postes. « Nous déterminons désormais mieux nos besoins en ressources humaines. Grâce à cette vision plus claire et précise de là où Arcanne Constructions veut aller, nous arrivons à mieux nous faire comprendre des candidats. Je pense notamment au bureau d’études où nous allons avoir des besoins grandissants dans les années à venir. Il est essentiel de leur présenter un projet clair et ambitieux. »

 

Programme Industrie du Futur