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Céline Ferrier, femme officier, capitaine de remorqueurs au port de Saint-Malo

Publication : 09-02-2011
Crédit photo : Pascal Tounaire
Crédit photo : Pascal Tounaire

Après avoir bourlingué sur toutes les mers du globe, Céline Ferrier a posé ses bagages depuis quatre ans dans le port de Saint-Malo. Capitaine chargé des remorqueurs, elle est aussi l’une des très rares femmes ayant pu partir à la Grande pêche. Elle envisage déjà son futur retour à bord.

Responsable du remorquage dans le port de Saint-Malo, Céline Ferrier, 38 ans, n’a jamais abordé ses choix professionnels en fonction de son sexe : “j’aimais la voile et bricoler avec mon père. J’avais été Scout marin. Après un bac littéraire à Marseille, j’ai passé le concours de la Marine marchande pour devenir mécanicien. Au départ, ma mère n’était pas ravie, la conseillère d’orientation m’a fait valoir que je serai la seule fille de ma promotion. Moi, je m’intéressais aux matières enseignées, pas au fait d’être la seule fille dans une classe de garçons.” Pour trouver ses premiers stages, la jeune fille a d’abord suivi l’exemple des anciennes de l’école et s’est adressée aux compagnies de ferries, des entreprises qui, comme les porte-conteneurs, sont traditionnellement plus ouvertes aux femmes que les autres secteurs de la profession. Au fil du temps Céline acquiert une plus grande habileté dans sa façon de se présenter. “Pour valider ma formation, il me fallait effectuer deux ans de navigation. J’ai dû faire preuve de persévérance mais aussi d’une bonne dose de ruse et d’un sacré culot pour réussir à signer des embarquements. Il m’est arrivé plusieurs fois de m’entendre appeler “Monsieur” par mon interlocuteur au téléphone.”

“Pas de femmes chez nous”
“Je voulais avoir une expérience dans la grande pêche, pour l’intérêt du poste et pour ajouter une ligne sur mon CV. J’ai essuyé de nombreux refus de principe comme à la Compagnie des pêches à Saint-Malo qui ne voulait “pas de femmes chez nous”. J’ai appelé toutes les semaines après un rendez-vous où mon interlocuteur avait fait de multiples tentatives pour me décourager (le mauvais temps, la pénibilité du travail...).” Arc-boutée à son projet, le futur mécanicien devait absolument trouver un emploi. “J’ai donc pris un poste à bord d’un ferry et j’ai réussi à faire admettre à son capitaine que je quitterai le navire le jour où je serai appelée par la Compagnie des pêches. Il a accepté et m’a laissé partir quand j’ai eu enfin une réponse positive. La pénurie de personnel qualifié a sans doute contribué à faire changer d’avis ses interlocuteurs qui ont fini par accepter une candidature si déterminée.” Céline fait une campagne de deux mois en 1996 à bord de la “Grande Hermine”, l’un des deux derniers navires affrétés pour la grande pêche. Elle en a été la première et la seule femme officier. “L’expérience a été concluante, même si j’ai compris que ce n’était pas le métier que je voulais exercer. Pour un officier, les conditions de vie à bord sont confortables (chambre individuelle, service à table...), on peut très bien garder une certaine distance si on le souhaite. Cela n’a rien à voir avec l’ambiance des régates, c’est du travail mais comme on est payé à la part de pêche, il peut y avoir certaines tensions. La moindre faille de caractère est exploitée et les conditions de travail soumettent l’équipage à une épreuve permanente. C’est ce que j’ai voulu raconter dans un ouvrage co-signé avec le photographe Teddy Seguin : “A virer ! la grande pêche aujourd’hui.”

Des pôles aux Antilles
Le jeune officier avait sous ses ordres un homme plus âgé et réputé pas facile. “En fin de compte, il s’est montré très paternel et fier de pouvoir dire que ça s’était bien passé avec moi. » Ensuite, Céline fait du convoyage, participe à une saison de pêche aux Antilles. Elle assure le poste de capitaine du “Tara”, le navire d’exploration scientifique avec lequel elle navigue d’un pôle à l’autre pendant un an. Sans aucun problème à bord, au sein d’une équipe scientifique mixte. “En janvier 2000, la Compagnie des pêches m’a rappelée et j’y ai exercé mes responsabilités de capitaine pendant cinq ans. Et puis j’ai eu envie de me poser un moment. J’avais multiplié les embarquements et vécu des expériences de travail particulièrement riches mais je désirais retrouver une vie sociale et culturelle plus classique. J’ai donc assuré d’abord un remplacement puis assumé définitivement le poste de capitaine chargé des remorqueurs au port de Saint-Malo. Ce n’est pas un renoncement, mais plutôt le “caviar” du métier pour moi qui adore les manœuvres. J’y suis depuis quatre ans. J’ai acheté une maison, fait des travaux. J’attends mon premier enfant. La maternité est un choix délibéré. Compte-tenu de mon rythme de travail (deux semaines d’astreinte, une semaine de repos), il va falloir trouver des modes de garde atypiques. Je suis confiante : j’ai toujours trouvé des solutions.”

Clotilde Chéron
N° 204 décembre 2010-janvier 2011




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