Accueil > Archives > Les laboratoires de prothèses

 


Les laboratoires de prothèses dentaires confrontés à la concurrence internationale

A l’instar de bien des secteurs économiques, le marché de la prothèse dentaire évolue avec une production planétaire qui ouvre grand la mâchoire… Quand des tours operators ne proposent pas le package sea, sun and teeth*  ! De quoi y laisser ses dents ? La réponse avec des professionnels bretons* au moment où le cluster régional A l’Ouest Des Dents disparaît !

 

Bretagne Economique

L’apparition de puissants réseaux de vente à la démarche intégrée (production/marque propre) qui vise à inonder un marché « mondial » impacte-t-elle votre activité ?

Jean Trenit (Laboratoire à Vannes, 2 salariés)

En ce qui me concerne, non, car je suis passé dans le numérique et que je me positionne sur l’implantation haut-de-gamme, d’où une proximité importante avec le client. Mais je confirme qu’il existe une véritable concurrence qui vient surtout de certains chirurgiens-dentistes français capables de poser n’importe quoi à n’importe quel prix ! En achetant une couronne à 20 euros pour la revendre à 70, la marge n’est pas la même que lorsqu’ils l’achètent à 5 euros ! Ils s’approvisionnent via des boites aux lettres françaises de sociétés basées en Turquie, en Inde, en Corée ou encore aux Philippines qui fabriquent « à pas cher ». Vous avez donc un bureau d’envoi, où les expressistes vont déposer leurs colis qui partent en Inde ou en Turquie… et 3 jours plus tard, tout leur revient fini !

Glen Kervella (Laboratoire à Loudéac, 7 salariés)

Oui, c’est clair, cette menace existe, même en Bretagne ! On voit en effet des cabinets dentaires qui travaillent avec ces boîtes aux lettres basées en région parisienne voire sur Nantes !

Aujourd’hui, on dénombre entre 70 à 80 laboratoires en Bretagne. L’impact de cette concurrence se traduit ainsi : les patrons n’embauchent plus comme ils le voudraient, des entreprises ferment en raison de retraites certes mais aussi de baisse d’activités, tandis que d’autres ont toujours besoin de travailler dans ces conditions. La seule différence, c’est que les gens qui s’installent ne savent pas calculer un coût de fabrication et donc restent en deçà d’un prix de marché mais surtout de fabrication. Quand vous êtes à votre compte, si vous voulez travailler 20h par jour, rien ne vous en empêche d’autant plus que quand vous démarchez un dentiste il faut arriver avec des prix : 100, voire 70 euros pour une prothèse. Le détail de la prestation ne les intéresse pas.

Jérôme Chatellard (Actuadent à Rennes, 14 salariés)

Nous faisons de la haute qualité, du travail de précision et donc, nous avons encore une clientèle fidèle. Il n’est pas rare de voir des praticiens qui travaillent avec notre laboratoire depuis plus de 20 ans. On a un passif et une notoriété qui jouent. Dans ce contexte, je ne suis donc pas impacté par cette concurrence étrangère. Dans le même temps, faire réaliser à l’étranger n’est pas l’apanage des prothèses… Quand les gens demandent le « prix » avant tout, c’est à considérer dans une globalité : tout comme il y a des gens qui vont à Leader Price ou chez Lidl, des patients veulent du « bas coût » car le prix de la prothèse est immédiatement répercuté sur leur facture.

Aujourd’hui, nous avons au sein du laboratoire, une technicité et des compétences mais aussi des services : on se déplace chez les patriciens, ils peuvent tester des matériaux, je les mets en relation quand ils ont des questions ou des complexités de cas sur un type prothétique. Nous sommes un lien.

Une prothèse faite à l’étranger n’est pas forcément gage de mauvaise qualité. Ils ont les mêmes machines, matériaux… Ce qui diffère, c’est la normalisation, la réglementation, la sécurité : autant de paramètres qui, a contrario, nous permettent de défendre une qualité et une traçabilité. A l’étranger, c’est vrai qu’ils font un peu ce qu’ils veulent, avec les matériaux qu’ils veulent… Et les conditions de travail sont déplorables alors que notre métier est à risques avec des maladies professionnelles. C’est ainsi qu’ils peuvent proposer des tarifs très attractifs car ils n’ont pas de charges liés aux aménagements des postes de travail par exemple. Dans ce contexte, ici en Bretagne, je ne vous dis pas comment l’Urssaf « tape » assez fort sur notre métier pour que je puisse dire qu’on en vit « encore bien ».

 

Propos recueillis par Serge Marshall

Bretagne Économique n°221 Mai 2013 






le dernier numéro

Découvrez vite le dernier numéro !!

JPEG - 215.1 ko

Le palmarès des entreprises bretonnes

Découvrez la 28 ème édition du Palmarès des entreprises bretonnes : hors-série-Edition 2016/2017

Hors-Série

Les entreprises bretonnes à la conquête de l’international


Portraits