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Tous, innovons !

Bretagne économique, le 03.04.2014

Dans un contexte fortement concurrentiel, plus que jamais, les entreprises doivent innover pour retrouver des marges de manœuvre.
Si la Bretagne est bien placée en termes d’innovations technologiques, elle peut trouver un nouveau souffle en défrichant les champs encore neufs de l’innovation d’organisation ou de marketing et en s’ouvrant aux nouveaux modèles économiques.

D’où vient la bonne idée ? D’une veille organisée, des contacts avec ses partenaires clients et fournisseurs, des travaux d’une cellule de R&D ? Et comment valider une intuition pour qu’elle se transforme en innovation ?



Multiforme, ouverte et souvent fortuite, l’innovation est avant tout une question de culture, d’état d’esprit et pas uniquement de financement et de R&D. L’innovation relève du talent de l’entrepreneur et de ses collaborateurs mais aussi de leur capacité respective à accéder à la matière grise et à la renforcer. « Les CCI sont convaincues que face à la montée en puissance des pays émergents, le salut des entreprises repose sur leur capacité à innover, souligne Emmanuel Thaunier, président de la CCI Rennes. L’innovation concerne tout le monde parce que c’est très profondément lié à l’évolution des façons d’accéder à la culture et au savoir, de vivre, de communiquer. Elle impacte à la fois les façons de produire, de consommer, les relations sociales. “Le numérique dévore le monde”. C’est aussi pour cela qu’il y a un lien très fort entre l’innovation et la transformation numérique de notre société et de notre économie. L’innovation s’adresse à toutes les entreprises, quels que soient leur taille et leur secteur, y compris les secteurs non réputés créatifs et innovants. »



Moins créer mais mieux
Trouver la bonne idée c’est aussi le résultat de collaborations extérieures. Ici, on pense spontanément au rôle que jouent les réseaux de compétences, centres techniques, pôles de compétitivité, incubateurs ou technopoles et CCI via le réseau « CCI innovation ». Ces structures accompagnent les projets de transfert de technologie, les projets collaboratifs associant entreprises et laboratoires de recherche publique (les labcom).
En Bretagne, elles sont pour la plupart regroupées au sein du « Réseau breton innovation » (RBI) animé par Bretagne développement innovation (BDI). Celui-ci est à l’origine du programme Side (Structurer l’innovation pour le développement de l’entreprise), mis sur pied pour diffuser l’innovation de manière transversale à toutes les fonctions de l’entreprise et auprès du plus grand nombre d’entre elles. Un conseiller accompagne l’entreprise pendant 18 mois. Celle-ci a fait appel à des prestations en conseil et formation pour l’aider dans sa démarche d’innovation, de l’idée jusqu’au marché. Environ 70% de ces prestations sont financées par l’aide de fonds publics (Feder, Région, Direccte innovation, Side peut l’aider à organiser cette créativité pour limiter le gâchis, moins créer mais mieux créer, mettre en place un fonctionnement en mode projet, revisiter les gammes avec des équipes pluridisciplinaires, renforcer le partenariat avec les clients qui deviennent des acteurs de la créativité. « Nous investissons chaque année 30 millions d’euros dans l’innovation », rappelait dernièrement Loïg Chesnais-Girard, vice-président de la région Bretagne, délégué à l’économie et à l’innovation.
Si la Bretagne a su mettre en place un réseau de conseillers pour accompagner les entreprises, celles-ci souffrent comme tant d’autres ailleurs en France d’un manque de capacité à transformer les innovations, technologiques notamment, en succès commerciaux.



Innovation versus marketing
Pour beaucoup d’entreprises, l’innovation reste un facteur essentiellement perçu comme lié à la performance technologique émanant de la R&D davantage que de la capacité de l’entreprise à se transformer elle-même autour de projets innovants, notamment en termes de recherche méthodique de débouchés commerciaux. Ce que confirme Stéphane Gouin, Maître de conférences en marketing agro-alimentaire à Agrocampus1 : « La moitié des entreprises est incapable d’avoir un discours sur la cible et le positionnement de leur innovation. Résultat, la moitié des produits nouveaux meurt dans l’année. Or, aucune entreprise ne peut gagner sans une connaissance parfaite des marchés. » Valérie Cottereau à la tête d’Artefacto, entreprise basée près de Rennes et spécialisée dans la réalité augmentée 3D (CA 2013 :2,5 millions d’euros-effectif 40), partage ce constat : « la technologie, n’est qu’une des briques de l’édifice, elle nous permet d’être en avance de phase. Mais on n’a pas de vision marketing ou de bénéfice clients, on rogne très vite l’intérêt de l’innovation technologique. Le service commercial est une brique essentielle. Au sein de mon entreprise, j’essaie de travailler de plus en plus avec des expertises externes qui vont bousculer mes certitudes. Mieux vaut un bon vendeur qu’une technologie trop avancée sans aucun débouché commercial. En accompagnement d’entreprise, je pense qu’on a trop privilégié la R&D. Il faudrait d’avantage d’accompagnement en marketing et en commercial. »



Des opportunités à saisir
Les nouveaux modèles économiques basés sur l’avènement du numérique et des réseaux sociaux bouleversent aujourd’hui la chaîne économique. La révolution numérique donne à un grand nombre d’entreprises l’opportunité de contacter des millions de clients finaux. Elle leur livre des contenus et des informations qui les intéressent, conversent et créent une relation durable avec eux. Elles en retirent aussi des informations précieuses concernant leurs préférences, leurs goûts et leur réaction au design et à la technologie. Des données qui les aident à concevoir des nouveaux produits quasi co-créés avec eux.
Avec les réseaux sociaux les intermédiaires disparaissent. L’économie collaborative qui plébiscite la revente d’objets, le covoiturage, le troc, la colocation, le crowdfunding ... n’est plus un microphénomène. Selon un récent sondage2, 8 Français sur 10 pratiquent ou ont l’intention de pratiquer cette nouvelle façon de consommer.
« Tous ces nouveaux modèles économiques et nouvelles tendances de consommation représentent de formidables opportunités de croissance pour la Bretagne en termes de filières, d’activités et d’emplois. A condition bien sûr que les PME bretonnes s’en saisissent, explique Dominique Lecomte, président de la CCI 22. Et les CCI sont là pour les y aider. » Elles devraient aussi pouvoir compter sur Bretagne Développement Innovation pour qui « l’économie bretonne doit entrer en transition et être un acteur du changement de monde plutôt que de subir des évolutions économiques et sociétales. » C’est tout le sens de sa nouvelle stratégie 201-2020



1 Interview parue dans le N° 221 Bretagne Economique – mai 2013
2 Sondage de novembre 2013 réalisé par TNS Sofres pour le Groupe La Poste

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