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Frilosité des PME   L'e-recrutement, une vitrine pour se valoriser

Bretagne économique, le 17.02.2009

Selon un état des lieux publié par le Monster Index de l’emploi en France, le volume des offres d’emploi sur Internet a grimpé en juin de 8%. L’Ouest s’est inscrit dans la mouvance nationale avec un indice de 121, au lieu de 116 le mois précédent. Pourtant, sur le terrain, la réalité du e-recrutement breton est plus nuancée. D’un côté, on trouve les entreprises qui font partie des grands groupes et ne conçoivent pas le recrutement sans le web. De l’autre côté, les PME et les TPE qui recrutent par relations, annonces presse ou sites d’emploi traditionnels. Entre les deux, quelques entreprises novatrices relevant du secteur des Tic, de taille souvent modeste, qui recrutent via des sites interactifs et attrayants.
A Brest, s’est tenu, début juillet, le 3ème Forum des usages coopératifs. Assez peu médiatisé, ce forum est pourtant révélateur d’un désir de rencontres et d’échanges autour d’Internet entre les acteurs économiques du privé et du public. Ces trois journées de « remue-méninges » ont permis, entre autre, de présenter le réseau Rubi (http://www.lerubi.net/). Un réseau dont le but est de créer une dynamique qui relie et amplifie les initiatives autour des usages innovants des Tic (technologies de l’information et de la communication). Un projet fédérateur, à l’initiative de la région, de Brest et de Rennes, de Mégalis (réseau régional à très haut débit, destiné aux établissements publics et aux collectivités locales), de « Marsouin » et de la Meito pour atténuer, voir éliminer la fracture numérique. Clément Petit, dirigeant de U-Job et concepteur du site de recrutement du CMB, s’étonne de la frilosité apparente des entreprises à l’égard d’Internet et du e-recrutement : « Elles ont tout à gagner à se mettre sur Internet, à communiquer avec les autres, à lancer le recrutement en ligne. C’est un moyen de se mettre en valeur !»

De bonnes raisons de recruter sur Internet

«Les entreprises se sont rendu compte que les annonces Internet coûtaient seulement 10% des annonces presse », souligne Marion Salkin, consultante en recrutement chez Abaka Conseil à Quimper. Outre le coût, c’est aussi la réactivité quasi en flux tendu qui motive les entreprises. Sans oublier le fait que cela évite de passer du temps à traiter les candidatures papier. L’e-recrutement peut aussi permettre - contrairement à une présentation papier classique - d’exposer sur le site l’intérieur de l’entreprise, ses spécificités. Clément Petit précise : « pour une entreprise, c’est très valorisant de montrer au candidat les lieux où il va travailler. Ça permet d’humaniser l’offre. En mettant en 3D l’intérieur d’Arkéa, on a offert au candidat un monde virtuel très proche de la réalité. » En dehors du recrutement officiel, d’autres moyens existent aujourd’hui pour dénicher la perle rare ou « se faire dénicher par… » ; les réseaux sociaux, qui passent par les blogs et les « chats », en sont la preuve. Denis Failly, spécialiste du Web 2 sur Brest, croit fortement au « selfmarketing » qui passe souvent par le blog : « Les réseaux sociaux sur Internet permettent de se valoriser, d’être sa propre marque. On est lu par des confrères, des recruteurs et cela crée une spirale vertueuse de contacts presque naturelle d’un blog à l’autre, de mises en liens et de référencements. »
Guillaume Thomas, rennais et fondateur du site www.aladom.com, a eu l’idée lumineuse de faire « sortir » d’Internet un site de services à domicile, qui met en relation les personnes à la recherche d’un prestataire et celles qui proposent leurs services aux particuliers, aux entreprises et aux associations. Son site est coloré, simple d’utilisation, fluide et extrêmement interactif. Candidats et entreprises peuvent proposer leurs services.

Une photo pour « rassurer le demandeur »

Recruter sur Internet est aussi signe de bonne santé économique et tout se sait très vite sur Internet. Jocelyne Loaec, chargée d’études au sein de la DRH du CMB confie : « Cela apporte une valeur ajoutée de communiquer sur son recrutement par le biais d’Internet. Lorsque nous souhaiterons faire de la mise en avant pour nos offres d’emploi, nous passerons par des sites du type Second Life. Quand nous voudrons faire de la notoriété d’image, nous passerons par d’autres sites.» Un site n’est pas une plaquette d’entreprise. Elle ajoute : « Aujourd’hui ce n’est pas suffisant d’avoir un beau site et des offres d’emploi, il faut réussir à se démarquer, étonner, détonner… ». Guillaume Thomas, sur son blog (blog.aladom.fr/), dit la même chose « Pour moi, ce qui compte, ce n’est pas le moteur, mais la carrosserie ! »

E-recrutement et fracture numérique

«Il y a tout un pan de la population et pas seulement les personnes âgées, qui a une vision réduite d’Internet. Même chez les jeunes, Internet se limite aux MSN, aux jeux et aux téléchargements. Il y a une traditionnelle fracture numérique», déplore Denis Failly. Il y a ceux qui ont accès aux Tic et ceux qui en sont exclus, par manque de moyen ou de curiosité. «Je sais que certaines entreprises ont des blogs qui permettent de « chatter » avec les candidats, remarque Marion Salkin, mais ce n’est pas une pratique courante dans les PME bretonnes. Quant à Second Life, dans le Finistère, les seuls à en parler ce sont les étudiants des grandes écoles d’ingénieurs » Evoquer Web 2 avec certains cabinets de recrutement qui ont pourtant leur siège à Paris suscite même l’interrogation ! « Dans le tissu local, artisanal et dans les PME, constate Denis Failly, on retrouve la vision Web 1, c’est-à-dire la vitrine et le site. Le Web 2 est complètement ignoré la plupart du temps ! » Pour simplifier, Web 1 est statique, alors que Web 2 vise l’interaction entre les utilisateurs et la création des réseaux sociaux. Les sites Web 2 sont plus centrés sur l’humain que sur l’entreprise. L’internaute est acteur. Dernier constat : les réseaux sociaux sont plus courants chez les citadins et les personnes diplômées de moins de 45 ans. Clément Petit a malgré tout une vision optimiste du paysage « e-recrutement » breton : «l’année dernière, les sites semblaient réservés aux grands groupes et, en un an, les demandes semblent avoir explosé ! On nous demande même d’intégrer des vidéos… » Pour U-Job, les entreprises bretonnes ont semble-t-il fait un pas de géant, « mais on dirait que les projets n’ont pas le temps de s’épanouir et qu’ils disparaissent avant d’avoir vu le jour ». L’évolution somme toute relative des TIC dans les entreprises bretonnes est-elle due au manque de communication ? Au fait « que chacun travaille dans son coin », comme l’a fait remarquer Hugues Aubin, chargé de mission Tic de la ville de Rennes, lors des rencontres du 3ème Forum de Brest ? Nicolas Jullien, du Laboratoire des usages « Marsouin », place beaucoup d’espoirs dans le réseau Rubi : « Il vise à mettre en lien tout le monde, à créer l’émulsion et à réduire la fracture numérique, pas seulement au niveau local… »


Anny Letestu

_ Bretagne économique n° 188 septembre 2008

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