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La benne à copeaux d’alu de Cadiou Industrie (Locronan)
Simon Cohen
La benne à copeaux d’alu de Cadiou Industrie (Locronan)

Méthode des coûts complets   la chasse au déchet est ouverte !

Christelle Hall, le 09.02.2017

Comment réduire la production de déchets et les coûts associés ? Cette problématique se pose aujourd’hui dans toutes les entreprises, quel que soit leur secteur d’activité et leur taille. L’Ademe, en partenariat avec la CCI, propose une méthode éprouvée et efficace, celle des coûts complets, pour faire la chasse au gaspi.

 « Est-ce que vous connaissez le coût réel de la production de vos déchets ? » A cette question posée en 2012 par l’Ademe et le cabinet conseil Ultima Terra, une cinquantaine d’entreprises volontaires ont répondu en présentant la facture des collecteurs de déchets. « Mais ce n’est que la petite partie émergée de l’iceberg, commente Stéphane Lecointe, chargé de mission Ademe pour les entreprises en BtoB. En moyenne le coût complet des déchets représente plus de 14 fois la seule facture du prestataire déchet ! »

Parmi les 50 entreprises témoins, 10 ont été retenues pour expérimenter  la méthode allemande du Material Flow Costs Accounting, la méthode des coûts complets (MFCA). Pour 7 d’entre elles, la facture du prestataire de collecte représentait seulement de 2 à 10 % du coût total des déchets. « La facture totale de production de déchets inclut le coût de gestion interne - comme la manutention et le stockage - et les coûts de génération - comme les matières premières, l’énergie consommée, le temps machine. Tout cela forme la partie immergée de l’iceberg. » Conclusion : le coût principal du déchet se situe bien avant la benne de collecte. Mais l’évaluer n’est pas chose aisée.

Réduire les pertes matières

La méthode MFCA, proposée par l’Ademe et les CCI (lire encadré), a le mérite de non seulement pointer un gisement d’économies financières mais aussi de réduire son impact environnemental tout en motivant ses équipes sur un projet fédérateur.
Comme dans le groupe Cadiou Industrie (lire ci-contre), le déchet n’est plus vécu comme une charge mais comme une ressource. Quel inversement d’état d’esprit ! « L’objectif premier est bien de réduire les coûts en réduisant les pertes, indique Laurence Nerrière, du cabinet Ultima Terra. L’action va donc se situer en amont et pendant la production, avant que la matière ne devienne déchet. Pour cela, avec la méthode des coûts complets, nous découpons la chaîne de production, étape par étape. Pour chacune d’entre elles, nous calculons les quantités en entrées/sorties et leurs coûts : matières premières, énergie, amortissement, maintenance, manutention... Pour les données globales, nous établissons une clé de répartition. Puis nous regardons le produit final et les pertes. Nous avons l’exemple d’un produit qui dont le prix de revient est de 1295 € et sur lequel on impute 655 € de pertes en déchets. » Mauvaise surprise pour l’entreprise ! Et si celle-ci pensait faire baisser le prix de revient par le recyclage de matières, il faut savoir que la recette est inférieure de 5 à 10 fois le coût dudit déchet.

Ecoconcevoir

Au terme de l’application de cette analyse, qui s’étale sur 5 jours environ, le cabinet donne des informations pour agir. A chacun de trouver des solutions à l’aide de ces données.
Pour accompagner à la prise de décision, il existe d’autres dispositifs, gratuits, proposés par les CCI du Finistère : le diag déchets, la maîtrise de l’énergie et l’écoconception. « Le diag déchets intervient avant la méthode MFCA, présente Emilie Richard, conseillère environnement à la CCIM Brest. Après une visite sur site, j’identifie les déchets dangereux, non dangereux, inertes et les gestes de tri. Lors de la restitution des résultats, je fournis un outil, Eval’Déchets, créée par les CCI, qui donne des idées d’amélioration. »


La sensibilisation à l’écoconception, plus récente, s’applique aux produits et services. Il s’agit certes de réduire les déchets sur le cycle de vie d’un produit mais aussi réduire les flux entrant dans sa composition. « L’accompagnement consiste à trouver le bon compromis entre la faisabilité technique et la maîtrise des coûts, ceci pour alléger son impact sur l’environnement », développe Emilie Richard. Les leviers à mettre en place sont multiples : est-ce le concept du produit ou du service qui est à revoir ? « Je prends dans ce cas l’exemple de Michelin qui, en proposant ses pneus en location, a optimisé la durée de vie de son produit, gagné en savoir-faire avec la maintenance et fidélisé sa clientèle. »
D’autres privilégieront l’usage de matériaux recyclés, tel « U-Clife qui élabore des tissus haut de gamme à partir de fibres recyclées ». D’autres enfin pourront agir en réduisant les matières premières ou les emballages, tel Savéol pour ses cagettes en carton. « Dans tous les cas, il s’agit d’une démarche progressive, d’amélioration continue, précise la conseillère. Très souvent cela produit une émulation interne et une idée en amène une autre. »

 

Article paru en septembre 2016, dans Bretagne économique n°9 

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20 à 40 %, part des déchets dans le prix de revient d’un produit (source : Ademe)

Repères

Accompagnement individuel. La chasse au gaspillage ne se concentre pas uniquement dans les entreprises industrielles. Entreprises de services, commerce, restauration, entreprise du secteur du tourisme, tout le monde est concerné. Les conseillers de la CCI et de l’Ademe peuvent répondre aux questions quel que soit le secteur d’activité.

Contacts :

Chez Cadiou Industrie, un déchet est une ressource

Simon Cohen

Responsable production, qualité et environnement et référent du lean management chez Cadiou Industrie, Térence Carpentier place d’emblée la barre très haute : chez le fabricant de portail n°1 en France, 90 % des déchets sont recyclés.
De plus, l’entreprise dirigée par Emmanuelle Legault vient récemment de signer sa charte de responsabilité sociétale (RSE) et rentre dans l’étude de son empreinte carbone. « Notre état d’esprit se situe dans l'approche du cycle de vie cradle to cradle [du berceau au berceau] c’est-à-dire que tout se réutilise, rien ne se perd, on magnifie le déchet en tentant de l'upcycler, on fait du 100 % recyclable, on privilégie l’écoconception et surtout, on ne se repose jamais sur nos acquis ! »

La chasse au gisement

Banni de l’entreprise, le mot même de déchet n’apparaît plus dans les charges. La politique environnementale du groupe imprègne chaque étape de la conception d’un portail, de la commande de matières premières jusqu’à sa fin de vie. « Tout d’abord, nous avons renégocié les contrats avec nos prestataires en faisant jouer la concurrence à l’aide d’un cahier des charges précis. Aujourd’hui, nous travaillons avec des prestataires locaux pour réduire l'impact des coûts logistique, faisant baisser la facture de 40% dès le départ. Ensuite, nous avons caractérisé nos bennes pour "chasser" les gisements. Nous avons aussi fait diminuer la dimension de certains profils aluminium pour en réduire les taux chutes. Désormais nous étudions des solutions nouvelles de stockage et d'emballage navette, réutilisables avec notre fournisseur, pour réduire voir supprimer les emballages et consommables »

De cette chasse sont apparus de nouveaux gisements, tels ces copeaux d’aluminium, disséminés dans les poubelles des ateliers ou les queues de rivets. « Désormais, nous revendons entre 20 et 25 tonnes de copeaux, à 400€ la tonne. Il a suffi d’installer des systèmes d’aspiration pour la collecte, vite amortis. » Plastique et carton sont conditionnés en balles par des presses et revendus. « Tout cela s’est fait en concertation avec les fournisseurs de presse et les prestataires de collecte. Il est important de se déplacer, de comprendre leurs contraintes et de dialoguer. » Cadiou a divisé par 10 sa facture déchets industriels banals (DIB) et créé un emploi « vert » chargé de la collecte des ressources.

Le dialogue interne a également pris de l’ampleur. Des trophées du développement durable ont incité les salariés à travailler en équipe sur des projets. « Nous nous sommes engagés à appliquer ces projets, commente Térence Carpentier, car ils sont vraiment bons. » Ainsi l’idée de la burette d'huile qui vient remplacer les aérosols, permettant non seulement de diminuer l’impact environnemental mais aussi de faire des économies substantielles ; ou encore le réemploi de planchettes bois destinées au rebut pour faire des palettes de produit finis (upcycling). Chez Cadiou, on ne manque pas d’idées !

Cadiou Industrie, Locronan, 283 salariés, 400 en saison, 50 M€ de CA (+15%), 20 000 m2 de locaux