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Les Bretons face aux enjeux du lobbying

Le grand méchant lobby

Photo : Parlement européen

Pour beaucoup, Bruxelles est un repaire de technocrates éloignés de la réalité et complaisants vis-à-vis de lobbyistes qui ne défendent que leurs intérêts particuliers. Entièrement faux, selon les acteurs de l’économie bretonne qui ont eu affaire aux fonctionnaires européens. Toutes les entreprises, aussi locales et petites soient-elles, peuvent se faire entendre, et même jouer un rôle auprès des institutions européennes.

En France, contrairement aux autres pays européens, le lobbying a mauvaise presse. Beaucoup le voit comme une façon de faire passer en force des projets ou des points de vue qui ne sont pas forcément les meilleurs. Pourtant à Bruxelles, la transparence est de mise et les jugements sont rendus par des experts indépendants. Les groupes de pression, dont la place et le rôle ne font plus débat au sein de l’Union Européenne, fournissent à leurs membres des informations utiles, spécialisées et acquises sur le terrain. Alexandre Colomb, responsable d’Entreprise Europe Ouest, réseau européen de soutien aux entreprises basé à la CRCI Bretagne, témoigne : « il faut que les entreprises bretonnes aient conscience que tous les fonctionnaires européens qui travaillent sur des dossiers pointus sont en demande d’informations de la part des professionnels ».

Des institutions à l’écoute des professionnels
Chaque année, Entreprise Europe Ouest organise des rencontres à Bruxelles entre des entrepreneurs et des fonctionnaires européens. Dominique Cloarec, juriste au sein du groupe Even, a plusieurs fois participé à ces déplacements. "C’est intéressant, nous sommes en contact direct avec les auteurs de textes réglementaires et obtenons ainsi des précisions de leur part. Nos autres rencontres avec des techniciens nous permettent de remonter les difficultés rencontrées sur le terrain. Ils sont très intéressés par ce vécu. » Cependant, si les fonctionnaires européens sont ouverts, leur éloignement géographique reste un handicap. A l’image d’Entreprise Europe Ouest, de nombreux intermédiaires existent pour conseiller les entreprises sur l’Europe. Ainsi, la Délégation permanente de la Bretagne à Bruxelles, créée en octobre 2006, a pour objet de promouvoir les intérêts de la région et de ses acteurs socio-économiques. Selon Ségolène Martin, sa chargée de mission, "les entreprises ne doivent pas hésiter à se tourner vers Bruxelles car de nombreuses structures existent pour les aider."

Lobbying réglementaire et lobbying de projet
Mener des activités de lobbying auprès des institutions européennes est donc possible. Mais quel est l’intérêt pour une PME bretonne ? On distingue deux formes de lobbying : le lobbying réglementaire qui vise à influencer la législation européenne dans le sens de ses intérêts et le lobbying de projet mené par ceux qui répondent à un appel d’offres européen. Nutrialys (Rennes) a fait le choix de se tourner vers le législateur. Créée en 2006, la SA conçoit et fabrique des produits en nutrition clinique. Bruno Chevallier, directeur général de cette société qui emploie 8 personnes, explique. « Toute la réglementation sur la formulation et l’utilisation de nos produits se fait au niveau européen. Il est donc impératif de nous faire entendre à cette échelle. La thérapie nutritionnelle n’existant pas encore dans la législation actuelle, nous glissons, pour le moment, nos produits dans la case "nutrition clinique". Nous organisons également une veille réglementaire. C’est loin d’être satisfaisant mais la législation a du mal à suivre les innovations rapides comme les nôtres. »

Breiz Europe défend l’agro-alimentaire breton à Bruxelles
En 1987, Alexis Gourvennec, le fondateur de Brittany Ferries, crée l’association Breiz Europe, pour faciliter l’exportation de la production agricole bretonne. Sa mission : défendre les intérêts de ses membres face aux institutions européennes. Aujourd’hui encore, la Bretagne reste la seule région française dont les intérêts agro-alimentaires sont représentés devant l’UE par un lobby professionnel. Deux personnes y travaillent et selon son président, Jean Le Vourch, ce lobby est reconnu par les institutions. « On nous demande régulièrement notre position. Nous expliquons aux fonctionnaires la situation vécue sur le terrain et leur indiquons quelles sont les améliorations possibles à apporter. Grâce à nos solides arguments, nous sommes considérés comme des gens sérieux et crédibles. » L’action de Breiz Europe dans l’actuelle crise du lait illustre bien cette position. « Nous travaillons beaucoup actuellement à informer nos adhérents sur la situation générale du marché laitier en Europe et sur ses enjeux, poursuit Jean Le Vourch. Les chefs d’Etat ont acté une hausse des quotas laitiers de 1% par an, jusqu’à leur disparition en 2015. Il me semble illusoire de lutter pour leur maintien et les producteurs auraient tout intérêt à prendre leurs dispositions pour faire face à cette hausse plutôt que de faire grève. De l’autre côté, nous insistons auprès de la Commission Européenne pour qu’ils n’aillent pas trop loin dans la dérégulation des marchés agricoles."

Une PME peut participer à un projet européen
Quand certaines entreprises font pression pour que la législation européenne évoluent en fonction de leurs intérêts, d’autres défendent leurs projets pour obtenir des aides financières. Dès les années 80, l’Union lance des programmes de financement pour encourager la recherche européenne. Le programme-cadre pour la recherche et le développement technologique (PCRDT) voit le jour. Des domaines prioritaires sont définis pour une certaine période et selon leur compétences, les PME et centres de recherche y accèdent via un mécanisme d’appel à projets. Plusieurs entreprises bretonnes ont été incitées à participer à l’un de ces projets car elles disposaient d’un vrai savoir-faire. « Malgré leur potentiel, souligne Hélène Morin de Bretagne Innovation , elles n’auraient pas pris l’initiative d’y aller toutes seules. Pourtant une telle participation permet de travailler avec les meilleurs au niveau européen, de réfléchir à sa stratégie, et bien sûr, d’obtenir des financements." Selon une enquête de Bretagne Innovation, 95% des entreprises bretonnes qui ont participé à un projet européen sont prêtes à le refaire.

Informer et s’informer
Pour le lobbying de projet, le maître mot est l’information. Pour s’assurer que son projet correspond parfaitement à la demande formulée dans la proposition de l’appel d’offres, il est possible de participer à la définition des programmes de recherche européens. Une autre forme de lobbying se met alors en place. Vice-président du Pôle Images et Réseaux, Jean-Dominique Meunier est aussi directeur exécutif de la plate-forme Networked and Electronic Media (NEM). Celle-ci est une association de droit européen créée en 2004. Elle regroupe 600 industriels et scientifiques des médias électroniques en réseau. Son but est d’influencer les orientations européennes en matière de recherche. « Le NEM travaille actuellement à un agenda stratégique pour 2020. Il sera utilisé par la Commission pour définir les appels à projet du prochain PCRDT, explique-t-il. Les retombées de ce travail déjà réalisé les années précédentes sont immédiates : les appels d’offres de l’actuel PCRDT correspondent aux besoins de nos membres, et notamment ceux du Pôle Images et Réseaux. »S’il peut paraître difficile pour une PME locale de participer à l’élaboration du prochain PCRDT ou de diriger un projet collaboratif européen, elle peut néanmoins s’impliquer dans un projet comme simple membre. Elle peut aussi se positionner comme validateur de projet, c’est-à-dire essayer la technologie mise en place par les porteurs du projet pour vérifier qu’elle fonctionne. « Tout le monde peut donc participer à un projet européen, à condition de trouver sa juste place » conclut Hélène Morin.

Julie Durand
N° 196 octobre novembre 2009



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