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L’entreprise familiale, un modèle de développement bien réel

La famille est pleine de ressources

Yvon Madec (huitres Prat-ar-Coum) entouré de ses filles Virginie et Caroline

En période de prospérité, on les ignore, parfois même on se moque de leur manque d’audace. En temps de crise, elles reviennent au premier plan. Leur bonne santé intrigue. Leur stratégie prudente sur le long terme force le respect. Elles représentent 83% des entreprises françaises et méritent que l’on s’intéresse à leur histoire, comme à leur devenir.

Longtemps associées au paternalisme, voire au népotisme, les entreprises familiales nous offrent un capitalisme à visage humain. Imprégnées de culture familiale, il semble qu’elles ont cependant un talon d’Achille. « Moins de 10% des entreprises françaises de plus de 10 salariés sont transmises dans le cadre d’une continuité familiale », peut-on lire dans le rapport sur la transmission familiale remise en octobre dernier au secrétaire d’Etat chargé des PME, Hervé Novelli. Craintes confirmées si l’on se souvient des récents déboires de la famille Stalaven, entreprise emblématique des Côtes d’Armor (1 400 salariés), contrôlée depuis novembre dernier par le groupe coopératif Euralis à 65%. Pourtant, et c’est une spécificité française, le capital des entreprises familiales reste durablement dans la famille fondatrice. Elles représentent 64,8% sur l’hexagone et ne sont que 23,7% au Royaume-Uni. Toutes ont en commun un autre rapport au temps. Elles vivent souvent plus au rythme de la vie d’un homme qu’à celui des cotations.

Le fondateur : une personnalité forte
Tous les « héritiers » le disent, l’ancêtre fondateur avait une sacrée personnalité. Avoir une idée, c’est bien, l’imposer et en faire un modèle économique pérenne est une autre affaire. «  Mon grand-père était un personnage atypique, qui a gardé toute sa vie sa casquette de conducteur, se souvient, amusé, Jérome Le Bayon, petit-fils de François, fondateur des Transports Le Bayon en 1919 à Locmariaquer (56). Après 3 ans de service et 4 ans de guerre, il a acheté un fonds de commerce, parce qu’il avait été titillé sur le front par les problèmes de transport des hommes. De retour à la vie civile, il a créé un mode de transport en commun avec une automobile. C’était un pionnier à l’époque, puisqu’il a exploité des lignes régulières de voyageurs jusque dans les années 60. » Avec une légère pointe d’amertume, il confie que le grand-père est resté peut-être « un peu trop longtemps dans l’entreprise, puisqu’il est mort à plus de 80 ans, et qu’il venait chaque jour au garage, alors que le partage avait été fait entre ses fils ». Est-ce pour se réaliser, loin de l’influence paternelle, que les parents de Jérome créent leur entreprise de transports en commun -complémentaire de l’entreprise familiale et non concurrente- sur la commune du Bono, en 1960 ? Elle prendra plus tard le nom d’Auray Voyages, avec 20 salariés, 18 véhicules et un CA d’1,6 million d’euros. Admiration à fleur de mots, à l’égard de son père, pour Nadine Cotten, qui a pris la suite de Guy, il y a quelques mois, au siège à Concarneau : « Mon père était représentant de commerce en bleus de travail. Il s’est aperçu que les vêtements de travail n’étaient pas très confortables, et c’est comme ça que l’idée lui est venue de créer sa société avec ma mère qui travaillait dans une voilerie, et donc savait coudre… Ils ont démarré en 1964 en SARL pour passer en 69 en SA. On a commencé dans 30m² et on travaille aujourd’hui dans 2 000m² ! »Aux Ateliers Allot (24 employés, CA 1,1 million d’euros, 1/3 de ventes en Bretagne, le deuxième en France et le reste à l’étranger), l’ombre bienfaisante du grand-père plane sur l’entreprise. Ronan Allot, 26 ans, représente la huitième génération d’un savoir-faire familial qui date de 1812 : « Nous sommes dans les métiers du bois depuis cette date, mais la structure actuelle et le nom de l’entreprise viennent de mon grand-père -qu’il désigne toujours sous le terme affectueux de « papi » lorsqu’il le montre en photo- à la fin des années 50. Il était tapissier-garnisseur, compagnon du tour de France. Il a même été récompensé à Bruxelles dans les années 60 parce qu’il avait déposé un brevet dans le domaine de la literie… »

Une affaire de famille
Les entreprises familiales peuvent représenter le travail et le patrimoine de plusieurs générations. Bruno Bizalion, créateur du label EFC (Entreprises Familiales Centenaires) et dirigeant du Cabinet BM&S Conseil, a recensé en Bretagne 35 entreprises dirigées par une même famille depuis plus de 100 ans. « Quand vous êtes propriétaire ou dépositaire, reconnaît-il, vous avez une vision de l’avenir qui n’est pas la même que lorsque vous êtes salarié d’un groupe. Vous engagez votre patrimoine, votre histoire, votre nom, et vous prenez des risques mesurés, souvent en famille. » Chez l’ostréiculteur Prat-Ar-Coum (25 employés, CA 4 millions d’euros, export de 10 à 15%), sur les rives de l’Aber Benoît à Lannilis (29), entreprise familiale centenaire née en 1898, Yvon Madec, l’actuel dirigeant, dresse une sorte de trombinoscope familial : « J’apporte ma connaissance de l’élevage. Ma fille Caroline est rentrée dans l’entreprise il y a à peu près dix ans. Elle vivait à Paris et était chargée de développer l’image de Prat-Ar-Coum. Aujourd’hui elle vit ici et poursuit son travail sur place. Avec internet, on peut diffuser notre image sans se déplacer. Mon autre fille a fait des études de droit et une école de commerce, et elle compte aussi rentrer dans l’entreprise. » Chez les Cotten (150 employés, CA 10 millions d’euros, export : 25%), toute la famille est impliquée. « On n’a pas de conseil d’administration, mais ma mère, ma sœur et moi faisons partie du directoire. Au conseil de surveillance, mon père est président, et mon mari et ma fille sont à ses cotés… C’est à la fois rassurant et pas rassurant du tout de travailler dans une entreprise familiale, car nous sommes tous dans le même bateau. Par contre, c’est très motivant ! » Il y a aussi ceux qui reprennent les rênes de l’entreprise familiale après une période de maturation, comme Christophe Kerbiquet, actuel dirigeant de Concept Enseignes, à Guidel (56) (CA 2,4 millions d’euros - 28 salariés - clientèle régionale, mais aussi nationale comme BNP, Cetelem, Géant Casino). L’entreprise de son père, créée en 1979, a d’abord été vendue à un investisseur en 2001, avant de regagner le giron familial après un dépôt de bilan en 2006. Même si l’on sait qu’il n’est pas toujours facile de travailler en famille, ceux qui ont apporté leurs témoignages pour cette enquête taisent les conflits, comme si tout se passait au mieux dans le meilleur des mondes. Tous ont en commun une stratégie de croissance basée sur l’ambition, la prudence et la transmission aux générations futures…

Anny Letestu
n° 201 juin juillet 2010



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