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Soigner son apparence, un code de communication

Gare au look !

Vincent Colin, auteur d'un ouvrage pédagogique sur l'entretien d'embauche, habille quelques jeunes patrons bretons

Le chef d’entreprise n’est pas une personne comme les autres, il incarne son entreprise. Dans ses relations avec ses collaborateurs, comme dans celles avec ses partenaires, le moindre détail de son apparence joue, avec ou contre lui.

En France, on se targue d’égalité. C’est sans compter sur le jugement de l’autre. Celui qui scrute le pantalon en tire-bouchon, le manteau froissé ou les cheveux en bataille et qui va tirer des conclusions hâtives, et forcément négatives, sans prendre soin d’écouter celui qui parle de son entreprise. Le sociologue et directeur de l’Observatoire des discriminations en France, Jean-François Amadieu note pourtant dans son livre, « Le poids des apparences » : « En France, ces sujets sont carrément tabous. Ce n’est pas chic, pas assez intellectuel, pas sérieux de parler de l’apparence des individus, de leur corps et de l’importance que cela peut avoir dans la destinée. » Si l’on ajoute que 80% de la communication est non verbale, que 55% sont liés à l’apparence physique, 25% à la gestuelle et à l’intonation et seulement 20% au contenu, les entrepreneurs beaux parleurs n’auront plus qu’à aller se rhabiller…


Une image cohérente
« J’ai eu parmi mes clients, se souvient Virginie Le Cozic, conseillère en image (Look Design) à Rennes, un homme qui dirigeait une concession automobile et prônait la modernité. Le problème était son apparence, aux antipodes de son discours : costume vieillot, manches de chemise qui tombaient sur le poignet, chaussettes de tennis et mocassins. On a retravaillé sur le rapport entre son entreprise et lui-même ». Tous les spécialistes en relooking sont d’accord. Rien ne sert de parler si votre apparence ne reflète pas le message que vous voulez transmettre. Aude Roy, auteur de « Donnez une vraie, et bonne, image de vous », insiste : « Les patrons de PME devraient prendre le temps de faire un audit de leur image, en consultant leurs proches ou leurs collaborateurs pour commencer. » Les enjeux sont parfois importants, comme le souligne Valérie Gouriou, créatrice de « Moi et mon image » à Saint-Thonan (29) : « L’apparence crédite le métier, mais peut aussi le discréditer. On peut très vite perdre un contrat si on n’est pas en adéquation avec ce que les gens attendent de vous. » Côté chefs d’entreprise, même constat. Jean-Yves Pannetier, décorateur, créateur de la société « Monts et Merveilles » confirme : « L’apparence est importante dans mon métier. Les clients attendent de moi une certaine élégance. Si j’arrivais bedonnant et adipeux, alors que je me gargarise de bon goût, ça ne passerait pas ! » La confiance que le chef d’entreprise inspire dépend donc de l’adéquation entre le fond et la forme.

Le relooking
Dans les pays anglo-saxons, on en parle très franchement. En France, ceux qui ont affaire aux agences de relooking témoignent anonymement. Ainsi, Claire, PDG d’une PME dans le BTP : « j’ai pris la suite de mon père et je me suis retrouvée projetée dans un monde d’hommes. Le plus dur pour moi, c’était d’être crédible, avec mes petites chaussures à talons et mes tailleurs. Au bout de quelques mois, j’avais l’impression que tout allait à vau-l’eau et j’ai fait appel à une agence de relooking, car je sentais que quelque chose clochait. En quatre jours, on a fait le tour de mes vêtements, en gommant un peu plus mes signes extérieurs féminins, comme les boucles d’oreille, les bijoux, les vêtements amples, les talons, et en incluant plus de tenues sports et de talons plats… Je croyais que la féminité allait asseoir mon autorité, j’avais tout faux. Il fallait que je sois plus sobre, plus androgyne… » Claire, se sentant très à l’aise dans ses vêtements, s’est mise naturellement à communiquer plus simplement avec ses salariés. L’ambiance s’est détendue et la motivation des collaborateurs a suivi une courbe ascendante. Frédérique Durant, coach conseil en image, installée à Lanester (56), raconte : « Un jeune chef d’entreprise manquait de crédibilité parce qu’il faisait très jeune. On lui a choisi une paire de lunettes à monture écaille pour le vieillir, un costume plus classique, une coupe de cheveux nette et toute sa gestuelle a changé instinctivement ! » Certains conseillers en image avouent même inciter leurs clients à fouiller dans leur passé. « Souvent nos blocages viennent de l’enfance, explique Frédérique Durant, ex-étudiante en psychologie, il faut les mettre à jour pour avancer. »

De l’importance des codes
Chaque secteur professionnel a son « dress code ». Vincent Colin, créateur de « Swann & Oscar » sur Internet et auteur d’un ouvrage pédagogique sur « l’entretien d’embauche », sait bien que le costume cravate est toujours de mise dans la finance, la banque, le commerce. Il habille discrètement quelques jeunes patrons bretons. « J’ai travaillé pendant 5 ans dans le recrutement et j’ai vu combien l’apparence était importante. Pour les hommes d’affaires, je conseille des chemises droites et sobres et, pour les esthètes, des chemises cintrées et près du corps. Pour les couleurs, on revient au bleu et au blanc. » Même ceux qui se défendent des codes en sont parfois les serviteurs, sans le savoir, instinctivement. Ainsi Philippe Sebolde, jardinier-paysagiste (Horta), installé dans les environs de Rennes : «  Mon apparence n’a pas d’importance, ce qui l’est c’est l’harmonie des plantes entre elles, le jardin, le projet que je propose. Ma tenue n’a aucun rôle dans l’affaire. Je pense que les clients n’attendent pas que je sois un porte-fringues ! » Il est à parier que le costume-cravate ne ferait pas forcément l’affaire…

Anny Letestu
N° 200 mai 2010



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