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Bretagne : forte évolution des structures d’exploitations agricoles

Publication : 05-12-2014
Jean-Pierre Vauzanges, Directeur général Crédit Agricole d'Ille et Vilaine / Aude Ridier, Maître de conférence AGROCAMPUS OUEST / Mar Marie Boyet, ingénieur agronome (2ème prix) / Julia Jouan, ingénieur agronome (1er prix) / Jérôme Guiard, directeur des marchés et des offres Crédit Agricole des Côtes d'Armor

La Chaire « Entreprises et Économie Agricole » créée en 2013 par AGROCAMPUS OUEST et le Crédit Agricole en Bretagne est un lieu où la recherche académique et le monde de l’entreprise partagent leurs compétences pour une meilleure vision de l’agriculture de demain. Elle présentait aujourd’hui les résultats d’une étude sur l’évolution des structures d’exploitations agricoles en Bretagne à horizon 10-15 ans et sur les processus d’installation et de transmission d’exploitations agricoles en Bretagne.

Constat En France, le nombre d’exploitations agricoles a diminué de plus des deux tiers entre 1970 et 2010, passant de 1,6 millions il y a 40 ans à 490 000, aujourd’hui. Dans le même temps, la surface moyenne des exploitations a pratiquement triplé, passant de 19 hectares en 1970 à 55 hectares en 2010. En Bretagne, cette restructuration a été encore plus forte : sur la même période, le nombre d’exploitations bretonnes a diminué de 80% (151 000 exploitations en 1970 contre 34 500, aujourd’hui), et leur taille moyenne a presque quadruplé (13 hectares en 1970 contre 48 hectares aujourd’hui).

Les évolutions sont également organisationnelles et financières.

Ainsi, par exemple, en Bretagne : alors qu’au début des années 1990, les exploitations individuelles représentaient plus de 95% des effectifs, elles n’en représentent aujourd’hui qu’à peine plus de la moitié ; à tel point que, depuis 2007, plus de la moitié des terres est exploitée par des exploitations de type sociétaire (GAEC, EARL, etc.). Si la main d’oeuvre a elle aussi très fortement diminué, la part du salariat a largement augmenté, passant de moins de 10% du travail total en 1990 à près de 25% aujourd’hui ; le capital d’exploitation a doublé en euros constants entre 1990 et aujourd’hui, passant de 125 000 euros par exploitation à 250 000 euros. Pour couvrir ce besoin d’investissement, le taux d’endettement des exploitations a progressé de 5 points, passant de 50% en moyenne en 1990 à 55% aujourd’hui.

La population des exploitations agricoles bretonnes à l’horizon de 10-15 ans.

Contrairement à certains modèles statistiques qui ne sont qu’un prolongement des tendances apparentes, les modèles économiques proposés permettent d’expliquer les processus qui déterminent l’évolution des structures d’exploitation en prenant en compte l’hétérogénéité des comportements des agriculteurs eux-mêmes. A ce titre, et pour exemple, une simple poursuite du rythme de disparition des exploitations constaté sur la période 2000-2010 (-3% par an en Bretagne) conduit à prévoir en 2030 un effectif de 14300 exploitations, alors que d’après les premiers résultats des modèles économiques proposés, on obtient plutôt un chiffre de 21600 exploitations pour le même horizon.

Les principales conclusions et difficultés de transmission-installation
- -un manque de préparation et de sensibilisation des exploitants à la démarche de transmission ;
- -Un risque de désinvestissement et de mauvaise gestion de l’outil de travail lorsqu’il n’y a pas de repreneur connu par le cédant ;
- -Un problème de morcellement du foncier des exploitations cédées qui les rend moins attractives pour les repreneurs ;
- -une concurrence vive pour acquérir du foncier entre agriculteurs souhaitant s’installer et agriculteurs en place souhaitant s’agrandir ;
- -une survalorisation des exploitations à la vente sans lien avec leur rentabilité économique ;
-- des coûts d’installation élevés ; pour les jeunes agriculteurs aidés en Bretagne en 2013 il fallait compter un coût lié à la reprise et aux investissements à faire sur les trois premières années s’élevant à plus de 550 000 € en moyenne.

A noter également que les futurs cédants continuent à investir dans leur outil de production favorisant ainsi la reprise et la poursuite de l’activité après transmission. Leur principal crainte : ne pas trouver le repreneur « idéal ». Alors que du côté des nouveaux installés, sont évoquées la lourdeur et la complexité administrative. En revanche, ils font tous le même constat : les dispositifs d’accompagnement à la transmission et à la reprise sont jugés suffisants par ceux qui les ont utilisés.



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